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Corydon (1924) André Gide

par Neil 4 Février 2019, 03:25 Bouquins

Fiche technique
Roman français
Date de parution : Mai 1924
Genre : Discussion sexuée
148 pages
Édité chez Gallimard

Synopsis : Ni confession, ni pamphlet, ni revue des déviations sexuelles, ces quatre dialogues avec Corydon, le médecin des âmes, se présentent comme un essai de clarification sur le sujet délicat de l'uranisme - essai qui se veut le mérite d'« être franc sans paraître cynique, et naturel avec simplicité ». (amazon)

Mon avis : Je suis un homo, comme ils disent…

Dès 1911, André Gide publie sous le manteau une première version de Corydon. Il lui faudra huit ans pour retoucher au manuscrit, et c’est en partie, et paradoxalement, les mises en garde de la plupart de ses amis qui vont finalement le décider à le publier. Les raisons qui le motivent à écrire le livre sont nombreuses : d’abord son père, qui dans un ouvrage juridique, qualifie l’homosexualité de « vice infâme ». Mais également un procès de 1909 qui vit un homme dont les soupçons ne pointaient pas vers lui accusé de meurtre, principalement à cause de ses « mœurs innommables ». Gide décide de faire un acte militant, de sortir du placard pour qu’enfin cesse l’hypocrisie.

À la suite d’un scandaleux procès, tous les salons parisiens ne parlent que d‘uranisme et de pédérastie. Las d’entendre tous ces commérage, le narrateur décide d’aller voir Corydon, qui manifeste ouvertement ses penchants homosexuels. Meilleurs amis au lycée, les deux jeunes hommes se sont perdus de vue depuis dix ans, principalement du fait des mœurs prétendument dissolues dudit Corydon. Le narrateur retrouve avec grand plaisir son compagnon d’autrefois et entreprend d’échanger avec lui des propos autour de l’homosexualité dans le temps et dans les arts. Car Corydon possède un point de vue tout particulier sur la question, qu’il va expliquer à son ami lors de quatre dialogues.

On pourrait vulgairement considérer que Corydon est un des premiers coming-out modernes. André Gide sait bien combien la question est taboue et il entend faire du bruit en publiant son roman. Car jusqu’à présent les figures homosexuelles qui peuplent les romans sont de plusieurs natures, mais jamais ouvertement libérées. Soit les personnages vivent mal leur homosexualité, se la cachent à eux-mêmes et aux autres, soit le fait n’est jamais nommé, quand bien même cela ne fait de doute pour personne (tel le Charlus de Marcel Proust), soit l’homosexuel est un homme de mauvaise vie, plein de vices et dangereux (tel le Vautrin de Balzac). Dans la littérature occidentale moderne, mais également dans la société, aucune place n’est accordée à une sexualité alternative au modèle commun hétérosexuel, et cela Gide ne peut l‘admettre.

D‘autant plus qu‘il n‘a de cesse dans Corydon d‘expliquer que la norme, si tant est qu‘il faille l‘appeler comme cela, a beaucoup évoluée dans le temps (ce que plus tard Michel Foucault théorisera en écrivant que « la norme est vide »). Une large place est accordée aux mœurs grecques qui mettaient en valeur l’amour plus que fraternel entre citoyens, voire entre soldats. Un amour qui selon André Gide est un bien tant pour l’homme que pour la femme, l’auteur ayant expliqué longuement dans un premier dialogue combien les deux sexes appréhendent différemment les rapports amoureux. S’appuyant sur de nombreux auteurs classiques tels Virgile ou Dante Alighieri, Gide tente d’expliquer, non sans parfois une certaine mauvaise foi et souvent une solide misogynie, que l’homosexualité, loin d’être répréhensible comme la société hétérocentrée veut nous la montrer, est bénéfique à tous. Texte fondateur, mythique pour beaucoup, en tout cas très intéressant, on sent que Corydon est un manifeste cher à son auteur ; il le sera également à nombre de ses lecteurs.

Ma note : ****

Corydon (1924) André Gide
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commentaires
P

Comme tu as dû le deviner, ils me touchent aussi...


Répondre
N


Oui, j'ai cru le comprendre en effet :)



P

Je ne connaissais pas ce texte, et ta chronique fort intéressante me donne envie de le lire.


Répondre
N


En plus c'est un petit texte (j'allais dire un manifeste, mais c'est un peu ça). Qui m'a passionné, mais il faut dire que ces sujets me touchent ^^



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