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Incendies (2010) Denis Villeneuve

par Neil 30 Avril 2019, 02:28 2010's

Fiche technique
Film canadien
Date de sortie : 12 janvier 2011
Genre : métaphore guerrière
Durée : 2h03
Scénario : Denis Velleneuve, d’après l’œuvre de Wajdi Mouawad
Directeur de la photographie : André Turpin
Musique : Grégoire Hetzel
Avec Lubna Azabal (Nawal Marwan), Rémy Girard (Le notaire Lebel), Mélissa Désormeaux-Poulin (Jeanne Marwan), Maxim Gaudette (Simon Marwan), Abdelghafour Elaaziz (Abou Tarek), Mohamed Majd (Chamseddine)…

Synopsis : À la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon Marwan se voient remettre deux enveloppes : l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort et l‘autre à un frère dont ils ignoraient l’existence. Jeanne voit dans cet énigmatique legs la clé du silence de sa mère, enfermée dans un mutisme inexpliqué les dernières semaines précédant sa mort. (allocine)

Mon avis : Quand les blessures du passé reviennent hanter les survivants

L‘auteur d‘Incendie, le dramaturge Wajdi Mouawad est né et a grandi au Liban jusqu‘à ses 8 ans. Contraint d’émigrer à cause de la guerre civile, il vit d’abord à Paris pendant 8 autres années puis au Québec. C’est dire si l’exil il connait. Il va d’ailleurs en faire l’un des thèmes fondateurs, avec la quête identitaire, de sa trilogie, composée également de Littoral et de Forêts. Mais s’il parle de guerre et du Moyen Orient dans son œuvre, Mouawad se garde bien d’évoquer le Liban : il fait de sa pièce une allégorie des conflits qui ont émaillé cette partie du Monde depuis bien longtemps. Le réalisateur Denis Villeneuve garde ce postulat dans son film, même si nombreux sont les détails qui nous ramènent au pays des cèdres.

Juste après la mort de leur mère Nawal, les jumeaux Jeanne et Simon sont sous le choc. Ils ne s’attendent pas à la révélation que va leur faire Lebel, le notaire chez qui Nawal a travaillé durant quinze ans. Ce sont deux lettres que leur transmet Nawal post mortem, l’une destinée à leur père qu’ils croyaient mort et l’autre à un frère dont-ils ignoraient jusqu’alors l’existence. Une troisième lettre leur est destinée, et ne pourra être ouverte qu’après la transmission des deux premières par les jumeaux. Simon se révolte et décide de refuser l’héritage maternel tandis que Jeanne, bouleversée, part dans ce pays du Moyen-Orient où sa mère est née et a longtemps vécu.

La forme d‘Incendies est très intelligente : avec une efficacité hollywoodienne que l‘on peut contester, on suit l‘enquête haletante qui va amener Jeanne et son frère à découvrir la vérité d‘une mère qu‘ils ne connaissaient pas. Cette intrigue familiale, tout à fait déchirante, est constamment entremêlée avec une autre intrigue, celle-ci plus politique et toute aussi passionnante. Car si le nom du pays n’est jamais cité, les points communs avec le drame qu’a vécu le Liban entre le milieu des année 1970 et les années 1990 (et qui se poursuit toujours) sont flagrants.

Et c’est un conflit complexe dont on a relativement peu parlé mais qui a déchiré toute une population. Sa mise en lumière aujourd’hui, alors que d’autres conflits meurtriers continuent de toucher la région (et d’autres) est absolument captivante. Alors oui il y a des facilités dans Incendies mais sa mise en scène est tout de même intéressante. Cette façon de rester sobre malgré les horreurs que l’on peut voir force le respect. On peut toutefois se demander ce que vient faire la musique de Radiohead devant ces images.

Reste que le soin apporté aux moindres détails et cette façon si particulière de nous embarquer dans un récit qui englobe à la fois la petite et la grande histoire est un des atouts du film. Un autre est la qualité d’interprétation de Lubna Azabal, toute en intériorité dans ce rôle de femme combattante et courageuse. Premier choc de ce début d’année 2011, Incendies est un film important à voir, tant pour ses qualités artistiques que pour la portée historique de son message.


Ma note : ****

Incendies (2010) Denis Villeneuve
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commentaires

Phil Siné 20/01/2011 09:29


eh bien je suis tout à fait d'accord ! magnifique film, dur et fort, qui je trouve possède en plus des résonnances universelles... il évoque un tabou majeur de nos civilisations et est construit
comme une tragédie grecque je trouve !


Neil 22/01/2011 10:40



Effectivement, la construction du film comme une tragédie grecque est très intéressante, et réussie.



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