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Au seuil de la vie (1958) Ingmar Bergman

par Neil 21 Octobre 2011, 05:16 1950's

Seuil_Vie.jpg
Fiche technique
Film suédois
Titre original : Nära livet
Date de sortie : 31 mars 1958
Genre : diverses maternités
Durée : 1h22
Scénario : Ingmar Bergman, d’après l’œuvre d’Ulla Isaksson
Image : Max Wilen
Musique : John Debney
Avec Ingrid Thulin (Cecilia Ellius), Bibi Andersson (Hjordis Pettersson),  Eva Dahlbeck (Stina Andersson), Max von Sydow (Harry Andersson), Erland Josephson (Anders Ellius), Barbro Hiort-Af-Ornas (Brita)…

Synopsis : Cecilia est admise dans une clinique claire, bien équipée, symbole de l'organisation sociale suédoise. Mariée, employée dans l'administration, elle vient de perdre l'enfant qu'elle portait. Son mariage étant une union sans amour, elle considère qu'elle et son mari sont responsables de cet échec, car ils n’ont pas désiré cet enfant. (allocine)

Mon avis : C’est si rare de voir de l’espoir chez Ingmar

Et là je me rends compte que je spoile à fond, mais les spectateurs qui auront vu Au seuil de la vie jusqu’au bout comprendront ce que je veux dire. C’est d’ailleurs a priori étonnant de voir la thématique de la maternité, le concept même de donner la vie, traitée par Ingmar Bergman, dont les obsessions morbides transpirent dans ses œuvres. C’est que le réalisateur suédois analyse ici les pulsions de vie, les différentes situations qui amènent ou pas à la naissance d’un être humain. Ce qui l’intéresse une fois de plus c’est la psyché, l’âme de ces trois femmes qu’il va décortiquer au plus profond. Présenté au Festival de Cannes en 1958, le film en ressortira avec le Prix de la mise en scène et un Prix d'interprétation collectif tout à fait mérité pour l’ensemble de ses actrices.

Dans la salle des urgences d‘un hôpital, Cecilia est couchée sur un brancard, accompagnée de son mari Andres. Enceinte de trois mois, elle saigne abondement et a peur de perdre son enfant. Paniquée, elle essaye de se rassurer auprès de son mari et lui demande conseil. Elle veut surtout savoir s’il désire cet enfant, ce en quoi il élude discrètement de répondre. Alors qu’elle souffre, l’infirmière ne cesse de lui poser des questions administratives afin de remplir les formalités d’usage. Qaund elle se retrouve seule, une douleur fulgurante l’assaille et elle tente désespérément d’appeler quelqu’un avant de sombrer dans l‘inconscience. A son réveil, elle comprend à demi mot qu’elle a perdu son enfant. Quand le médecin lui dit qu’elle sera en mesure d’avoir d’autres enfants, elle assure que jamais plus elle n’en désirera.

Il parait que certaines femmes se sont évanouies durant la projection d‘Au seuil de la vie. Et pourtant la violence, intense, y est plus psychologique que visuelle. Certes on voit, et surtout on entend, une femme dans une situation d’accouchement douloureux ; on apprend le récit d’une autre femme qui a subi un avortement qu’on pourrait qualifier de peu orthodoxe. On y écoute surtout des femmes qui évoquent dans les moindres détails leur rapport à la maternité, leur désir ou non d’enfant, la joie ou la douleur potentielles que ça pourrait leur occasionner. Car bien entendu on y parle surtout de douleur (on est chez Bergman, ne l’oublions pas), de difficultés à entretenir des rapports humains, de l’absence d’amour ou d’affection. Mais on y voit également un personnage solaire, épanouie et heureuse : une figure rare chez le cinéaste. Forcément le sadisme du réalisateur lui fera vivre les pires horreurs, mais qu’importe : elle réussira à infléchir la vision pessimiste de ses amies d’un jour.

Si Au seuil de la vie remplit parfaitement le cahier des charges bergmaniens des pathologies de l’esprit humain, il est également formellement fidèle aux autres œuvres du suédois. On y retrouve ce noir et blanc léché et ces gros plans sur les visages qui ont fait la marque du maître. L’impression d’étouffement psychologique que ressentent les personnages nous est parfaitement retranscrit par cet unité d’espace que figure cette maternité où ces trois femmes sont contraintes de cohabiter le temps d’une journée. Pas d’échappatoire possible, et la situation extrême combinée à un mélange de médicaments les conduit à faire face à leur situation. S’ensuivent quelques scènes d’une rare lucidité où des paroles crues vont être prononcées, et où les vérités vont sortir. Une fois encore, les femmes se montrent plus courageuses que les hommes, et leur désir d’émancipation les sauvera peut-être d’une situation inextricable.

Ma note : ****

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commentaires

Phil Siné 21/10/2011 12:41



tiens c'est marrant, ce que tu appelles espoir moi je l'appelle résignation... mais c'est vrai que dans la vie, les 2 se confondent... ça dépend pour beaucoup de la perspective que l'on a sur les
choses... je ne suis pas un garçon très optimiste, ça doit jouer... ;)



Neil 22/10/2011 00:27



Maintenant que tu le dis en effet j'ai une autre lecture qui peut venir. On peut tout à fait voir cette fin comme terriblement consensuelle, les deux femmes se résignant à leur petite vie sans
affronter le changement. C'est vrai.



Eeguab 21/10/2011 07:29



Jamais vu mais il y a au moins 20 Bergman que je ne connais pas.Par contre je viens de revoir et de présenter à l'I.U.T.A(université tous âges) Les fraises sauvages.Quel
superbe voyage au creux des souvenirs,quelle sensibilté!



Neil 22/10/2011 00:25



Ah oui Les fraises sauvages est absolument prodigieux, un must. Le nombre de chef d'oeuvre qu'a pu produire Bergman est pour moi hallucinant.



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