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Lili Marleen (1981) Reiner W. Fassbinder

par Neil 21 Juillet 2014, 05:32 1980's

Fiche technique
Film allemand
Date de sortie : 15 avril 1981
Genre : mélodrame historique
Durée : 2h
Scénario : Reiner W. Fassbinder, Manfred Purzer et Joshua Sinclair, d’après l’œuvre de Lale Andersen

Image : Michael Ballhaus et Xaver Schwarzenberger
Musique : Peer Raben et Norbert Schultze
Avec Hanna Schygulla (Willie), Giancarlo Giannini (Robert), Mel Ferrer (David Mendelsson), Erik Schumann (Von Strehlow), Karl-Heinz Von Hassel (Henkel), Udo Kier (Drewitz)…


Synopsis : l'amour impossible entre l'interprète de la chanson « Lili Marleen », instrument de la propagande allemande, et un jeune musicien d'origine juive. (allocine)

Mon avis : une femme sous influences

L’histoire de la chanson Lili Marleen est assez fascinante. À l’origine, c’est un poème écrit par un soldat allemand durant la première guerre mondiale mettant en scène une histoire d’amour contrariée par la guerre. Un compositeur célèbre, Norbert Schultze, le met en musique en 1938 et le fait chanter par la chanteuse Lale Andersen. Bide à sa sortie, il est diffusé en 1941 par l’état-major allemand et séduit immédiatement les troupes. Son succès se fera même sentir parmi les troupes alliés, embarrassant les autorités. Ce sera bientôt au tour de Marlene Dietrich d’incarner cette Lili Marleen tant fantasmée, assurant ainsi définitivement sa popularité mondiale. Un sujet en or pour Reiner Werner Fassbinder qui redoutait pourtant de le traiter quand on le lui a imposé. Une peur à posteriori justifiée par les nombreuses critiques qui lui ont été faites.

À Zurich, juste avant la seconde guerre mondiale, Robert vit une histoire d’amour avec Willie, une allemande un peu frivole. Ce qui n’est pas sans poser de problème au sein de l’entreprise familiale gérée par David, le père de Robert, et qui permet à des juifs d’obtenir un passeport pour quitter l’Allemagne. David finit par convaincre son fils d’entraîner Willie dans un voyage périlleux en Allemagne au cours duquel celle-ci se verra contrainte à rester dans son pays. De fil en aiguille Willie rencontrera des grands pontes du IIIe Reich et enregistrera la célèbre chanson qui scellera son destin. Parallèlement à sa funeste ascension, elle n’aura de cesse de revoir son amour de toujours, Robert.

Le parti-pris de Fassbinder de romancer l’histoire de la chanteuse est une des critiques qu’on a pu lui faire. Le réalisateur en fait un personnage de chair et de sang, qui vibre, aime, n’est pas tout blanc ou tout noir. Et sur un sujet aussi sensible que l’évocation de la période la plus noire de l’Allemagne, l’absence de prise de position claire et nette en chagrine plus d’un. Pourtant la distanciation opérée dans Lili Marleen peut être vue comme une des forces du film. Évitant les poncifs et les écueils faciles, le film n’échappe pas à une description parfois fascinante des fastes du IIIe Reich. Or comment pourrait-on faire pour expliquer le délicat dilemme d’une héroïne partagée entre son désir de gloire et sa fidélité à son amour, si ce n’est en la décrivant dans le contexte réel de l’époque ?

Et pourtant on ne peut pas éprouver de réelle compassion envers le personnage de Willie. Incapable de prendre une décision, si ce n’est quand elle est acculée, elle se laisse peu à peu entraîner dans une spirale qui ne pourra lui être que fatale. On retrouve ici le goût prononcé de Fassbinder pour le mélodrame et sa stylisation si particulière. La mise en scène, bien que plus lisse que le reste de ses productions, est tout de même clairement reconnaissable avec ses effets de miroirs et ses couleurs particulières. Autour d’un casting plus international qu’à l’accoutumée on retrouve pour une dernière fois avec son Pygmalion la charmante Hanna Schygulla. Elle livre ici une composition remarquable, à la fois attirante et ambiguë, et on pense forcément à Marlene Dietrich dans certaines scènes. Comme ces scènes fortes en émotion où elle chante sa chanson devant des foules en délire entrecoupées  avec des images de l’horreur des combats se déroulant en même temps en un autre lieu. Fassbinder poursuit ainsi avec Lili Marleen son travail de mémoire, montrant ainsi un personnage entraîné par son destin, un personnage qui pourrait se retrouver, quelques années plus tard, sous les traits de l’héroïne principale du Secret de Veronika Voss.


Ma note : ****

Lili Marleen (1981) Reiner W. Fassbinder

commentaires

dasola 27/07/2014 23:21

Bonsoir Neil, voilà un film qu'il faudrait que je revois, beaucoup aimé à l'époque de sa sortie comme Maria Braun, Lola une femme allemande et Le secret de Veronica Voss. Bonne soirée et merci pour ce billet.

neil 31/07/2014 07:13

Bonsoir Dasola, c'est un de mes Fassbinder préférés. Mais tous ceux que tu cites sont excellents. Bonne journée.

Benoît 28/05/2010 22:47


Effectivement, on est loin du même avis. je suis certainement passé à côté de quelque chose mais je dois avouer que même si je captais l'essence même de ce que voulait dire Fassbinder, je
m'ennuierais devant ce film. Et l'ennui est quelque chose de difficile à expliquer. ^^


Neil 29/05/2010 10:56



Tout à fait. C'est tellement variable d'une personne à l'autre en plus qu'on ne peut pas l'analyser. Je comprends :)



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