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Élève libre (2008) Joachim Lafosse

par Neil 3 Août 2013, 05:53 2000's

Eleve_Libre.jpgFiche technique
Film belge
Date de sortie : 4 février 2009
Durée : 1h45
Genre : initiation particulière
Scénario : François Pirot
Image : Hichame Alaouie
Avec Jonas Bloquet (Jonas), Claire Bodson (Nathalie), Jonathan Zaccaï (Pierre), Pauline Etienne (Delphine), Yannick Renier (Didier), Anne Coesens (Pascale)..

Résumé
: Jonas, seize ans, vit un nouvel échec scolaire et pense pouvoir tout miser sur le tennis, mais il échoue aux portes de la sélection nationale. Il rencontre Pierre, un trentenaire, qui touché par sa situation, va le prendre en charge. Fort de ce lien privilégié, Jonas abandonne l'école publique. Incapable de fixer les limites de cette relation, l'éducation va dépasser le cadre purement scolaire. (allocine)

Mon avis
: éducation sensuelle et irruption du trouble

Traité en filigrane dans Élève libre, le thème de la famille se retrouve bien souvent dans la filmographie de Joachim Lafosse. De substitution ici, elle se révèle aliénante dans  À perdre la raison et légèrement étouffante dans Nue propriété. Il faut dire que le réalisateur belge n'a pour l'instant réalisé que cinq films mais s'est forgé une belle réputation. Habitué des festivals, beaucoup s'accordent à dire qu'il maîtrise un style bien singulier et que ses films possèdent une ambiance toute particulière. Il choisit ici de travailler avec Yannick Renier, le demi-frère de Jérémie, et d'engager sa compagne pour incarner la copine de celui-ci. Pour le rôle délicat du personnage principal, il engage un petit nouveau, Joans Bloquet, qui se trouve être le fils de son ancien entraîneur de tennis.

Joueur assidu de tennis, Jonas a seize ans et se trouve en échec scolaire. Ses professeurs ne veulent pas qu'il redouble une nouvelle fois et lui conseillent de se diriger vers une filière technique ou professionnelle. Il traîne souvent avec un groupe de trois amis, tous plus amis que lui, avec qui il a des conversations sur tous les sujets, y compris le sexe. Ils l'interrogent sur sa vie amoureuse, et Jonas leur répond qu'il est amoureux d'une jeune fille, Delphine, avec qui il n'a pas encore fait l'amour. Au cours d'une sortie en boîte, il se rapproche d'elle et ils ont en rentrant leur premier rapport sexuel. Quand il en parle à ses amis, ceux-ci se moquent gentiment de lui en apprenant que ça n'a pas duré plus de cinq minutes. En même temps ils s'accordent tous à dire que sans expérience c'est tout à fait normal.

La tension monte progressivement dans Élève libre, qui débute par une chronique de l'adolescence pour terminer comme un drame psychologique. La caméra ne quitte jamais le visage de ce Jonas, jeune homme un peu perdu qui demeure d'un bout à l'autre tendu vers son objectif. Le film pourrait passer au début par un simple portrait de garçon, que l'on sent dès le début instable, mais un élément surprend, sans être non plus complètement absurde : son entourage. Car les amis de Jonas ont tous et toutes la trentaine, et les discussions qu'ils développent peu à peu avec eux sont de plus en plus originales. L'intrusion progressive de ce petit groupe dans son intimité devient de plus en plus oppressante au fur et à mesure du déroulement du récit, alors que leurs intentions restent sur le papier amicales.

C'est là qu'Élève libre déploie toute sa subtilité : le film interroge les frontières de l'amitié et de la nuisance affective, de l'initiation fructueuse et de l'influence néfaste. Les intentions des adultes ne leur semblent pas répréhensibles, ils tentent de mettre en pratique les principes d'éducation hérités de la Grèce antique.Seulement ils ne se rendent pas forcément compte immédiatement de la fragilité psychologique dans laquelle se trouve l'objet de leur expérimentation. Jonas se retrouve seul, ses parents sont absents et ses échecs scolaires et sportifs le pèsent terriblement. Il est à un âge où il se cherche et où il a à la fois besoin de questionner la figure de l'adulte tout en ayant besoin d'un cadre. La famille de substitution qu'il se trouve devient alors petit à petit à la fois étouffante et salvatrice, le tout est de savoir jusqu'à quel point elle tendra vers l'un ou l'autre de ces pôles.

Ma note : ***

Lire également le point de vue de Mymp

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commentaires

mymp 06/08/2013 12:27


Un grand film trouble sous ses allures de téléfilm tranquille, tendu et pervers. Au moins Lafosse ne cherche jamais à sursignifier ou à expliciter. On est constamment dans l'ambivalence, sans
connaître les vraies motivations de chacun. Ce fut un choc quand je le vis pour la première fois. Il faudrait que je retente l'expérience.

Neil 14/08/2013 11:51



La mise en scène est effectivement très bien menée, nous perdant dans les motivations de chacun. À voir (et à revoir).



Guillome 06/08/2013 10:44


un film qui m'a mis parfois mal à l'aise (mais beaucoup moins que "A perdre la raison") que j'ai beaucoup aimé. Très bel article. Merci!

Neil 14/08/2013 11:50



Oui, le film met mal à l'aise, il est assez troublant. Merci.



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