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Lola, une femme allemande (1981) Reiner Werner Fassbinder

par Neil 23 Novembre 2010, 06:32 1980's

Lola.jpg
Fiche technique
Film allemand
Titre original : Lola
Genre : femme qui s’émancipe
Durée : 1h55
Scénario : Peter Märthesheimer et Pea Fröhlich
Directeur de la photographie : Xaver Schwarzenberger
Compositeur : Peer Rabenô
Avec Barbara Sukowa (Lola), Armin Mueller-Stahl (Von Böhm), Karin Baal (La mère de Lola), Udo Kier (Le deuxième serveur),  Mario Adorf (Schukert), Ivan Desny (Wittich)…

Synopsis : En 1957, von Böhm est nomme directeur des travaux publics dans une petite ville de Bavière. Il s'oppose rapidement a Schuckert, individu louche et cynique, spécialisé dans la spéculation immobilière. Entre eux, une femme, Lola. (allocine)

Mon avis : Chronique d’une RFA en pleine reconstruction

Deuxième film de sa trilogie allemande, l’histoire de Lola se situe chronologiquement après celle de Maria Braun mais juste avant celle de Veronika Voss. Fassbinder est alors au faîte de sa carrière, qui prendra fin trop tôt quelques années plus tard. Loin de ses expérimentations de début de carrière, il maîtrise les cadres et les lumières pour imposer un style singulier. On reconnait également sa volonté de dénoncer ici d’une manière rétrospective les travers d’un capitalisme galopant d’une Allemagne en pleine reconstruction. Tout ça en prenant comme toujours pour symbole une femme et sa volonté de s’extraire de la condition dans laquelle veut la figer la société.

Dans le bordel d‘une petite ville de Bavière se croisent tous les notables du coin. Le maire ne veut pas se faire voir, alors que tout le monde sait qu’il fréquente l’établissement, tandis qu’e Schuckert, entrepreneur sans scrupule, côtoie un fonctionnaire idéaliste et pourtant corrompu. Autour d’eux on voit Lola, belle femme charismatique, faire son numéro et se donner au plus offrant. Elle a un fils élevé par sa mère, gouvernante chez le nouveau directeur des travaux publics qui arrive en ville bien décidé à imposer ses manière d’incorruptible rigide et opaque à tout ce système.

La thématique de la respectabilité en proie aux doutes voire à la déchéance semble avoir une place importante dans la cinématographie allemande. On retrouve en effet dans Lola, une femme allemande le même schéma qu’on pouvait voir apparaître dans L’ange bleu de von Sternberg, que Fassbinder admire. Ici cependant, quand von Böhm rencontre Lola il ne sait pas qu’elle est prostituée, et c’est d’ailleurs elle qui va vers lui au départ. La révélation faite à l’incorruptible fonctionnaire donne l’occasion d’une scène admirable où l’héroïne qui voit son honneur bafoué se donne, de rage, corps et âme dans un striptease effréné. Cette scène remarquablement filmée est par ailleurs tout à fait emblématique de la thématique générale du film, où chacun est tour à tour bourreau et victime, mais toujours perdant.

Car Lola, une femme allemande nous fait le procès d’un système, le capitalisme naissant, dont les travers gangrènent la société. Dans cette petite ville de Bavière où tous les notables se côtoient dans des endroits louches mais font semblant d’être respectables dans la vie civile officielle, l’argent est roi. Lors d’une scène cruelle, deux des clients du bordel surenchérissent pour avoir Lola tandis que même le plus gauchiste des fonctionnaires finit par se laisser tenter par le chant des sirènes du capitalisme. La fin, d’une ambiguïté et d’un cynisme particulièrement appuyés, est d’ailleurs formidable tout en laissant un goût amer au spectateur. Fassbinder, qui montre ici tout son talent de scénariste et de « poseur d’ambiance », se révèle encore une fois militant et acerbe, et n’oublie pas la dimension romanesque d’une histoire tout à fait passionnante.

Ma note : ***

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commentaires

D&D 03/02/2011 02:52


Comme je sais que ma plongée Fassbinder est un peu reportée (je bloque sur Kaplanoglu, Mendoza et Araki en ce moment), je viens lire une première fois ton billet, et avec beaucoup de plaisir.
D'ailleurs, s'il y a bien une séquence que je garderai pour toujours gravée de ce film, c'est celle que tu dis de la "révélation". Je me souviens d'avoir totalement craqué pour Sukowa avec cette
scène.
"Lola" n'est pas exactement un des films que j'avais tenus pour un des tous meilleurs Fassbinder que j'avais pu voir alors, il y a déjà plus de quinze ans je crois, mais c'était et reste un de mes
plus gros coups de coeur.
Je reviendrai relire après re-vision ;-)


Neil 03/02/2011 16:46



J'ai pensé à toi en voyant cette scène, je me disais qu'effectivement ça devait être celle là que tu avais particulièrement appréciée.
j'en préfère également d'autres de Fassbinder, mais celui-ci m'a bien plu quand même :)



dasola 27/11/2010 18:50


Bonsoir Neil, j'ai vu ce film lors de sa sortie, c'était ma période "Fassbinder". Très bon film comme Maria Braun et Veronica Voss. Je n'ai plus qu'à le revoir en lisant ton billet. Je ne me
rappelais plus du tout de l'histoire. Fassbinder était un grand. Il n'a pas eu de successeur. Après sa disparition, le cinéma allemand était assez inexistant jusqu'à récemment. Bonne soirée.


Neil 28/11/2010 18:38



Bonsoir Dasola, quelle chance tu as eu de voir ce film à sa sortie ! Je trouve aussi que Fassbinder n'a pas été égalé depuis en Allemagne. J'aime beaucoup ses films.



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