Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L’apollonide (2011) Bertrand Bonello

par Neil 25 Septembre 2011, 05:30 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 21 septembre 2011
Genre : enfer au quotidien
Durée : 2h02
Scénario : Bertrand Bonello
Image : Josée Deshaies
Musique : Bertrand Bonello
Avec Hafsia Herzi (Samira), Noémie Lvovsky (Marie-France), Céline Salette (Clotilde), Jasmine Trinca (Julie), Adèle Haenel (Léa), Alice Barnole (Madeleine), Iliana Zabeth (Pauline)…

Synopsis : À l'aube du XXème siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d'une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs... Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close. (allocine)

Mon avis : Voyage au bout de l’enfer

Sobrement sous-titré Souvenirs de la maison close, L‘apollonide ne se contente pas de retranscrire une banale chronique des maisons de passe du temps jadis. Les voyeurs en auront d’ailleurs pour leur grade : loin de l’esthétique d’un porno chic le film montre des scènes de sexe dures et aucunement séduisantes. Si Bertrand Bonello admet sa fascination envers les prostituées, ce sont plutôt des portrait de femmes qu’il nous brosse. Le réalisateur connait le pouvoir de l’image, et l’intense malaise qui nous prend à la sortie de la projection prouve combien sa mise en scène arrive à ses fins. L’apollonide est un film dérangeant avant tout par ce qu’il raconte mais sa forme n’y est pas étrangère.

Dans un bordel parisien de la fin du XIXème siècle, un groupe de prostituées s’apprêtent à accueillir leurs clients d’un soir. Coachées par la mère maquerelle, Marie-France, elles s’habillent, se maquillent et se parfument pour paraître le plus attirantes possible. Madeleine attend avec un mélange d’ppréhension et d’excitation la venue d’un de ses clients réguliers. Elle a rêvé de lui récemment, un étrange cauchemar qui la hante encore et qu’elle aimerait lui raconter. Elle aimerait surtout se faire racheter ses dettes par lui, et devenir enfin libre. Quand il arrive elle monte avec lui dans une chambre et se confie. Indifférent et mutique, il lui demande alors une faveur : il aimerait l’attacher pour lui faire l’amour.

Il ne faut pas se fier à son atmosphère ouatée, L’apollonide est un film dérangeant. Sa mise en scène est assez statique et les  quelques mouvements de caméra sont fluides. Les plans sont extrêmement travaillés, chacun comme un tableau d’époque. Les décors et les costumes sont de qualité, la musique pop pourrait parfois dénoter mais reste paradoxalement dans le ton général du film. Une impression de douceur pourrait se dégager d’un tel décorum, que nenni et même bien au contraire. C’est là le talent de Bertrand Bonello que d’inscrire son film dans un cadre figé pour mettre en valeur les carcans de la société d’alors. Et son propos va d’ailleurs au-delà d’une certaine temporalité, comme le montre ce final furtif où l’on peut constater que rien n’a changé en plus de cent ans, en tout cas pour certaines.

Car la force de L‘apollonide tient principalement dans son discours, féministe et sans concessions. Les hommes ne sont présents que de façon anecdotique, et toujours ils représentent le danger, le vice, le mal. A côté se dressent des femmes libres malgré leur captivité, qui s’entraident dans leurs malheurs du quotidien et se soutiennent en cas de coup durs. Schéma caricatural, peut-être un peu mais pas tant que ça : les filles de joie n’ont que la tristesse pour seule compagnie. A l’image d’une Vénus noire qui s’acharnait, plan après plan, à nous montrer la déchéance de celle qu’on montre comme un animal de foire, le film répète inlassablement les scènes du quotidien. Le labeur continue coûte que coûte, pour ces femmes montrées tantôt comme des Freaks tantôt comme des pantins. Et l’on doit rire en sus, et faire semblant d’être heureuse quand tout ce que l’on souhaite c’est de rester seule et de pleurer. Porté par un casting qui se tient parfaitement, L’apollonide est un film qui ne laisse certainement pas indifférent.

Ma note : ***

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

D&D 10/12/2011 13:10


C'est un film que je reverrai. Je lui trouve aussi de grandes qualités mais je me sens partagé. Ma première réaction est assez éloignée de la tienne sur certains points. Je ne suis pas sûr de
trouver le film sans voyeurisme, même s'il n'y a pas de scènes "sexy" et si la chair est particulièrement triste ici. Surtout, je ne crois pas que je finirai par trouver le film féministe (dans
ce que peut relater son histoire, à la limite, via la précision de la condition de ces femmes que tu soulignes, mais pas dans son regard).

Neil 11/12/2011 12:11



Je comprends ce point de vue sur le regard porté par le cinéaste. Il faudrait que je le revois, mais certaines scènes m'ont tellement semblées explicites que j'ai du mal à le voir non féministe.



Lucas 03/10/2011 01:39



Je suis resté un peu extèrieur à ce film qui m'a paru un peu froid mais qui jouit toutefois de grandes qualités notamment dans la mise en scène.



Neil 03/10/2011 09:16



C'est vrai que le film peut paraître froid par sa mise en scène, un peu hiératique. Reste qu'elle est effectivement de très bonne facture, et que la force du sujet m'a personnellement emporté.



Christophe 26/09/2011 21:11



Un très beau film, magnifiquement interprété. Certaines femmes sont effectivement dérégantes. Et si celle de la mutilation procurre un choc, l'exhibition de la femme qui rit dans la soirée
libertine est, pour moi, encore plus violante. Et content que tu aimes aussi la fin du film, que beaucoup rejettent...



Neil 26/09/2011 23:15



Oui cette scène de "ridiculisation" est profondément dérangeante. J'ai apprécié la fin, même si elle est maladroite sans doute, mais c'est une façon d'élargir le propos. Certes il enfonce une
porte ouverte mais il le faut de temps en temps, du moins le crois-je.



Chris 26/09/2011 21:03



Un film peu aimable, mais remarquable, que j'ai préféré, et de loin, à Vénus Noire que j'ai trouvé complaisant.



Neil 26/09/2011 23:13



J'avais entendu ces commentaires qui faisaient de Vénus noire un film où le spectateur est voyeur. Ce qui est sans doute le but du réalisateur, et en cela le film m'avait
également dérangé. Ce qui est une bonne chose, je considère.



Haut de page