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Drive (2011) Nicolas Winding Refn

par Neil 3 Octobre 2011, 05:48 Avant-Première

Drive.jpg
Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 5 octobre 2011
Genre : cascadeur solitaire
Durée : 1h40
Scénario : Hossein Amini, d’après l’œuvre de James Sallis
Image : Newton Thomas Sigel
Musique : Cliff Martinez
Avec Ryan Gosling (The driver), Carey Mulligan (Irene), Ron Perlman (Nino), Christina Hendricks (Blanche), Bryan Cranston (Shannon), Albert Brooks (Bernie Rose), Oscar Isaac (Standard)…

Synopsis : Un jeune homme solitaire, "The Driver", conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Ultra professionnel et peu bavard, il a son propre code de conduite. Jamais il n’a pris part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant - et au volant, il est le meilleur. (allocine)

Mon avis : Il boit pas, il fume pas, il drague pas… et il cause pas

Présenté au Festival de Cannes 2011, Drive s‘octroie le petit plaisir de recevoir le prix de la mise en scène. Joli parcours pour le jeune Nicolas Winding Refn (il a un peu plus de 40 ans) qui a surpris son monde avec la trilogie Pusher dans la seconde moitié de la dernière décennie. Le réalisateur danois a tout de suite imposé son style et possède de nombreux fans à travers le monde, amateurs de films bourrins et autres séries B qu’il transcende par sa mise en scène subtile. C’est clair que dans l’univers feutré du Palais des Festivals, on a pas forcément souvent l’habitude de voir ce genre de films, et l’on peut remercier les sélectionneurs pour cette audace, certes minime tant l’auteur a déjà fait ses preuves. Reste que ce film est une commande d’Hollywood, et que ça se sent.

Au téléphone, un homme qui se fait appeler The driver précise ses conditions à un de ses clients : il n‘a besoin que de 5 minutes pour l’amener d‘une partie à l‘autre de Los Angeles, il ne veut avoir aucun contact avec lui avant ni après. Arrivé au rendez-vous, il attend qu’un braqueur sorte d’une banque pour ouvrir sa portière. Puis ils attendent son complice qui tarde à arriver. Ensuite commence une cours-poursuite à travers la ville : traqués par la police ils arrivent à s’en sortir après moult cascades. Il rentre ensuite dans son nouvel appartement et croise dans l’ascenseur immeuble sa nouvelle voisine, Irène. Celle-ci a un jeune fils et semble mère célibataire.

Il n‘y a pas à tortiller du cul dire : Drive est un film stylisé qui a de la classe. Ce n’est finalement pas tellement étonnant que le film ait récolté le prix de la mise en scène : si prix il fallait lui donner c’est celui-là qu’il méritait. La photographie de Newton Thomas Sigel, entre autres collaborateur de longue date de Bryan Singer, est tout à fait maîtrisée. Nous sommes en présence d’un petit objet qui peut être amené à devenir culte : à l’image de son personnage principal, le film est taiseux et sobre. Il ne raconte que l’essentiel de son scénario (c’est-à-dire pas grand chose) et ne s’embarrasse pas de psychologie ni de fioritures. C’est efficace, du bon film d’action à l’ancienne : les noms de Clint Eastwood ou Michael Mann peuvent être évoqués sans qu'ils aient à en rougir.

Mais Drive possède les limites de ses qualités. C’est un film de genre absolument bien maîtrisé, mais il reste un film de genre. Une expression que je n’aime pas particulièrement d’ailleurs, quel genre peut-on se demander, mais bref passons. Reste que son propos est assez circonscris : on peut parler de film vain, tout du moins qui n’a pas de prétention. C’est bien, il ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas, mais on peut aussi rester sur sa faim : ne prenons pas nous non plus le film pour plus qu'il n'est. Une chose également me gêne, et c’est encore une fois lié à son exercice de style et au genre auquel il appartient, c’est son rapport à la violence. Drive cultive en effet une esthétique de la violence, n’hésitant pas à insister sur les actes cruels exécutés par son personnage principal. Aucun commentaire, aucun second degré, aucun humour, et aucun indice qui transparait dans la façon de filmer des gestes d’une rare férocité légitimés par leurs victimes, des brutes épaisses. Quelque peu manichéen, sans morale de façon assumée, ou tout du moins avec sa propre morale, le film ravira sans nul doute les amateurs du genre et reste un beau petit objet de cinéma, mineur.

Ma note : ***

commentaires

Marcozeblog 26/10/2011 16:07



Que rajouter ? tout a été dit. J'ai un peu plus aimé que toi. Perso, j'ai adoré le générique à l'esthétique rétro, mais heureusement il n'y avait pas que cela. Avec un scénario plus original et
une violence moins glorifiée, le film serait parfait. Biz. Marco



Neil 27/10/2011 10:42



Le principal est de prendre son pied, et c'est ce qu'on fait une majorité de spectateur donc c'est cool. Biz



Mo5kau 15/10/2011 21:48



Peut être le meilleur film de l'année !



Neil 15/10/2011 23:21



Arf, encore un fan... ralala j'hallucine lol



Squizzz 14/10/2011 00:51



Je suis retourné le voir ce soir, et je suis toujours autant conquis ! Mon analyse est désormais dispo sur mon blog. J'attends ta contre-critique pour nuancer ma louange ;)



Neil 14/10/2011 11:47



Ah tiens je vais aller voir ça.
C'est hyper rare que j'aille revoir les films en salles...



Squizzz 12/10/2011 23:47



J'accepte ton point de vue, mais je pense qu'on arrivera pas à se mettre d'accord ^^


Oui la violence est crue, mais je trouve que finalement ça la banalise beaucoup moins qu'un film d'action où, même si on ne voit rien, ça tire dans tous les coins et ça fout des beignes à tout
va. Là cela choque comme la violence devrait finalement toujours choquer. Et cette violence qui vient souvent du héros, permet justement de nuancer énormément le personnage principal qui n'est
pour moi absolument pas mis en valeur lorsqu'il répond à ses accès de violence. Il descend justement de son piedestal. Cela apparaît clairement dans la conclusion de la séquence de l'ascenceur.
Ce personnage a un côté schizophrène, cyclothymique. Et le côté mysogine je vois pas trop, le personnage de Carey Mulligan possède une réelle pronfondeur et un réel intérêt là où les femmes en
sont habituellement dépourvues dans les classiques films d'action.



Neil 13/10/2011 21:14



On n'est pas obligé d'être tout le temps d'accord non plus, heureusement !
Moi je n'ai pas trouvé que le personnage féminin avait beaucoup de caractère, ni de profondeur. Je trouvait qu'elle servait de faire-valoir, tout comme cette rousse incendiaire, que j'aurais aimé
voir plus dans le film...



Camille 12/10/2011 13:10



Tu dis qu'il n'y a aucun second degré dans les scènes de violence, je trouve que justement toute la singularité de Nicolas Winding Refn se trouve dans sa manière de manier moments de grâce et
d'ultra-violence.
La scène de l'ascenseur, par exemple, ce baiser au ralenti avec une musique latente, puis d'un coup un crâne qui gicle, c'est tellement choquant que ça en devient marrant, surtout avec son regard
de chien battu à chaque fois qu'il termine le boulot.
C'est pour ça que j'aime ce film, subtilement il stylise la violence mais sans se prendre au sérieux. Je suis allée le voir 2 fois et la réaction du public pendant les scènes de violence était la
même : un petit rire en coin, si ce n'est un éclat de rire.
Cette méthode se voit dans ses autres films, la scène de fin de Bronson (dans la salle d'art plastique) ou dans Le Guerrier Silencieux, c'est à se demander qu'est-ce qu'il nous a pris de rigoler
dans un moment pareil !

Et je pense que l'engouement dépend des personnes. Le mérite du film est attribué à des niveaux différents selon chacun. J'étais spécialement scotchée devant le film car je n'en avais jamais vu
de tel, le scénario simple rend l'histoire beaucoup plus réaliste mais on se rend compte que c'est très stylisée, que ça reprend les codes de la série B, dans la mise en scène. Au final, je
pense que ce film joue très bien avec les extrêmes, que ce soit la violence et la grâce ou la vitesse et le ralenti.




Neil 12/10/2011 22:40



C'est justement ce rire provoqué par l'ultra-violence qui me met mal à l'aise. Je comprends le rire de défense, mais l'absence de clé laisse je trouve le spectateur dans le flou. Alors bien sûr
c'est bien de nous laisser notre libre arbitre mais ici l'alliance personnage attirant / violence crue me pose problème.
Mais je regarderai volontiers d'autres films de Winding Refn pour me faire une opinion plus pointue.



Tching 11/10/2011 11:54



Je revendique la louange excessive de Drive, et penche, moi aussi, pour considérer ce film (le meilleur de Refn, soit dit en passant) comme un film MAJEUR. Sérieusement, depuis Old Boy, on a pas
fait mieux. Je ne suis pas très d'accord sur le manichéisme cela dit : amoral oui, OK, mais manichéisme pourquoi ? Pour ma part j'ai retrouvé cette maestria de la violence stylisée que j'avais
adorée (que j'adore encore) chez Park Chan-Wook, et à un degré moindre Tarantino. Drive est un bijou !



Neil 11/10/2011 13:42



Je l'ai manichéen dans son opposition des gentils et des méchants, des hommes et des femmes, des faibles et des puissants...
J'aime beaucoup les déchaînements de violence chez Park Chan-Wook, je les trouve beaucoup plus maîtrisés chz lui qu'ici.



Squizzz 10/10/2011 00:23



"Mineur" ?!? Tu veux me faire bondir de mon fauteuil ?! Ok le scénario est classique. Mais justement avec un scénario si basique faire un film si magistral, moi j'applaudis ! Tout passe ici par
un travail de mise en scène qui transcende le simple thriller d'action pour en faire un vrai bijou de cinéma. Peu de dialogues, mais des symboliques de plans, des oppositions de ton (histoire
d'amour, douceur vs. violence) et des jeux d'acteur tout en retenu (Gosling est sidérant), et tout passe : émotion, suspense, choc de la violence... Quant au problème de la violence justement ,
je pense que tu n'es pas le seul que ça a géné (des personnes qui m'accompagnaient ont aussi eu du mal avec). S'il n'en est pas forcément plus montré que dans certains films "gore", c'est le
décalage avec certaines séquences plus douces qui précèdent (je pense à la scène de l'ascenceur notamment), qui rend cette violence plus choquante, qui en exacerbe l'impact. Après je ne pense pas
qu'elle soit "légitimée par leur victimes, des brutes épaisses", car NWR ne présente justement jamais cette violence comme un acte anodin (au contraire de beaucoup de films d'action) et justement
le fait que cette violence choque montre bien qu'il n'en fait jamais une quelconque apologie. Après je pense que le public n'a pas besoin de commentaire pour comprendre la part d'ombre du
personnage principal, qui reste en soi une énigme, dont on peut partager les émotions (l'histoire d'amour notamment) mais dont on a aussi du mal à capter certains aspects dont ses accès de
violence.



Neil 10/10/2011 09:36



Ah mais je persiste et signe en disant que ce film est mineur. Ce qui n'est pas désobligeant dans mon discours : nombre de films mineurs sont de qualité. Reste que pour moi le film est loin d'un
Tree of life ou d'un Melancholia pour ne parler que des films de cette année. Sur la violence, elle ne me choque pas en tant que telle : je l'apprécie chez
Tarantino ou chez Park Chan Wook par exemple. Sauf que chez ces auteurs elle est mise à distance par de l'humour ou un côté baroque : ici certes elle est tempérée par des accès
de calme juste avant mais jamais mis à distance. Quant au côté manichéen, je le revendique également : le héros est mis en valeur tout du long, et ses actes justifiés par la mise en scène. une
mise en scène dont j'apprécie la maîtrise, mais je garde des réserve sur par exemple la mysoginie du film, et par ce côté "épate" qui fonctionne vu les louanges que reçoit le film, et qui me
semblent excessives.



Chris 06/10/2011 19:22



Je n'ai pas aimé du tout et je serai peut-être le seul à le dire aussi clairement, mais le film est poseur et creux. Tout ce que tu dis dans le dernier paragraphe est juste, clair et ... peu
compatible avec les *** en bas de l'article. La Drive mania t'aurait elle subtilement influencée à ton esprit défendant  ?



Neil 07/10/2011 18:41



Non du tout : je ressent beaucoup, et de plus en plus, les défauts du film. Seulement je vois aussi ses qualités. Le film se classe dans le bas de mes "3 étoiles".



dasola 06/10/2011 16:47



Bonjour Neil, ca y est, j'ai vu le film hier soir aux Halles: salle 1 comble. La séance d'après aussi mais c'est légitime: c'est un bon film ultra violent avec des plages de douceur. Je ne suis
pas bon juge car je fais partie des fans de ce réalisteur depuis Pusher (la trilogie était sortie l'été en catamini, j'avais adoré et pourtant la violence, en général me perturbe beaucoup).Bonne
après-midi.



Neil 07/10/2011 18:39



Bonjour Dasola, pour moi c'était le premier Winding Refn. Petite déception, donc : il faudra que je vois les autres. Bonne soirée.



Flow 06/10/2011 15:20



J'ai kiffé putain!!! :)


Hum... La vanité dont tu parles est à mon sens ce qui a de plus beau dans ce film. On touche du doigt l'absolu un peu comme y parviennent les Cohen. Bref, pour moi c'est un film MAJEUR^^



Neil 07/10/2011 18:38



Hey hey un afficionados de plus. Je peux le comprendre, même si je ne partage pas cet enthousiasme.



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