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L’exercice de l’état (2011) Pierre Schoeller

par Neil 3 Septembre 2011, 05:17 Avant-Première

Exercice_Etat.jpg
Fiche technique
Film français
Date de sortie : 26 octobre 2011
Genre : arcanes du pouvoir
Durée : 1h52
Scénario : Pierre Schoeller
Image : Julien Hirsch
Musique : Philippe Schoeller
Avec Olivier Gourmet (Bertrand Saint-Jean), Michel Blanc (Gilles), Zabou Breitman (Pauline), Laurent Stocker (Yan), Didier Bezace (Woessner), Jacques Boudet (Le sénateur Juillet)…

Synopsis : Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas le choix. Ainsi commence l’odysée d’un homme d’Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique… tout s’enchaîne et se percute.

Mon avis : On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans

Présenté à la sélection Un certain regard au Festival de Cannes 2011, L’exercice de l’état y reçu le prix Fipresci. C’est un prix décerné par un jury constitué de critiques de cinéma internationaux. Il existe depuis 1962 et a également récompensé entre autres L’ange exterminateur de Bunuel, La maman et la putain de Jean Eustache, Le sacrifice de Trakovski ou bien Exotica d’Atom Egoyan. Ce qui n’est pas forcément un gage de qualité mais donne une belle mesure de l’attente qu’il peut générer. Le film n’est d’ailleurs par réalisé par un cinéaste débutant puisque Pierre Schoeller avait déjà mis en scène Versailles, avec Guillaume Depardieu, en 2008. Son premier film avait déjà mis la puce à l’oreille de la critique.

Dans un luxueux bureau, d‘étranges hommes en capuches préparent les lieux. Une femme nue arrive, fière et mystérieuse. Elle se dirige d’un pas décidé vers un crocodile et s’allonge en face de lui, les jambes écartées. Soudain elle s’avance et se glisse tête la première dans la gueule de l’animal. C’est le téléphone qui réveille Bertrand Saint-Jean de ce rêve érotique qui l’a troublé. Un accident vient de se produire et son directeur de cabinet l’en informe sur le champ. La réalité stoppe sur le champ une petite sauterie organisée au ministère des transports, et les collaborateurs de Saint-Jean improvisent le déplacement du ministre sur les lieux du drame. Il s’y rend avec son attachée de presse qui le suit partout.

On regarde L‘exercice de l'état avec une fascination qui monte crescendo. Est-ce uniquement par son sujet ou par sa mise en scène que le film nous tient en haleine si brusquement, sans doute un peu des deux. C’est à la fois captivant et terrifiant que de suivre au jour le jour les tourments de ceux qui nous gouvernent. Sans aucun doute réaliste dans sa façon de présenter les personnages et les situations potentielles auxquelles ils ont affaire, le film n’occulte pas non plus une certaine idée du romanesque, ménageant quelque scène spectaculaire et n’hésitant pas à nous offrir de beaux portraits d’hommes et des femmes dans toute leur complexité.

Enfin, L‘exercice de l‘état est surtout le portrait d‘un homme, et pas n‘importe lequel puisque c‘est un homme de pouvoir. C’est peut-être le défaut mineur que l’on peut concéder au film que de ne pas creuser davantage les personnages secondaires, tout aussi important dans la pratique de la politique. Mais en se centrant sur ce personnage clé, le film permet de l’analyser sous toutes ses coutures : il se montre froid et calculateur mais également en proie aux doutes et profondément humain. La justesse de l’interprétation de l’énorme acteur qu’est Olivier Gourmet joue énormément à donner de la chair à cet homme en plein milieu de conflits internes mais également en porte à faux face à ses électeurs potentiels. Si les questions partisanes ou d’appareil politique ne sont pas évoquées, le film est en plein dans la modernité et nous présente un état des lieux assez glaçant des sphères de pouvoir.

Ma note : ***

commentaires

dasola 03/09/2011



Bonjour Neil, rien que le cauchemar du début : la femme nue et le crocodile, on sent que l'on va voir un film pas banal. Les acteurs sont vraiment sensationnels.



mymp 04/09/2011



Une très bonne surprise aussi pour ma part, et cette scène d'ouverture, mazette, assez grandiose (tout comme l'accident de voiture, très spectaculaire, qui m'a rapellé le Crash de Cronenberg)...
Le film effectivement va cresendo, on est vraiment pris dedans sans savoir vraiment où on va, mais on y va quand même d'autant plus qu'il arrive à nous passionner avec un sujet tout sauf glamour.
En gros, tout le contraire de La conquête.



pierreAfeu 05/09/2011



J'avais beaucoup apprécié Versailles. Je suis donc très curieux de voir celui-ci, d'autant que ta critique fait très envie.



heavenlycreature 05/09/2011



Très motivé aussi de découvrir ce film dont je n'avais pas entendu parler, mais comme j'avais aussi beaucoup aimé Versailles et que ton texte laisse
présager un film intrigant je pense que je me laisserai tenter!



pierreAfeu 31/10/2011



Voilà un film profondément intelligent et incroyablement anxiogène. Je ne trouve pas que les rôles secondaires soient sacrifiés. Celui du directeur de cabinet, notamment, est particulièrement
intéressant : l'homme ne vit que pour sa charge et lorsqu'il se détend, il écoute un discours de Malraux... D'accord avec Mymp sur l'accident, une réussite.



ta d loi du cine 04/11/2011



Le portrait d'un homme... Oui, si on considère que c'est un instantané. Sauf ereur de ma part, on n'a aucun élément biographique (mis à part un peu d'entourage familial, et qu'il est "en binôme"
avec son Directeur de cabinet depuis 10 ans). On ne sait pas d'où il vient... Libre à chacun de l'imaginer?


(s) Ta d loi du cine, "squatter" chez Dasola



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