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Les salauds (2013) Claire Denis

par Neil 19 Août 2013, 05:44 En salles

Salauds.jpgFiche technique
Film français
Date de sortie : 7 juillet 2013
Durée : 1h40
Genre : famille dysfonctionnelle
Scénario : Jean-Pol Fargeau
Image : Agnès Godard

Musique : Stuart A. Staple
Avec Vincent Lindon (Marco), Chiara Mastroianni (Raphaëlle), Michel Subor (Édouard Laporte), Lola Creton (Justine), Grégoire Colin (Xavier), Julie Bataille (Sandra)..

Résumé
: Commandant, à bord d’un supertanker, Marco Silvestri doit rentrer d’urgence à Paris, abandonner le navire. Sa sœur Sandra est aux abois… son mari suicidé, une entreprise en faillite et sa fille unique à la dérive. Sandra désigne le coupable : l’homme d’affaires Édouard Laporte. Marco loue un appartement dans l’immeuble où Laporte a installé sa maîtresse et leur fils. Mais Marco n’avait pas prévu les secrets de Sandra, qui brouillent la donne… (allocine)

Mon avis
: cachez ces ordures que l'on ne saurait voir

C'est étonnement une panne d'inspiration qui fut à l'origine des Salauds. Après White material, la réalisatrice Claire Denis ne savait pas trop sur quel projet elle pourrait s’atteler. Vincent Lindon et le producteur Vincent Maraval l'ont alors convaincu à réaliser rapidement son prochain film, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Elle écrit donc avec son scénariste Jean-Pol Frageau une histoire librement adaptée des Salauds dorment en paix, d'Akira Kurosawa. Le tournage se fait dans la foulée, avec plusieurs actrices qui n'étaient pas dans sa « famille de cinéma », dont Chiara Mastroianni et Lola Creton. Présenté au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, le film secoue la Croisette mais repart bredouille. Il faut dire que la compétition était rude puisqu'on pouvait également y trouver, entre autres,  L'inconnu du lac.

Une jeune fille se promène nue dans Paris, seulement vêtue de talons aiguilles. Non loin, une ambulance vient chercher le corps d'un homme mort, sans doute suicidé. À la police, l'épouse est sous le choc : elle ne sait pas comment elle va gérer la vie sans son mari, elle n'a plus que son frère Marco comme proche, mais celui-ci est loin. Il est appelé sur le navire dont il est commandant et doit l'abandonner pour rentrer. Un mois plus tard, il a loué un appartement dans un immeuble parisien chic et croise de temps en temps sa voisine, Raphaëlle. Celle-ci a épousé un homme riche qui fait des affaires, et ils ont tous les deux un garçon. Lors d'une réunion avec sa sœur chez le notaire, Marco apprend que l'entreprise familiale, dont il avait cédé les parts à son beau-frère, est à la limite de la faillite, et qu'ils ont contracté des dettes auprès d'un certain Laporte.

L'ambiance des Salauds est très particulière. Le spectateur se retrouve devant le film à la fois actif et passif. D'une part, l'on reçoit violemment une somme d'émotions que l'on arrive pas forcément tout de suite identifier. D'autre part, le montage du film force à recomposer un puzzle, il faut tisser les liens qui unissent les différents personnages pour reconstituer l'intrigue finale. Tout ceci met mal à l'aise, sans compter les thèmes abordés par la réalisatrice, qui questionne au travers de sujets brûlants la famille et la société. Le malaise est instillé petit à petit par une mise en scène très maîtrisée, Claire Denis utilisant les ruptures de rythme et les flash-back à bon escient. La musique dissonante des Tindersticks participe également sans aucun doute à installer cette atmosphère si particulière, étrangement familière.

L'univers de Claire Denis se retrouve dans Les salauds. Le rapport à l'Afrique y est moins prononcé que dans d'autres de ses films, mais il est présent au travers de certains personnages. On peut d'ailleurs noter qu'une des répliques anecdotique, prononcée par l'un de ces personnages, prend tout son sens au regard d'une des thématiques principales développées dans le film, la famille en l’occurrence. Les acteurs et les actrices que la réalisatrice emploie traditionnellement se retrouvent également dans le film, ce qui participe au climat à la fois familier et dérangeant, Claire Denis n'hésitant pas à la faire jouer des rôles de salauds, comme le titre l'indique. Notons toutefois que le manichéisme n'est ici pas de rigueur, que chacun a ses raisons, comme dirait Jean Renoir, et que la réalité est bien plus compliquée qu'on ne pourrait l'imaginer.

Ma note : ****

Lire également le point de vue beaucoup plus contrasté du Bleu du miroir

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commentaires

D&D 18/09/2013 00:15


Ah non mais ça restera une énigme pour moi qu'il y ait tant de gens pour le descendre (en tout cas en France, apparemment la réception est très différente chez les anglo-saxons qui ont
considèrent depuis longtemps beaucoup plus Claire Denis qu'elle ne l'est ici - c'est pas pour dire qu'ils ont forcément raison, mais je trouve ça intéressant, d'autant que je suis d'accord
:-))) ).


Sans blague, le nombre de trucs insipides ou formatés à mort ou qui doivent surtout offusquer personne d'aucune manière qu'on se cogne et dont beaucoup sont accueillis avec une complaisance
incroyable. Nan, mais ho !!! :-)))


Et puis, attends, imagine que je sois plus élogieux que toi encore après l'avoir revu... à suivre...

Neil 18/09/2013 08:06



Ah tiens, je ne savais pas qu'outre-Manche on appréciait Claire Denis. J'avoue que je découvrais son travail avec ce film, mais ça m'a donné envie d'en voir plus, ce qui ne saurait tarder :)
Sinon tout à fait d'accord avec ta diatribe sur les trucs insipides ou formatés ^^



D&D 16/09/2013 12:21


Je ne sais pas encore si je serai aussi enthousiaste que toi mais j'ai aimé le film et j'y ai passé (paradoxalement, disons, vu l'ambiance) un très bon moment. Je n'ai pas encore réussi à le
revoir, ce dont j'ai besoin, mais ce sera maintenant fait au plus tard la semaine prochaine. Lindon et Mastroianni sont magnifiques, je trouve. Et ça (me) fait vraiment du bien de voir un film
qui soit pas juste "de la pensée filmée" ou du "parc d'attractions" ;-) - comme d'hab', même si d'une autre manière, avec cette réalisatrice. Quelque chose qui à a voir avec
le cinéma qui m'intéresse le plus, quoi.

Neil 17/09/2013 17:01



Je partage tout à fait ton opinion. Le film est très intéressant mais c'est vrai que j'ai été très (trop ?) élogieux. C'est peut-être pour me mettre en porte-à-faux avec de nombreux blogueurs,
qui ont descendu le film.



dasola 20/08/2013 21:50


Bonsoir Neil, je me sens un peu moins seulle quand je lis ta critique. Je trouve que c'est un film à voir pour son ambiance et puis j'ai trouvé Vincent Lindon très bien. Je viens de mettre ton
billet en lien sur le mien. Bonne soirée.

Neil 22/08/2013 12:31



Bonjour Dasola, voilà qui fait plaisir, je me sentais également bien seul. Merci pour le lien, je vais aller (re ?)lire ton billet. Bonne journée.



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