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L'année dernière à Marienbad (1961) Alain Resnais

par Neil 13 Juillet 2014, 05:29 1960's

Fiche technique
Film français, italien
Date de sortie : 25 juin 1961
Genre : souvenirs diffus
Durée : 1h34
Scénario : Alain Resnais et Alain Robbe-Grillet

Image : Sacha Vierny
Musique : Francis Seyrig
Avec Girogio Albertazi (L’homme), Delphine Seyrig (La femme), Sacha Pitoeff (Le mari), Françoise Bertin (Un personnage de l’hôtel), Jean Lanier (Un client), Françoise Spira (Un personnage de l’hôtel)…

Synopsis : dans un grand hôtel fastueux, un homme tente de convaincre une femme qu'ils ont eu une liaison l'année dernière à Marienbad. (allocine)

Mon avis : les circonvolutions aléatoires et néanmoins significatives de la mémoire

Si Alain Resnais est souvent taxé de réalisateur cérébral, c’est en grande partie dû à ses premiers films, Hiroshima mon amour et surtout L’année dernière à Marienbad. Des films qui laissent une large part à l’écriture, et pour cause : l’un fut scénarisé par Marguerite Duras et l’autre en partie par Alain Robbe-Grillet. Au fil du temps, le cinéaste a opté pour des formes narratives plus classiques tout en gardant une large part à l’innovation (voir Smocking / No smocking ou On connaît la chanson) et en privilégiant des scénarii très élaborés (voir ses collaborations avec les Jaoui / Bacri).

Dans un hôtel immense et de grande classe (si d’aventure l’on ne l’avait pas remarqué, la voix-off du début nous le ferait comprendre par une longue et redondante introduction), se tient un homme. À une femme qu’il aborde lors d’une soirée mondaine, il rappelle un rendez-vous passé il y a un an, au même endroit. Mariée (ou en tout cas en couple… ou pas, ou peut-être), elle s’obstine à nier la prétendue rencontre de l’an dernier avec cet inconnu qui la fascine et qui l’effraie. L’homme n’aura de cesse de la forcer à ce rappeler son engagement, l’exhortant à fuir avec lui (où ? on ne sait pas, mais cela n’a pas d’importance).

Et d’ailleurs rien n’a d’importance pour l’homme. Son nom, il refuse de le donner, il est un homme, elle est une femme, ils se sont croisés, peut-être aimé, qui sait ? Oulah, ça y est, j’en ai perdu plus d’un… et c’est le but. Le second film d’Alain Resnais est un dédale où le spectateur se perd pour mieux se retrouver, cherchant son reflet dans les miroirs de ce palace aux dorures fastueuses. L’année dernière à Marienbad n’a pas pour vertu première d’être expliqué, décortiqué, ni même analysé à la rigueur. Comme l’écrivait un journaliste de l’époque (Marcel Martin, pour ne pas le nommer) : « Marienbad est […] le premier film qui ridiculise et décourage toute critique ».

Car L'année dernière à Marienbad est avant tout pur ressenti. Derrière un propos austère et cérébral se cache une œuvre purement esthétique, presque sensuelle. Non pas sensuelle au sens charnel du terme, mais en ce qu’elle fait appel aux sens. La vue tout d’abord, avec ce noir et blanc impeccable servi par un chef opérateur talentueux (Sacha Vierny, un fidèle de Resnais puis de Greenaway). A cette image léchée s’ajoutent des innovations dans la mise en scène (ça sent la nouvelle vague à plein nez) et des décors somptueux. La vue disais-je, mais aussi l’ouïe. On est envoûté (ou bien agacé, mais en tout cas pas insensible) par la partition d’orgue qui accompagne sans cesse le film. Et comment ne pas évoquer le timbre de voix si particulier et si charmant de Delphine Seyrig ? L’actrice qui joue alors un rôle essentiel de sa toute jeune filmographie marque de sa voix si chaleureuse et de son charme si mystérieux le film et les esprits.

Alors, qu’est-ce qui donne à L’année dernière à Marienbad son goût d’amertume pour le spectateur ? Peut-être le fait qu’on a beau essayer, on n’arrive pas à avoir de prise sur cet objet filmique non identifié. Certes, Resnais objecte qu’il y a autant de Marienbad que de spectateurs qui le voient. Et cette tentative d’exploser les schémas narratifs et formels est hautement louable, et sert admirablement le propos onirique du film. Mais il devient par là même trop intellectualisé si on tente de l’appréhender. Sans doute ne doit-on que le ressentir, l’écouter, le regarder, sans vouloir chercher plus loin. Mais alors on se bute au caractère éminemment littéraire de l’œuvre. Ou plutôt à la contradiction même de sa construction : à la fois objet cinématographique visuellement étonnant, le film se heurte à un langage littéraire qui nous empêche d’entrer pleinement dedans, qui nous force à rester à l’écart, spectateur intrigué, parfois subjugué, mais pas forcément convaincu dès le premier visionnage.

Ma note : ***

L'année dernière à Marienbad (1961) Alain Resnais

commentaires

Ygor Parizel 17/07/2014 14:47

Extrêmement décevant

neil 17/07/2014 19:10

Moi je trouve pas. Je le trouve assez fascinant en fait.

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