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Inland Empire (2006) David Lynch

par Neil 10 Février 2007, 23:33 2000's

Fiche technique

Film américain, français, polonais
Date de sortie : 07 février 2007
Genre : indéterminable
Durée : 2h52
Scénario : David Lynch et
Musique : Angelo Badalamenti
Directeur de la photographie :
Avec Laura Dern (Nikki Grace), Jeremy Irons (Kingsley Stewart), Karolina Gruszka (la jeune fille perdue), Justin Theroux  (Devon Berk), Julia Ormond (Doris Side), Harry Dean Stanton (Freddie Howard), Peter J. Lucas (Piotrek Krol)…

 
 

Synopsis : Nikki est actrice. Elle décroche un rôle dans le nouveau film de Kingsley : elle y interprètera Sue, aux côtés de Devon qui lui joue Billy. Les deux acteurs deviennent rapidement amants, se prenant au jeu de leurs personnages. Bientôt, la limite entre réalité et fiction devient difficile à établir.

 
 

Mon avis : Dans la tête de David Lynch

 
 

Autant le dire une fois pour toutes : on sort de la vision de Inland Empire comme après un bon vieux trip sous acide qui durerait trois heures. Ne pas chercher à comprendre, ne pas analyser, juste savourer les émotions, brutes. Des prochaines relectures, qu’on attend déjà avec impatience, nous permettront plus tard de reconstruire ce capharnaüm apparent (mais pourtant ô combien rigoureusement construit, tout paradoxal que cela puisse paraître). Parce que comparés au dernier opus de David Lynch, ses deux derniers, à savoir Lost Highway et Mulholland Drive sont transparents comme de l’eau de roche, c’est vous dire. Une énigme reste à mes yeux insoluble : comment un imaginaire aussi barré a-t-il pu produire des films aussi linéaires que Elephant man et Une histoire vraie ? Pourtant, ne croyez pas ses détracteurs : il y a une histoire dans Inland Empire.

 
 

Tout commence avec Nikki, une actrice recevant à Hollywood la visite de sa nouvelle voisine (Grace Zabriskie, qui nous rappelle ici combien elle nous manque). Celle-ci lui tient un discours pas vraiment cohérent, où elle lui parle d’un film que Nikki doit tourner et la met en garde contre la dangerosité de l’opération. Et effectivement, Nikki reçoit le lendemain un coup de film de son agent lui apprenant qu’elle va tourner ce fameux film. Le premier jour de tournage, un bruit étrange se fait entendre dans les coulisses ; son partenaire Devon va voir ce qu’il en est, apparemment pas grand chose. L’équipe poursuit le tournage comme si de rien n’était, Nikki et Devon devenant de plus en plus proches au fur et à mesure que le film se construit, et là tout déraille…

 
 

Dans les films de David Lynch, il y a des acteurs qui jouent des personnages qui sont eux même des acteurs interprétant des personnages. Et dans Inland Empire, ces personnages ont eux-même leur propre vie. Où est la réalité, où se place la fiction, on n’en a cure : la frontière est si ténue de toutes manières que l’un et l’autre finissent fatalement par se rejoindre d’une manière ou d’une autre. Ce qui importe, ce sont les interactions entre les différents niveaux de perception. Les démons des uns nourrissent les phobies des autres, l’espace et le temps sont continuellement mélangés, créant des brèches (voire des abysses) impossibles à colmater.

 
 

David Lynch est un grand joueur : il réunit dans un savant dosage un soupçon de Pirandello, une larme de Kafka, quelques gouttes de Ionesco et une pincée de Lewis Caroll pour concocter un mélange explosif et totalement jouissif. Il s’amuse avec les identités (qui est qui, pourquoi, comment), l’espace-temps (est-on aujourd’hui, hier, demain), l’image (on est au plus près des acteurs, sentant pratiquement leur souffle et leur respiration haletante), le son (un cœur qui bat, une partition musicale encore une fois à tomber de Angelo Badalamenti), la narration et le montage (saccadés, mélangés). Il s’amuse malicieusement à casser le fil émotionnel (toujours tendu à l’extrême, prêt à exploser à tout moment) en provoquant soudainement un rire, une peur, une sensation inattendue (forcément inattendue puisque le spectateur est en permanence paumé).

 
 

Et au-dessus de tout ça survole une actrice, Laura Dern, dont on avait oublié (l’avait-on jamais su ?) combien elle avait de potentiel. Le challenge est de taille : c’est pas un rôle qu’elle doit jouer ici, mais deux, que dis-je deux, bien plus. Elle puise dans sa palette d’actrice protéiforme une multitude d’émotions, est toujours à 100% dans son rôle, oui mais quel rôle ? On imagine toute la difficulté qu’elle a dû ressentir en lisant un scénario aussi barré (d’ailleurs, il n’y en avait pas, ça simplifie les choses), et pourtant elle évolue dans cet univers onirique comme un poisson dans l’eau. Pour les surprises des quelques apparitions parfois subreptices, je vous laisse vierge de tout commentaire. D’aucuns vont gloser sur l’absence totale de cohérence d’un film qui n’a ni queue ni tête, ceux là seront passés à côté d’une œuvre prodigieusement foisonnante et utile. Heureusement qu’il existe encore quelques rares auteurs comme David Lynch pour nous offrir des productions à mille lieux du pré-mâché habituel des grands studios hollywoodien (un des thèmes cruciaux du film d’ailleurs, qui l’eut cru…). Les grands films ont ça en commun qu’ils laissent un souvenir prégnant après leur projection. A n’en pas douter Inland Empire en fait partie.

Ma note : 9/10

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commentaires

D&D 25/11/2007 02:54

L'occasion était trop belle. Je suis donc venu revenir ton article.
Je le trouve encore meilleur que la première fois (comme le film !).
Et ça me rappelle que ta réponse à mon commentaire m'avait également réjoui.
A bientôt :-)

Neil 25/11/2007 10:10

Merci c'est gentil :) D'ailleurs faudrait que je le revoie ce film, je ne l'ai vu qu'une seule fois...

D&D 24/08/2007 01:42

Put... c'est abusé...
J'aime ton article mais t'aurais pu mettre 10 quand même... Je suis traumatisé, là...

Neil 24/08/2007 09:24

Loll. 'tain, 10 c'est abusé quand même... :p Non mais serieusement, c'est le meilleur film de l'année pour l'instant, ça me paraît clair :-)

GBertrand 14/03/2007 17:17

Et unerencontre Lynch Hitchcock, pourquoi pas ?
http://www.gerard-bertrand.net/hitchcock_lynch.html

Chris 20/02/2007 08:07

Magnifique article, lui aussi, limpide comme de l'eau de roche ! lol

"Ne pas chercher à comprendre, ne pas analyser, juste savourer les émotions, brutes. Des prochaines relectures, qu’on attend déjà avec impatience, nous permettront plus tard de reconstruire ce capharnaüm apparent"

C'est comme ça exactement que je ressens un David Lynch ! Merci :-)))

En ce qui concerne "Straight story", c'est un film qui me paraît plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. Je me permets de te renvoyer à une chtite analyse que j'avais faite...

http://chrislynch3.canalblog.com/archives/monsieur_lynch/index.html

+++ au plaisir

Neil 20/02/2007 21:07

Merci à toi Chris "_"J'ai revu justement The Straight story et c'est vrai qu'il y a mine de rien pas mal de clés lynchienne. Pour ma part je me suis fait encore une fois déborder par l'émotion, et c'est drôle toujours aux mêmes moments du film, comme si j'avais rien appris des lectures précédentes...Bref, je cours de ce pas voir ton analyse

smallwitch 18/02/2007 10:20

J'ai été très déçue, le film est beaucoup trop long... Mais il y a des plans visuels qui m'ont plu.

C.E. 14/02/2007 12:40

Pour ma part : 10/10 !
Très bien, l'article !
À +

smallwitch 11/02/2007 10:33

J'avais adoré Elephant Man et Une Histoire Vraie, j'ai pas trop aimé Muhlohand Dr. (sauf la musique, suuubbbliimmme!!!).

Neil 11/02/2007 12:23

hello smallwitch et eeguabAh oui moi aussi j'ai beaucoup aimé Elephant man et Une histoire vraie.Ce qui m'étonne c'est leur linéarité narrative à tous deux par rapport aux autres films de Lynch.Enfin, non, ça ne m'étonne pas, ça prouve juste l'extraordinaire ecclectisme du personnage.Bref, je m'emballe ! "_"PS : Oui, la musique de Mulholland est un petit bijou... mais j'avoue une préférence pour celle de Twin Peaks (la série aussi bien que le film)

eeguab 11/02/2007 10:26

Neil d'abord merci de l'intérêt que tu portes à mes petits billets.Je connais très mal les derniers Lynch.Mais à première vue la linéarité d'Elephant man et le voyage d'Une histoire vraie ne me semblent absolument pas contradictoires.Je crois que je vais remettre le nez (et les yeux) en Lynchlande.A bientôt.

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