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Gerontophilia (2014) Bruce LaBruce

par Neil 27 Mars 2014, 06:41 En salles

Gerontophilia.jpgFiche technique
Film canadien
Date de sortie : 26 mars 2014
Durée : 1h22
Genre : romance peu ordinaire
Scénario : Daniel Allen Cox
Image : Nicolas Canniccioni
Musique : Ramachandra Borcar
Avec Pier-Gabriel Lajoie (Lake), Katie Boland (Désirée), Walter Borden (M. Peabody), Marie-Hélène Thibault (Marie), Jean-Alexandre Létourneau (Kevin), Yardly Kavanagh (l'Infirmière Baptiste)...

Résumé
 : Lake, 18 ans, un garçon plutôt ordinaire, vit avec une mère névrosée et sort avec une fille de son âge un peu excentrique. Mais il se découvre un penchant de plus en plus fort pour... les vieux messieurs. Embauché dans une maison de retraite pour l’été, il tombe sous le charme de M. Peabody, un séduisant patient de 82 ans.

Mon avis : oldies but goodies

Peut-être par provocation, Bruce LaBruce aime à dire que Gerontophilia lui a, entre autre, été inspiré par Marcus Ewert. Cet artiste, qu’on a pu voir dans un des premiers court-métrages de Gus Van Sant, et qui a travaillé également dans l’édition, écrit actuellement ses mémoires. Ce qui d’ailleurs ne manque pas d’attiser l’attention puisque, plus jeune il se faisait appeler Mark Ewert et fut l’amant de William S. Burroughs et d’Allen Ginsberg. Le jeune homme avait alors moins de vingt ans et les deux poètes de la beat generation tournaient autour de leur soixante-dixième anniversaire. Et étonnamment c’est sur un sujet pareil, loin d’être consensuel, que LaBruce décide de s’adresser à un public un peu plus mainstream que d’habitude, lui qui flirte habituellement avec la pornographie. Reste qu’on est ici loin d’un Harold et Maud.

Un jeune couple s’embrasse dans la rue, dont Désirée qui ponctue ses échanges de salive par le nom de femmes qui selon elle sont ou ont été révolutionnaires. Elle finit ce qu’elle nomme sa « liste » par Winona Ryder, ce qui étonne son copain Lake ; elle lui explique alors que le vol est toujours révolutionnaire. Puis, le jeune garçon croise la route d’un vieux monsieur qui fait la circulation, et échange un long regard avec lui. En rentrant chez lui, il trouve l’appartement en désordre : sa mère Marie n’est pas là il se met à faire le ménage. Quand elle rentre, elle le remercie, visiblement éméchée ; il lui répond qu’un plat est prêt à être réchauffé si elle a faim. Le lendemain, il bavarde avec Désirée des potentiels scolaires quoi s’ouvrent à eux, et Lake ne semble pas vraiment convaincu d’avoir les moyens financiers pour s’inscrire à l’université.

Étrange parti pris que celui de Gerontophilia, qui se montre à la fois proche et distant de son sujet. Le film utilise toutes les ficelles narratives de la romance, dont on citera entre autre ses ralentis (beaucoup trop nombreux) et sa mise en scène au plus près des corps qui se frôlent. Et en même temps le réalisateur a l'air de se détacher du genre via l'humour qui transperce certaines scènes : celle de la soirée d'anniversaire improvisée est à la fois à tomber de rire et kitsch à mourir. Et en même temps là aussi on peut se demander s'il n'est pas premier degré à ce moment là : devrait-on laisser à Bruce LaBruce le bénéfice du doute, là réside peut-être la clé du mystère. Mais du coup on ne sait pas trop sur quel pied danser : d'un côté l'originalité du propos et son audace forcent le respect, de l’autre on est un peu affligé par certains éléments du film.

Car, et heureusement, s’il raconte l'histoire d'un jeune homme qui se sent attiré par de vieux messieurs, Gerontophilia n'en tire rien de vulgaire ni d'obscène, bien au contraire. Il raconte cette histoire d'amour particulière (qui en amènera d'autres comme on peut le sous-entendre à la fin) comme celle de deux jeunes gens de leur âge, et ça a quelque chose de touchant. Mais en même temps, quelques détails chiffonnent le spectateur, tel l'absence de profondeur des personnages secondaires, et encore on peut penser que ça ne fait que renforcer la bulle dans laquelle sont les deux amoureux. Alors on remercie LaBruce de ne pas avoir fait de son film un potentiel débat à la Les dossiers de l'écran, mais on peut lui reprocher, et je rends ici à César ce qui appartient à César, qu'il ne soit pas parti dans une parodie franchement déjantée à la Gregg Araki.

Ma note : ***

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