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Balada Triste (2011) Alex de la Iglesia

par Neil 30 Juin 2011, 05:00 En salles

Balada_Triste.jpg
Fiche technique
Film espagnol
Date de sortie : 22 juin 2011
Titre original : Balada triste de la trompeta
Genre : film barré
Durée : 1h47
Scénario : Alex de la Iglesia
Image : Kiko de la Rica
Musique : Roque Banos
Avec Carlos Areces (Javier), Antonio de la Torre (Sergio), Carolina Bang (Natalia), Sancho Garcia (Colonel Salcedo), Juan Luis Galiardo (Monsieur Loyal), Enrique Villen (Andres)…

Synopsis : Dans un cirque, les singes crient sauvagement dans leur cage tandis qu’à l’extérieur, les hommes s’entretuent sur la piste d’un tout autre cirque : la guerre civile espagnole. Recruté de force par l’armée républicaine, le clown Auguste se retrouve au milieu d’une bataille où il finira par perpétrer un massacre à coup de machette au sein du camp national. (allocine)

Mon avis : Délire cinématographique pour amateurs de Grand Guignol

Certains attendaient Balada triste, comme la plupart des films d’Alex de la Iglesia, depuis pas mal de temps. Il faut dire que le réalisateur espagnol prend généralement son temps entre deux films. Son dernier film, Crimes à Oxford, une tentative hollywoodienne, datait de 2008. Et pourtant le réalisateur a ses aficionados : il a un style bien particulier. On pourrait le comparer dans une certaine mesure à un Takeshi Miike, peut-être en un peu moins frappé. Mais tout de même, ses films révèlent un savant sadisme envers ses personnages et aussi envers le public. Généralement rien ne nous est épargné, l’hémoglobine coule à flot et les idées totalement barges sont légion, pour notre plus grand plaisir de spectateur.

Sur la scène d‘un cirque, deux clowns font leur spectacle devant des enfants hilares. Soudain une bombe explose et tout le monde prend peur. Les artistes réussissent à renverser la situation jusqu’à ce qu’un militaire entre sous le chapiteau et intime l’ordre aux hommes valides de s’engager dans la guerre civile. Un des clowns s’oppose fermement à cette intrusion mais se fait mater par l’homme armé. Ils se voit donc obliger de le suivre avec son costume de scène, après avoir dit à son jeune fils de rejoindre sa tante. Dans le campement militaire, le clown découvre de nombreux hommes comme lui, engagés d’infortune dans une guerre qu’ils ne connaissent pas et avec des armes qu’ils ne maîtrisent pas.

L‘art du contrepoint est élevé à un haut niveau dans Balada triste. Des clowns ne sont pas drôles, et sont parfois violents. Une situation comique peu vite devenir tragique et inversement. On est ici en présence d’un burlesque trash improbable, et l’univers du cirque dans lequel baigne tout le film ne fait qu’amplifier le mouvement. Alex de la Iglesia revient ici à ses premières amours : après quelques films plus calmes, il nous offre ici un long-métrage hallucinant et halluciné qui va à toutes berzingues. Ce rythme effréné est d’ailleurs quelquefois un peu fatiguant, et on a envie de dire au réalisateur de se calmer, et d’arrêter un peu sa caméra qui va dans tous les sens.

Mais la richesse formelle de Balada triste ne veut pas dire que le film manque de fond. Véritable allégorie du fascisme et de la façon dont les totalitarismes aliènent les individus, le film est certainement engagé. On peut comprendre qu’un réalisateur espagnol ait besoin d’évoquer cette période trouble de l’histoire de son pays, et c’est tout à l’honneur de Iglesia que d’amener le sujet par le biais de cette histoire loufoque et souvent drôle. On sent également chez le metteur en scène un amour de ses personnages et des marginaux en général, à qui il donne une dignité bien méritée. L’acteur principal, Carlos Areces, joue d’ailleurs sa partition difficile d’une façon tout à fait remarquable. On aurait donc tort de passer à côté de ce film étrange mais vraiment intéressant.

Ma note : **

commentaires

Christophe 05/07/2011 11:08



Balada triste de trompeta saisi le spectateur dès le générique : sur une partition puissante de Roque Baños (c’est
sa sixième collaboration avec Álex de la Iglesia ), faites de percussions, se succèdent à l’écran les portraits des principaux dictateurs du XXème siècle et des figures les plus emblématiques du
cinéma d’horreur. Un pêle-mêle effrayant, qui est l’image du reste du film, une odyssée baroque nous plongeant dans un cauchemar grotesque, monstrueux, gothique et violent, qui croise les univers
de Fellini, Browning, Burton et Tarantino. Pas étonnant d'ailleurs que ce dernier, qui présidait le jury de la dernière Mostra de Venise, ait été doublement séduit par ce film, qui s’est vu
attribué le Lion d’argent du meilleur réalisateur et le prix Osella du meilleur scénario.


Balada triste de trompeta n’a donc rien à voir avec le fade et ennuyeux Crimes à Oxford, précédent opus du cinéaste espagnol. On est ici dans la démesure, l’outrance permanente. Ce jusqu’au-boutisme inconfortable en excédera sans
doute plus d’un. Pour ma part, il ne m'a pas dérangé, car il n’a rien de gratuit. Il a pour moi le même sens que les Pinturas negras de Goya, à savoir la déshumanisation des individus
dans un contexte de violences étatiques. Ici, cependant, ce n'est plus Saturne dévorant un de ses fils que l'on nous montre, mais Sergio brutalisant Natalia ou
Javier lacérant le visage de son rival.





D’un strict point de vue cinématographique, ce parti pris extrême donne lieu à des scènes
d’une intensité inouïe -peut-être même anthologiques. On retiendra plus particulièrement celle se déroulant sur la croix gigantesque de l’abbaye Santa
Cruz, qui n’est pas sans évoquer la séquence finale de la Mort aux trousses sur le mont Rushmore, ou
encore l’attentat contre Luis Carrero Blanco, le Premier ministre de Franco. Il y a également cette course dans la forêt où, après avoir été sauvagement agressé par Sergio, Javier s’échappe de
l’hôpital où il était soigné et se réfugie dans une sorte de grotte dans laquelle tomberont successivement un cerf et un sanglier. Séquence surréaliste (on est au pays de Buñuel !), qui se
terminera par la capture du jeune homme par l’ancien assassin de son père, le colonel Salcedo, devenu une sorte de comte Zaroff.


Récit enragé et engagé, Balada triste de trompeta est une réussite tant visuelle que thématique, qui marque une sorte d’accomplissement pour son auteur. On aimerait que le cinéma
français aborde d’une manière aussi frontale et audacieuse notre histoire. Ne rêvons toutefois pas trop, ce n'est pas pour demain...



Neil 05/07/2011 17:09



Tu as tout à fait raison dans les références que tu cites. Le film est baroque et intense, un moment de cinéma assez fort.



Vincent 03/07/2011 15:52



Mouais, richesse formelle... Richesse de nouveau riche, toc et ostentatoire à mon goût.



Neil 05/07/2011 17:03



Tssss meuh non, il y a des choses intéressantes dans le film...



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