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Cet obscur objet du désir (1977) Luis Buñuel

par Neil 14 Novembre 2018, 10:40 1970's

Fiche technique
Film français, espagnol
Date de sortie : 17 août 1977
Genre : jeux érotico-surréalistes
Durée : 1h45
Scénario : Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière, d’après l’œuvre de Pierre Louÿs
Musique : Richard Wagner
Directeur de la photographie : Edmond Richard
Avec Fernando Rey (Mathieu), Carole Bouquet, Angela Molina (Conchita), Julien Bertheau (Le juge), André Weber (Le valet), Pierre Piéral (Le psychanalyste), Milena Vukotic (La femme dans le train)…

Synopsis : Lors d'un voyage en train, Mathieu Faber raconte aux passagers de son compartiment ses amours avec Conchita, femme radieuse qu'il poursuit de son obsession à travers l'Europe. Mais elle se dérobe toujours à ses avances... (allocine)

Mon avis : Je t’aime, moi non plus

Le roman de Pierre Louÿs justement nommé La femme est le pantin avait déjà été adapté au cinéma notamment par Joseph von Sternberg et Jean Duvivier. Ce récit d’une femme fatale se jouant de la passion qu’elle provoque sur un homme lors du carnaval de Séville ne pouvait que séduire le trublion Luis Buñuel. Il profite ainsi de cette libre adaptation du roman pour livrer avec Cet obscur objet du désir un ultime condensé de toute son œuvre, prouvant ainsi que même à 77 ans le malicieux réalisateur n’avait en rien perdu de sa superbe.

Apprenant par son majordome qu’« elle est partie », Mathieu Faber quitte Séville pour Paris et rencontre dans son compartiment plusieurs personnes qu’il connaît par relations interposées. Puis il aperçoit une jeune femme sur le quai et lui jette un sceau d’eau à la figure. Pressé par ses indiscrets voisins, il finit par raconter l’étrange histoire qui a motivé ce geste curieux : tout commence lorsqu’il tente de séduire sa femme de chambre, la troublante Conchita. Seulement celle-ci résiste à ces avances tout en jouant un double-jeu diabolique qui ne fait que titiller les furieux élans du sémillant quinquagénaire.

De prime abord, Cet obscur objet du désir apparaît comme l’un des films les plus linéaires de Luis Buñuel. Sa simplicité narrative n’en cache pas moins une œuvre pleine de surprises formelles où s’épanouit élégamment la veine surréaliste de Don Luis. On pourra ainsi croiser une femme portant un cochon dans ses bras, un personnage féminin incarné par deux actrices radicalement différentes l’une de l’autre (dont le premier rôle au cinéma de la troublante Carole Bouquet)… sans compter tous ces actes manqués et autres scènes inexpliquées qui laissent magnifiquement le champ libre à l’interprétation.

Et Luis Buñuel de continuer à explorer dans Cet obscur objet du désir toutes les obsessions qui n’ont eu de cesse de parcourir toute son œuvre. Si la religion n’occupe finalement que peu de place dans cet opus (mis à part le rôle secondaire de la mère bigote mais finalement plutôt attachante), on peut en voir les stigmates dans l’attitude profondément macho du personnage principal incarné par le fidèle Fernando Rey. Mathieu ne peut en effet envisager l’amour de Conchita qu’à travers sa virginité ; ce caractère masculin emprunt du catholicisme ambiant dans les pays du sud le conduit ainsi à la fois à désirer et à craindre la femme, incarnée ici par Conchita. Celle-ci est d’ailleurs typiquement ambivalente : à la madone immaculée qu’est Carole Bouquet répond la sensualité débridée d’Angela Molina.

Le rapport homme/femme est donc au cœur de Cet obscur objet du désir, dans ce qu’il a de plus mystérieux et de plus impossible. Car comment concilier ces deux visions de la sexualité aussi opposées l’une de l’autre ? Une ambiguïté parfaitement résumée dans cette relation entre un homme furieusement jaloux qui poursuit une chimère : ce qu’il désire le plus intiment chez la femme qu’il aime, sa pureté, il cessera aussitôt de le posséder une fois l’acte consommé. L’inversion des rôles est alors subtilement signifié, la diablesse tentatrice devenant victime d’un obsessionnel compulsif. À moins que ce ne soit l’inverse…

Ma note : ****
Cet obscur objet du désir (1977) Luis Buñuel
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commentaires

D&D 20/12/2007 09:37

Très bel article, cher Neil. Sa concision m'impressionne. Et quel film magnifique !

Neil 21/12/2007 23:36

Merci cher D & D ! Et moi qui envie le caractère prolixe de tes articles lol "_"

kfigaro 06/02/2007 11:43

Sans doute, je suis un peu en retard sur les derniers Lynch d'ailleurs... une lacune à combler très bientôt.

kfigaro 02/02/2007 12:05

Un film curieux là encore, prémonitoire des méfaits terroristes actuels (la fin du film) et sans doute du travail du David Lynch (le thème des femmes "doubles" si mes souvenirs sont exacts), et puis Carole Bouquet est vraiment une superbe femme...

Neil 02/02/2007 22:44

Oui effectivement, deux femmes en un si j'ose dire, comme dans du Lynch c'est vrai.A ce propos, je viens de voir la bande annonce d'Inland Empire qui promet d'être furieusement barré, vivement sa sortie ! "_"

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