Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Faust (2012) Alexandre Sokourov

par Neil 16 Juin 2012, 05:32 Avant-Première

Faust.jpg
Fiche technique
Film russe
Date de sortie : 20 juin 2012
Genre : mythe réinventé
Durée : 2h14
Scénario : Marina Koreneva, d’après l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe
Image : Bruno Delbonnel
Musique : Andrey Sigle
Avec Johannes Zeiler (Faust), Isolda Dychauk (Margarete), Anton Adasinskiy (L‘usurier), Hanna Schygulla (La femme de l‘usurier), Georg Friedrich (Wagner), Antje Lewald (La mère de Margarete)…

Synopsis : Librement inspiré de l'histoire de Goethe, Alexandre Sokourov réinterprète radicalement le mythe. Faust est un penseur, un rebelle et un pionnier, mais aussi un homme anonyme fait de chair et de sang conduit par la luxure, la cupidité et les impulsions. (allocine)

Mon avis : L’appropriation d’un mythe

Présentée comme l'ultime œuvre de sa tétralogie, composée de Moloch, Taurus et Le soleil, Faust est pour Alexandre Sokourov une forme d'aboutissement. Non seulement le film clôt une étape fondamentale de la carrière du réalisateur russe mais il reprend le traitement artistique ainsi que les thématiques de toute son œuvre. Ainsi, après avoir évoqué trois dictateurs (Hitler, Lénine et Hiro-Hito), l'auteur s'attaque ici à un des mythes fondateurs de la culture occidentale. Il s'inspire très librement de l’œuvre monumentale de Goethe pour créer un docteur Faust de chair et d'os, terriblement humain, tiraillé par ses vices et qui court inéluctablement vers sa chute.

Devant un cadavre qu'il va autopsier, le docteur Faust discute avec son assistant Wagner du sens de la vie. Il se demande en particulier où se cache l'âme humaine, si elle est plutôt dans le cerveau ou dans le cœur. A cours d’argent, il croise sur sa route un homme étrange qui l’intrigue immédiatement. Il comprend que cet individu est un usurier et il va chercher ses services. Il lui propose sa bague mais l’homme à la triste figure n’en veut pas, lui rétorquant que seuls le temps et l’art ont de la valeur. Commence alors une pérégrination effrénée qui va les amener tout d’abord dans une taverne sombre où Faust se querelle avec un soldat saoul. Une rixe s’improvise où le vieil usurier va  pousser le docteur à tuer le soldat.

Film somme, Faust est vertigineux pour l‘œil qui regarde et pour l‘oreille qui écoute. Une succession de plans magnifiques s’enchaînent tandis que les dialogues fusent sur l’art et sur le sens de la vie. L’œuvre est radicale et Alexandre Sokourov propose ici une sorte de condensé de son style, avec des couleurs chatoyantes passé sous un filtre chromatique et une image aplatie par l’anamorphose. Le réalisateur russe expérimente beaucoup et utilise le style pour appuyer son propos. Le caractère onirique de nombreuses séquences du film s’en trouve sublimé, et l’impression de naviguer entre réalité et fiction nous trouble constamment. Sa direction d’acteur est également remarquable, et autant Johannes Zeiler qu’Anton Adasinskiy sont parfaitement employés et incarnent leur rôle avec passion.

La fin du monde est prégnante dans Faust, en particulier à la fin du film bien entendu. Mais dès le début les dialogues nous font pressentir la déchéance du personnage principal. Le docteur est ici un homme en proie aux doutes les plus profonds et qui est constamment habité par ses pulsions. Ses sentiments sont exacerbés et l’on ressent ici la force du romantisme allemand poussé à son paroxysme. Le discours est pessimiste, sur la nature de l’homme en particulier tandis qu’une lutte de pouvoir ultime s’exerce entre Faust et l’usurier, thème essentiel de la quadrilogie de Sokourov. Notons d’ailleurs à quel point le réalisateur est malin, puisqu’il attend un moment avant de nous montrer le pacte conclu entre les deux hommes, forçant le spectateur à s'approcher de l'intimité du personnage principal. Faire vivre un mythe et l’incarner charnellement, nous montrer la vision du réalisateur d’un personnage dont on ne connait finalement pas grand-chose, telle est l’ambition du film, qu’il remplit parfaitement.

Ma note : ****

commentaires

D&D 19/10/2012 21:52


Hello Neil : un petit bonjour de Montréal où le hasard m'aura permis de revoir ce cher "Faust" : belle jubilation à la revoyure ! à + ;-)

Neil 20/10/2012 11:09



Hello D&D, c'est gentil de passer me voir de si loin. Et content de voir qu'à une dexième lecture le film est aussi plaisant :)



D&D 29/09/2012 03:48


Bien d'accord avec toi, j'ai également trouvé le film "vertigineux". J'attends de le revoir. J'espère que ce sera encore possible en salle. (De toutes façons, il repassera, restons optimitistes
!)

Neil 29/09/2012 18:33



Oui j'aimerai également le revoir un jour. Et évidemment sur un grand écran, le film s'y prête tellement...



Bon, je viens de lire ta chroniqCHRISTOPHE LEFEVRE 07/07/2012 20:57


Bon, je viens de lire ta chronique, puisque la mienne est en ligne. On arrive aux mêmes conclusion Tu parles
d'aboutissement artistique et thématique, moi de synthèse, mais on est sur la même longueur d'onde, que peu partagent...

Neil 08/07/2012 11:43



Oui, nous sommes assez raccord. Dommage que le film ne bénéfice pas d'un succès qu'il mériterait pourtant.



CHRISTOPHE LEFEVRE 27/06/2012 12:09


Bon, je n'ai pas lu ta critique, pour ne pas être influencé, mais j'ai aussi beaucoup aimé ce film, d'une beauté incroyable...

Neil 28/06/2012 12:19



Ah cool, je suis curieux de lire ton billet (si tu en écris un :) )



mymp 24/06/2012 22:29


Une grande réussite visuelle, c'est indéniable. Un peu dommage en revanche que le film soit noyé sous des dialogues qui en réduisent la portée émotionnelle. C'est justement à la fin, quand Faust
signe le pacte, que le film devient réellement sublime (la scène du lac, celle du "con", incroyable, puis la marche dans ces rochers de lave, le geyser, tout est magnifique). Du grand Sokourov,
mais moins bouleversant que son Mére et fils, pour moi son chef-d'oeuvre.

Neil 24/06/2012 22:47



La fin du film est proprement hallucinante, de toute beauté. C'est vrai que les dialogues alourdissent un peu le film, et c'est apparemment contraire à la manière de faire de Sokourov.
J'avoue que je n'en ai vu aucun autre de lui, mais ça m'a donné envie de parcourir sa filmographie.



Haut de page