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Black Swan (2010) Darren Aronofsky

par Neil 2 Mai 2019, 02:59 2010's

Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 9 février 2011
Genre : jusque-boutisme ultime
Durée : 1h43
Scénario : John McLaughlin et Mark Heyman, d’après l’œuvre d’Andres Heinz
Directeur de la photographie : Matthew Libatique
Musique : Clint Mansell
Avec Natalie Portman (Nina), Mila Kunis (Lily), Vincent Cassel (Thomas Leroy), Winona Ryder (Beth MacIntyre), Barbara Hershey (Erica), Sebastian Stan (Andrew)…

Synopsis : Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily. (Allocine)

Mon avis : Ballet, ton univers impitoyable

Si vous n‘avez pas vu Black Swan, je vous déconseille fortement de lire ces lignes. Parce que parler du film sans révéler quelques éléments clés de l’intrigue parait assez vain. Non pas qu’il soit structuré sur un pitch final artificiel, mais de nombreuses  grilles de lecture du film sont mises en valeur par des éléments scénaristiques clés. Prenons par exemple la rivalité entre Nina et Beth (au passage d'aucuns étaient déjà depuis longtemps fascinés par la ressemblance - alimentée par le système hollywoodien - entre Natalie Portman et Winona Ryder). On voit clairement dans cette rivalité l’influence des Chaussons rouges - qui va jusqu’à la mise en abîme de Nina et son identification au personnage de ballet qu’elle doit incarner. Et ce n’est pas le seul parallèle.

Dans l’école de ballet dirigé par le très sévère Thomas Leroy, la compétition fait rage. La célèbre ballerine Beth MacIntyre commence à prendre de l’âge (toutes proportions gardées) et tout le monde se doute que Leroy va bientôt choisir une nouvelle star pour sa prochaine chorégraphie du Lac des cygnes. Il entretient d’ailleurs malicieusement la tension et choisit déjà une short-list des prétendantes qui vont faire un casting devant lui. Faisant partie de cette première sélection, Nina s’empresse d’aller le dire à sa maman, ancienne danseuse qui a tout sacrifié pour devenir mère. Elle le fait d’ailleurs chèrement payer à sa fille, vivant ainsi par procuration ses ambitions perdues.

Chaque scène de Black Swan est tendue comme un string. La tension est permanente et on ressent tous les tourments du personnage principal et ses émotions. La mise en scène entretient ce climat : mouvements de caméra saccadés, gros plans sur des chairs endolories, suspens maintenu en permanence… le spectateur est mis à l’épreuve tout au long du film. Cette incursion de l’épouvante dans un univers aussi policé (en apparence) que celui de la danse classique est fortement intéressant.

On sait que le milieu des danseuses professionnelles est éminemment compétitif, et que la courte carrière des ballerines est non seulement semée d’embûches mais est surtout extrêmement exigeante. La dévotion à son art, ici parfaitement décrite, exige une abstraction de tout le reste - comme nous l’avait également superbement montré le film de Michael Powell et Emeric Pressburger. Ce que montre encore plus Black Swan c‘est combien cette attente de perfection se fait au détriment physique de ces jeunes femmes.

Dans beaucoup de ses films, Darren Aronofsky met en image la souffrance physique et les blessures de la chair : et dans Black swan encore plus particulièrement. Les douleurs infligées (par elle-même ou par d’autres) à l’héroïne sont mises en perspective avec les tourments psychologiques. Le chemin intérieur que l’oblige à parcourir son chorégraphe pour accéder à l’état de grâce ne peut, selon elle, se faire sans une dégradation physique extrême.

Ce qui la conduit à une schizophrénie et une paranoïa insoutenable, et qui rapproche Black swan d’un Répulsion (toutes proportions gardées). Natalie Portman incarne avec brio cette jeune femme tourmentée - on l’a rarement vue aussi investie dans un rôle - et Vincent Cassel fait très pâle figure à ses côtés (comme d'habitude). La mise en scène de Darren Aronofsky  est intelligente même si elle ajoute parfois trop d’effets dramatiques inutiles : on l‘en excuse volontiers.

Ma note : ****

Black Swan (2010) Darren Aronofsky
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commentaires

David 26/04/2011 23:03


Darren aronofsky est réellement fascinant...
On pénètre dans l'intimité, le coeur et l'esprit de Nina, on en partage la tristesse et la peur, la détresse et la terreur. On se perd dans cet univers multiforme (réalité, désirs, folie) ou la
fragilité (Aronofsky magnifie les dos au delà des visages) se mêle à l'horreur (gros plans fixes sur les stigmates du corps qui tranchent avec la sensibilité de la caméra à l'épaule).
Les vingt dernières minutes (entre la transformation baroque du cygne et l'apothéose de la folie dans la loge) sont d'un autre univers.
Pi, requiem for a dream, The fountain, The wrestler et maintenant Black Swan... je crois que c'est Aronofsky qui vient d'un autre univers...


Neil 27/04/2011 10:49



Salut mon petit David, merci pour ton commentaire :)
C'est clair : cette fin est prodigieuse et Aronofsky se hisse de plus en plus au-dessus du lot.
Et tout ça n'est absolument pas subjectif, non non non ;)



Benoît 03/03/2011 21:28


Je l'ai vu et j'en suis ressorti assez déçu; Le traitement narratif est vraiment trop ressemblant à celui de The Wrestler et certaines séquences sont quasi du copier coller de ce film. Pour le
reste, Aronofsky est un grand manieur d'acteurs, Portman a eu le rôle de sa vie et aussi un excellent metteur en scène (la première séquence est remarquable par exemple).


Neil 07/03/2011 21:52



Je n'ai pas vu The Wrestler. Moi j'ai trouvé la mise en scène vraiment époustoufflante, et j'ai été emporté par le film. Portman y est impeccable c'est clair.



Pyrausta 25/02/2011 09:39


oui beau film mais ses scenes gore m'ont derangee.Apparemment c'est une sorte de signature du realisateur que je ne connais pas.
plusieurs lectures possibles c'est ce qui rend interessant Black swan .Dire que c'est LE film de l'année...Un peu trop tot pour cela.


Neil 26/02/2011 11:04



Oui, Aronofsky ne fait généralement pas dans la dentelle avec sa mise en scène. Ce que j'apprécie personnelement. Ce sera je pense en tout cas l'un des films de l'année.



Jérémy 19/02/2011 19:22


Tout à fait d'accord. Un grand film !
J'aime beaucoup le : "Chaque scène de Black Swan est tendue comme un string."


Neil 20/02/2011 10:49



Comme disent les djeun's : lol. Effectivement j'aime beaucoup cette expression, ici complètement décalée par rapport au sujet.



Mo5kau 17/02/2011 20:08


Il aurait été difficile pour moi d'être déçu par un réalisateur comme Aronofsky que je suis avec ferveur depuis Pi. Heureusement je rejoins ton avis sur Black Swan, qui est pour moi le premier
grand film de l'année. Je n'ai qu'une hâte, le revoir.


Neil 17/02/2011 21:50



J'aime beaucoup Aronofsky depuis son premier film. Et là j'ai également été ravi d'aimer Black Swan.



Marcozeblog 16/02/2011 21:20


Salut Neil, Natalie Portman est grandiose et le film m'a époustouflé ... sûrement mon film de 2011. @+


Neil 17/02/2011 21:46



Ne nous précipitons pas, nous ne sommes qu'en février... ^^



Phil Siné 15/02/2011 10:37


film magnifique en effet... et natalie portman trouve enfin le role de sa vie ! ;)


Neil 16/02/2011 15:22



Ah oui je pense que c'est un rôle quiva marquer sa carrière.



Squizzz 15/02/2011 00:46


Aronofsky signe avec une main de maître un plongée totale dans la folie, à tel point que le spectateur est littéralement à l'intérieur de Nina. Mais il offre en plus un film aux multiples niveau de
lecture, abordant les thèmes du rapport des artistes à leur art, ou encore du passage de l'enfance à l'âge adulte et de la recherche d'identité. Brillant sur le fond, "Black Swan" est également
magnifique sur la forme. Un réussite totale.


Neil 16/02/2011 15:22



Oui, la multitude des thèmes et des niveaux de lecture le rend assez riche.



copa738 14/02/2011 17:43


Très belle analyse.
J'ai comme toi remarqué le fait que la vérité de ce film est criante. Mais j'ai aussi apprécié comment Aronofsky parvenait à mettre en forme ses idées, à faire prendre du volume ce qu'il ressent et
ce qu'il veut nous faire ressentir. Et quand on voit le talent de Natalie Portman, on ne peut que se rendre compte de la capacité de ce film, qui frappe très fort en ce début 2011.


Neil 14/02/2011 18:42



C'est vrai qu'Aronofsky sait où il veut nous emmener, et il le fait très bien. Ce réalisateur a vraiment pas mal de talent.



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