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Mala noche (1985) Gus Van Sant

par Neil 11 Novembre 2011, 06:20 1980's


Fiche technique
Film américain
Genre : errances adolescentes
Durée : 1h18
Scénario : Gus Van Sant d’après l’œuvre de Walt Curtis
Musique : Peter Daamaan
Directeur de la photographie : John J. Campbell
Avec Tim Streeter (Walt Curtis), Doug Cooeyate (Johnny), Ray Monge (Roberto), Nyla McCarthy (Betty), Sam Downey (Le réceptionniste)…

Synopsis : Un jeune homosexuel tombe fou amoureux de Johnny, un immigré mexicain clandestin qui ne parle pas un mot d'anglais et qui n'a même pas 18 ans...

Mon avis : My own private Oregon

Tourné en 16 mm avec peu de moyens, le premier film de Gus Van Sant est adapté de l’autobiographie éponyme de l’écrivain originaire de Portland, Oregon, Walt Curtis. On ne peut pas voir Mala noche, qui a mis 20 ans à sortir en France, sans penser aux conditions difficiles du tournage. Nombreux plans furent tournés à l’arraché, sans autorisation, et ça se ressent dans le ton et à l’image. Premier film annonciateur des œuvres suivantes du réalisateur, en particulier  My own private Idaho, il fait aussi penser au Permanent vacation de Jim Jarmusch : même esthétique noir et blanc, même volonté de s’attacher à des adolescents marginaux.

Walt habite à Portland, dans l’Oregon. Il tient une petite épicerie où se mélange une faune éclectique. Il y reçoit notamment une bande d’immigrés mexicains à qui il fait souvent crédit. Enfin surtout à Johnny et sa belle gueule. Walt en est tombé raide dingue et ferait tout pour attirer l’attention de ce jeune adonis à peine majeur. Oui mais voilà, Johnny n’a que faire de Walt. Celui-ci va tout de même réussir à s’infiltrer du petit groupe d’amis composé de Johnny et de son ami Roberto. Entre étreintes brèves mais fougueuses et tentatives d’éviter la police locale, les jeunes adultes vont essayer de trouver leur place et de profiter tant bien que mal de l’instant présent.

C’est en toute décontraction que Gus Van Sant filme ses personnages et leurs errances tantôt gaies tantôt sordides. Capter l’ère du temps et vivre au jour le jour sans penser au lendemain, voilà ce qui motive les adolescents de Mala noche. La misère s’oublie alors peu à peu pour laisser place à une certaine insouciance, nécessaire sans doute pour supporter les infortunes du quotidien de l’immigré sans papier qui rêve d’une place au soleil. C’est sûrement une des raisons pour laquelle Johnny « belle gueule » s’amuse tellement à repousse Walt, le gringo qui est tellement fou de lui. Un renversement des valeurs s’opère alors, l’opprimé se venge malgré lui et c’est non sans un certain masochisme que Walt se laisse emporter par sa passion sans espoir.

On peut voir dans Mala noche autant de références à la beat generation (que Gus Van Sant évoquera aussi dans Drugstore cowboy) qu’à la nouvelle vague. Avec un grain très particulier et une façon de filmer les visages au plus près, le réalisateur donne à son film une esthétique underground très particulière et qui ne manque pas de charme. Les acteurs sont pleins de fraîcheur et d’innocence, on remarque tout particulièrement le talent très naturel de Tim Streeter. Le jeune acteur qui retombera aussitôt dans l’anonymat arrive à insuffler au personnage de Walt une lueur de grâce presque inattendue, vu le contexte. Œuvre de jeunesse, ce premier long de Gus Van Sant est donc à posteriori primordial pour la construction d’une filmographie parfois attachante, parfois agaçante, mais qui ne manque pas de cohérence.

Ma note : ***

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commentaires

D&D 08/01/2012 12:12


Pas encore vu celui-là. Il faudra vraiment que je me rattrape, étant rarement insensible aux propositions de GVS...


Psss: bonne année, Neil ;-)))

Neil 08/01/2012 22:26



C'est un film qui a été assez mal distribué à sa sortie, et ce n'est que lors de sa resortie en salles que je l'ai découvert. Il m'en reste un joli souvenir.
PS : re-bonne année, D&D :)



pierreAfeu 11/11/2011 22:46



Bien qu'immense fan de Gus Van Sant, je n'ai pas vu ce film (je n'ai pas vu Gerry non plus). En revanche, je ne trouve jamais le cinéma de Gus Van Sant "agaçant', jamais... il est pour moi le
plus grand cinéaste en activité... ;-)



Neil 12/11/2011 23:33



Je n'ai pas vu non plus Gerry, mais j'aimerais bien un jour m'y mettre.
Je ne le trouve absolument pas agaçant non plus, bien au contraire, mais je sais que pour certains c'est le cas.



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