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Sous le sable (2000) François Ozon

par Neil 9 Décembre 2018, 07:15 2000's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 7 février 2001
Genre : déni de la réalité
Durée : 1h35
Scénario : François Ozon, Marina de Van, Marcia Romano et Emmanuèle Bernheim
Musique : Philippe Rombi
Directeur de la photographie : Jeanne Lapoirie et Antoine Héberlé
Avec Charlotte Rampling (Marie), Bruno Cremer (Jean), Alexandra Stewart (Amanda), Jacques Nolot (Vincent), Andrée Tainsy (Suzanne)…


Synopsis : Chaque été, Jean et Marie, un couple sans histoire, partent en vacances dans les Landes. Mais cette année, alors que Marie s'est assoupie sur la plage, Jean disparaît. S'est-il noyé, s'est-il enfui ? Marie se retrouve seule face à l'énigme de la disparition de l'homme de sa vie. Un travail de deuil commence. (allocine)

Mon avis : Femme au bord de la dépression

S’il ne fallait garder qu’un film dans la filmographie de François Ozon, ce serait Sous le sable. Ce seul long-métrage justifie ses ratages quelquefois évidents d’autres fois contestables. Loin de ses provocations que d'aucuns trouvent gratuites et parfois lassantes (Sitcom, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes), le réalisateur livre ici un portrait de femme sobre et touchant, d’une étonnante épure. S’entourant pour le scénario de collaborateurs fidèles (Marina de Van) et de la romancière Emmanuèle Bernheim, il est parti d’un fait divers qu’il s’est rappelé avoir vécu étant enfant pour élaborer un film sur la difficulté de faire son deuil, en particulier lorsqu’il n’y a pas de corps.

En effet Marie est bien embêtée : elle est partie comme chaque année dans les Landes avec son mari Jean (et dès les premières images on ressent la lassitude inexorable de ce couple de cinquantenaires) quand soudain, s’étant endormie un jour sur la plage, elle se réveille et ne le retrouve pas. Au bout d’un certain temps il lui paraît évident qu’il s’est passé quelque chose, et elle prévient les autorités qui font tout pour le retrouver. Seulement voilà, Jean a disparu. S’est-il noyé ? S’est-il enfui de son plein gré ? En tout cas, Marie va continuer à vivre sa vie comme si il ne s’était rien passé, au grand dam de son entourage qui lui conseille de consulter un psychologue. D’ailleurs les apparitions (fantomatiques ?) de Jean (qu’elle seule voit) la confirment dans son entêtement.

Avec Sous le sable, François Ozon fait preuve d’une rare maturité pour capturer et rendre cinématographique l’état dépressif. Comme l’avait fait en son temps Georges Pérec pour la forme romanesque avec  Un homme qui dort, le réalisateur sonde l’âme traumatisée de son personnage principal. Et c’est paradoxalement furieusement gai : le décalage entre l’état profondément dépressif dans lequel est l’héroïne et la vision qu’elle a d’elle-même, son obstination à nier la réalité, donne lieu a des scènes à la fois bouleversantes et drôles (la scène dans le supermarché, une scène au lit avec le très bon Jacques Nolot…). Ainsi Ozon arrive à parler de sujets graves comme la mort ou le déni sans paraître lourd ni ennuyeux.

Autre aspect formidable de Sous le sable, et étonnant de la part d’un réalisateur d’un peu plus de trente ans à l’époque : le portrait aussi précis et délicat d’une femme d’âge mûr. À une époque où passé quarante ans un grand nombre d’actrices sont délaissées (voir à ce titre l’excellent documentaire Searching for Debra Winger de Rosanna Arquette), François Ozon nous laisse à voir ici une femme qui a vécu, sans être vieille pour autant, et la magnifie devant la caméra.

Pour cela, il a la meilleure collaboration qui soit en la personne de Charlotte Rampling. L’actrice, en totale perte de vitesse à l’époque, irradie et porte Sous le sable sur ses épaules, tant elle est sur chaque plan. Elle-même ayant trouvé des parallèles troublant entre son personnage et sa vie personnelle, elle donne corps à cette Marie de façon à la fois grave et légère, spontanée et émouvante. Quant à la réalisation, toute en nuances, elle est remarquable : jamais Ozon ne lève le voile sur cette atmosphère de mystère qui entoure le film. Il laisse le spectateur libre de se faire sa  propre interprétation, en adoptant une mise en scène sobre et discrète. Laissant la caméra s’attarder longuement sur le visage de l’héroïne, il nous offre en prime une ambiance sonore impeccable (la lourde respiration de Bruno Cremer, le choix des musiques…). Du véritable travail d’orfèvre.


Ma note : ****

Sous le sable (2000) François Ozon
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commentaires

ragondin 19/02/2007 11:39

Une critique en avant-première sur le site http://www.avoir-alire.com du nouveau film de Ozon : Angel. Visiblement ce nouvel opus n'a pas séduit la rédaction qui parle d'un « Un beau spectacle un peu vain sauvé par quelques réjouissances visuelles »...
Pour voir l'article : http://www.avoir-alire.com/article.php3?id_article=9261

Neil 19/02/2007 21:31

Merci ragondin.J'ai vu la bande annonce d'Angel et j'avoue qu'elle ne m'a pas fait un effet boeuf.On verra, en tout cas Ozon a le mérite de renouveller souvent les genres des films qu'il aborde.

ArchimÚde 03/12/2006 19:03

salut
entièrement d'accord avec toi
enfin un vrai connaisseur de François Ozon sur la toile !
j'ai redécouvert ce film sur ARTE, j'ai été bluffé par l'interprétation très sensible et juste de Rampling, et par un scénario abouti... Bravo Neil pour ton billet, je n'aurai pas réussi à dire aussi bien !

Neil 04/12/2006 09:59

Merci beaucoup Archimede. C'est vrai que c'est un de mes films préférés, et ce n'est pas plus mal que j'ai clôturé (provisoirement ?) mon blog avec cet article.En effet, désolé à mes (rares mais fidèles) lecteurs, je n'ai plus le temps de mettre à jour mon blog.Je continue à surveiller vos messages par ci - par là ;-)A bientôt donc, peut-être.:-)

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