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A perdre la raison (2012) Joachim Lafosse

par Neil 19 Août 2012, 05:32 Avant-Première

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Fiche technique
Film français
Date de sortie : 22 août 2012
Genre : violence psychologique
Durée : 1h51
Scénario : Matthieu Reynaert et Thomas Bidegain
Image : Jean-François Hensgens
Avec Niels Arestrup (André Pinget), Emilie Dequenne (Murielle), Tahar Rahim (Mounir), Baya Belal (Rachida), Redouane Behache (Samir), Stéphane Bissot (Françoise)…

Synopsis : Murielle et Mounir s’aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur Pinget, qui lui assure une vie matérielle aisée. Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable.

Mon avis : Une femme sous influences

Un fait divers inspira À perdre la raison. En février 2007, une mère de famille de Nivelle, en Belgique, assassine ses cinq enfants, âgés de 4 à 14 ans. Le procès a un grand retentissement et la femme explique son geste par le climat délétère dans lequel elle vivait avec son mari et ses enfants, sous la protection d’un homme aux obscurs desseins. Joachim Lafosse, qui dans sa filmographie explore divers facettes de l’univers familial, a souhaité se détacher de la réalité pour aller vers la fiction. Ce qui l’intéresse n’est pas le fait en lui-même mais la façon dont une femme a pu venir à une telle extrémité. C’est pourquoi il choisit des acteurs et des actrices connus du grand public, et aux personnalités parfois bien trempées, pour interpréter les premiers rôles de son film : la fiction avant tout.

En rentrant d'un week-end à la mer, Mounir propose à Muriel de l'épouser. Ils s'aiment et veulent faire leur vie ensemble. Rentrés chez André, son père adoptif qui l'héberge, Mounir tient à lui présenter Muriel. Elle lui prépare des lasagnes mais le médecin a un rendez-vous urgent et ne peut pas rester. Le lendemain, Muriel retrouve ses élèves tandis qu'André aide Mounir à réviser. Malheureusement, le jeune homme ne réussit pas l'entretien qu'il passait et il se retrouve dans une impasse professionnelle. André lui propose alors de l'embaucher en tant qu'assistant. Ravi, le jeune homme accepte et quand plus tard il annonce son futur mariage avec Muriel, le couple accepte également le cadeau que leur fait André : un voyage de noces. A une condition : qu’André les accompagne durant ces vacances.

Si A perdre la raison nous fait tant d’effet après la projection, c’est paradoxalement parce que le réalisateur souhaite éviter tout sensationnalisme avec sa mise en scène. Avec beaucoup de pudeurJoachim Lafosse nous raconte cette histoire peu banale, sans insister sur le côté mélodramatique ni pointer du doigt la faute sur tel ou tel personnage. Ce qui le motive, ce n’est pas le procès en lui-même ni le jugement d’un acte qui dépasse l’ordinaire : il se concentre sur l’humain et les ressorts psychologique de ses personnages. C’est peut-être pourquoi nous nous sentons constamment à l’extérieur du récit, par une mise en scène très bien élaborée. La caméra se situe très souvent derrière des demi-murs, à une distance éloignée par rapport au cœur du récit. Le spectateur est presque un voyeur, qui regarderait par le trou d’une serrure le quotidien de cette femme peu à peu poussée à bout.

Le nœud de l’intrigue d’A perdre la raison se joue entre trois personnages, deux hommes et une femme. Muriel épouse Mounir par amour, ils sont jeunes et pleins d’espoir. Elle accepte au début la situation peu habituelle d’habiter chez cet homme, moitié père spirituel, moitié tuteur de son mari, mais se voit peu à peu mise à l’écart. Elle se retrouve enfermée dans cette relation malsaine où le couple n’a plus aucune intimité et où elle n’a plus qu’un seul rôle à jouer, celui de femme au foyer. La prestation d’Emilie Dequenne est prodigieuse, elle arrive à transmettre avec quelques expressions le désarroi qui l’étreint au fur et à mesure. Le protecteur de la famille est quant à lui plus mystérieux : on n’arrive quasiment jamais à percer ses motivations. On ne sait pas vraiment quels liens il noue avec Mounir, si son attitude est post-colonialiste, affectueuse ou même amoureuse. Il fallait un acteur de la trempe de Niels Arestrup pour incarner une telle ambiguïté.

Ma note : ***

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commentaires

bobmorane75 28/08/2012 16:36


Oui, un excellent film qui traumatise violemment. Excellente Emilie et un Niels fabuleux.

Neil 29/08/2012 09:17



Les acteurs sont excellents et le film est fort : c'est un choc, assurément.



dasola 24/08/2012 18:45


Bonsoir Neil, quel film, quelle histoires et surtout quels acteurs (Dequenne et Arestrup en tête). La caméra ne lâche jamais les acteurs qui sont filmés au plus près, on ressent le même sentiment
d'enfermement que Muriel. Un film dur mais bien. Bonne soirée.

Neil 26/08/2012 23:00



Bonsoir Dasola, oui l'histoire est impressionnante et le casting très solide. Un choc de cette rentrée. Bonne soirée.



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