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L'aurore (1927) Friedrich-Wilhelm Murnau

par Neil 11 Octobre 2006, 14:04 1920's

Fiche technique
Film américain
Titre original : Sunrise
Genre : amour corrompu
Durée : 1h37
Scénario : Carl Mayer d’après l’œuvre de Hermann Sudermann
Image : Charles Rosher et Karl Struss
Musique : Hugo Riesenfeld
Avec George O’Brien (L’homme), Janet Gaynor (La femme), Margaret Livingstone (La femme de la ville), Bodil Rosing (La servante), J. Farrell MacDonald (Le photographe)…

Synopsis : un pêcheur s'éprend d'une citadine aux allures de vamp. Sous l'influence de celle-ci, il décide de noyer son épouse...

Mon avis : une histoire d’amour et de mort, de rires et de larmes

Fortement impressionné par Le dernier des hommes, le producteur américain William Fox offre un pont d’or à Murnau pour venir d’installer aux Etats-Unis. Commence alors pour le réalisateur de Nosferatu une nouvelle période de sa carrière qui débute sur les chapeaux de roue avec L’aurore. D’énormes moyens sont mis en œuvre pour réaliser le film, ce qui se voit en particulier à travers les décors (et notamment cette ville entièrement reconstituée et qui servira de décor pour d’autres films). Résultat immédiat plutôt mitigé au niveau du succès populaire, mais immense impact par la suite, l’œuvre de Murnau étant aujourd’hui encore considéré comme un des plus beaux films de l’histoire du cinéma.

Dans une petite bourgade de campagne vit un jeune couple, un homme et une femme, qui ont un petit enfant. Pourtant, ce qui avait commencé comme une belle histoire d’amour n’a plus vraiment lieu d’être : l’homme rejoint maintenant tous les soirs une séduisante jeune femme qui vient de la ville. Cette diabolique tentatrice suggère insidieusement à l’homme qu’elle veut posséder de noyer son épouse. Bien qu’attiré par les lumières de la ville, il refuse cependant catégoriquement l’idée même d’un crime aussi affreux. Cette idée n’en germe pas moins dans la tête du jeune homme qui décide un soir d’emmener sa prude épouse sur une barque au beau milieu d’un lac.

Le mélange des genre frappe au premier abord quand on visionne L’aurore. Ce qui commence quasiment comme un film policier se mue en romance, puis l’aventure, le comique et le drame se mélangent parfaitement. En une heure et demi de temps, le public assiste à un spectacle complet sans aucun temps mort. Non seulement chaque scène est étudiée et fait progresser d’une façon ou d’une autre l’intrigue, mais en plus chaque plan est quasiment parfait. Le travail de mise en scène de Murnau est vraiment impressionnant de précision, et pourtant tout cela nous apparaît d’une légèreté incroyable. Au delà des prouesses techniques indéniables (maîtrise des travellings, de la surimpression, des flash-back…), le travail sur la lumière, d’inspiration à la fois encore un peu expressionniste mais surtout romantique, est particulièrement fabuleux (voir ces contrastes en noir et blanc totalement saisissants).

Et cette parfaite utilisation de l’outil cinématographique n’est là que pour appuyer un propos riche en interprétations. Murnau construit L’aurore toute en oppositions qui se complètent : la campagne, idéalisée, se voit corrompue par une ville coupable de tous les vices, la nuit apparaît comme un pendant maléfique aux bienfaits de la journée… et loin d’être didactique, ces contrastes nous sont amenés très simplement. Les acteurs, en particulier George O’brien, apportent impeccablement leur pierre à l’édifice, tandis que quelques gags frais et bien sentis émaillent ça et là le film. Présenté dès le début comme une histoire intemporelle (d’ailleurs les personnages ne portent pas de nom, ce sont juste un homme, une femme…), L’aurore, au delà des multiples thèmes qui se dégagent (consciemment ou non), fait vibrer, étonne, fait rire ou émeut, en tout cas ne laisse pas indifférent. Joli travail, monsieur Murnau.


Ma note : ****

L'aurore (1927) Friedrich-Wilhelm Murnau

commentaires

nadine 12/10/2006

Coucou !
Ah la la, je suis complètement d'accord avec ton 10/10. J'adore ce film. A la fac, j'en avais marre que les profs en parle tout le temps et quand je l'ai vu, j'ai compris. C'est un film universel.On peux l'apprécier pour ses qualités cinématographiques, mais quelqu'un qui ne connaît rien au cinéma et ne repère pas toutes ses richesses est tout aussi touché et impressionné par la force du film. Ce film est vraiment un modèle pour moi.

Leonard Eliot 05/01/2007

Bravo pour ton article. Un des films les plus beaux de l'histoire du cinéma !

eeguab 06/01/2007

Je découvre ton blog et comme je viens de travailler à une présentation de l'Aurore pour l'Université du Temps Libre je t'adresse mes félicitations pour ta note sur ce film unique que l'on avait oublié un peu et qui maintenant tourne comme une rock star avec des accompagnements divers.J'avais déjà rédigé un petit bille(cinéma:splendeurs du muet).Je reviendrai.

Christophe 25/10/2010


Quelqu'un qui connaît Murnau et aime L'Aurore (et j'ai vu aussi D W Griffith, Chaplin, Eisenstein...) ! Ouahou ! Bravo ! C'est mon cinéaste préféré, dont j'ai pu admirer L'aurore, Le dernier des
hommes, Tabou, Faust, Tartuffe, et récemment, grâce à une sortie MK2, Phantom. Bientôt sortira City Girl (chez Carlotta ?) et L'Aurore bénéficiera d'une nouvelle édition (tout comme Intolérance de
Griffith). Si tu aimes le cinéma muet (c'est mon genre préféré -je possède plus de 200 films en DVD- même si je n'ai pas eu le temps de faire de critiques sur mon blog), je te signale la sortie
prochaine d'un extraordianire coffret Borzage chez Carlotta (http://www.carlottavod.com/film-670-coffret-frank-borzage.html), ainsi que 5 films des années 20 chez Milestone
(http://www.dvdparadoxe.com/hollywood.html)et un coffret Tod Browning chez Bach films - Lobster. Bravo pour ton blog que je vais mettre en lien sur le mien...


Christophe 25/10/2010


Merci ! En tout cas, je suis content de lire sur un blog quelques articles consacrés au patrimoine, souvent absent ! J'ai oublié aussi, dans les films de Murnau, Nosferatu, que j'ai vu au cinéma
l'année dernière à l'occasion d'un cycle consacré aux vampires. Je ne l'avais vu qu'en DVD auparavant. Cela apporte une autre dimension... Mais tes articles m'ont donné envie de rédiger quelques
textes sur tous les films muets que j'ai vus... mais cela représente un énorme travail, d'autant que je vois par ailleurs beaucoup de films actuels... C'est un vrai boulot ! A +


Christophe 05/08/2011



George o Brien, mais surtout Janet Gaynor, qui tourné entre 1927 et 1929 L'heure surpême et L'ange de la rue de Borzage, et L'aurore... Et au bout du chemin un Oscar de la meilleure actrice (le
premier de l'histoire) pour ces trois rôles. Cela fait rêver, non ?



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