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Mort à Venise (1971) Luchino Visconti

par Neil 15 Février 2014, 06:45 1970's

Mort_Venise.jpgFiche technique
Film italien
Titre original : Morte a Venezia
Durée : 2h11
Genre : désir contrarié
Scénario : Nicola Badalucco, d'après l’œuvre de Thomas Mann
Image : Pasqualino De Santis
Musique : Ruggero Mastroianni
Avec Dirk Bogarde (Gustav Von Aschenbach), Silvana Mangano (La mère de Tadzio), Björn Andresen (Tadzio), Marisa Berenson (Mme Von Aschenbach), Romolo Valli (Le directeur de l'hôtel), Carole André (Esmeralda)...

Résumé
: un compositeur vieillissant vient chercher à Venise une atmosphère propice à l'épanouissement de son art. N'y trouvant aucune inspiration, sa passion se réveille à la vue d'un jeune adolescent. (allocine)

Mon avis
:beauté juvénile et passion interdite

Depuis pratiquement trente ans Luchino Visconti règne avec quelques-uns de ses compatriotes sur le cinéma transalpin quand sort sur les écrans Mort à Venise. Il prépare ce projet depuis bien longtemps, on peut y voir déjà une trace des recherches du metteur en scène dans une rencontre qu'il fit avec Thomas Mann en 1951. L'auteur germanique lui parla alors des thématiques de son roman, lui disant que par exemple il ne souhaitait pas particulièrement, au départ, parler d'homosexualité mais plutôt évoquer le dernier amour de Goethe pour une jeune fille de 16 ans. Le réalisateur italien adapte le roman à sa manière, faisant du personnage principal non pas un écrivain mais un compositeur. Ce simple fait prend tout son sens quand on sait que Mann était un grand admirateur de Gustav Mahler, mort juste avant son voyage à Venise, que le héros du roman se prénomme Gustav
et que le film utilise régulièrement la Cinquième symphonie de Mahler.

Sur le bateau qui l'amène à Venise, le compositeur Gustav Von Aschenbach somnole doucement. En vue de leur destination, un homme grimé l'interpelle et l'accueille de façon vulgaire. Le compositeur fait fi de ses remarques désobligeantes et se met en quête d'une gondole pour rejoindre le Lido, où se trouve sa destination, le Grand Hôtel des Bains. Se ravisant, il demande au gondolier de l'amener à la station de bateaux pour prendre un vaporetto mais celui-ci refuse. Arrivé au Lido, le gondolier s'enfuit avant d'être payé par peur de la police : il n'avait pas de permis. Aschenbach arrive alors à l'hôtel et s'installe dans sa chambre, guidé par le concierge, un homme servile. Il se retrouve enfin seul et se souvient de ses derniers moments en Allemagne, où un malaise cardiaque violent a conduit son médecin à lui conseiller une cure de repos absolu.

À première vue, rien ne nous surprend dans le fait que Luchino Visconti fut amené à adapter Mort à Venise. L'aristocrate italien, qui n'a eut de cesse de personnages en fin de règne, ne pouvait que se retrouver dans les écrits du grand romancier allemand de la décadence. Et son univers flamboyant se marie a priori parfaitement avec la splendeur vénitienne ; or, le réalisateur utilise ce cadre à contre-emploi, ne nous montrant que de rares images de la ville, toutes en décomposition, désertées et en proie à la maladie. En contraste, nous pouvons admirer le décor luxueux du palace dans lequel de riches personnalités profitent de leur villégiature. Mais là encore, Visconti y instille un goût de déchéance en la personne d'un chanteur édenté au teint cadavérique. Comme le titre l'indique, la mort poursuit inexorablement son ouvrage.

L'autre thématique majeure de Mort à Venise, forcément liée à celle-ci, se retrouve dans la confrontation binaire entre une jeunesse resplendissante et la vieillesse, implacable et cruelle, que l'on farde pour vainement la cacher. Aschenbach se retrouve démuni quand, ne l'attendant plus, il se retrouve face à cet avatar de la beauté pure qu'est ce trop jeune adonis dont il s'éprend malgré lui. Point d’obscénité dans cette relation qui ne sera pas consommée, juste l'ange de la mort, hautain face à un artiste en pleine crise d'inspiration. Par l'intermédiaire d'un dispositif récurrent de zoom, le spectateur se retrouve d'ailleurs lui aussi dans la position du voyeur devant les courbes de cet objet du désir que l'on ne saurait voir. Pour l'incarner, nous trouvons le jeune et joli Björn Andresen dans un rôle qui va le marquer à vie, tandis que l'excellent Dirk Bogarde poursuit ici sa collaboration fructueuse avec Visconti, et nous offre une fois de plus un rôle magnifiquement torturé.


Ma note : ****

commentaires

D&D 27/04/2014 11:16

Rhaaa, le temps passe et cela fait donc déjà plus de dix ans que je n'ai pas revu ce film... Et je sens, à te lire, et après avoir enfin découvert "Ludwig" et "L'Innocent" qu'il est temps pour moi de saisir la prochaine occasion de le revoir. On en reparle !
Bon dimanche Neil !
PS : le coup de peinture du blog, c'est le fait d'être passé à la "nouvelle version" OB ?

neil 02/05/2014 09:02

Je te comprends tout à fait... ^^

D&D 01/05/2014 22:28

J'adore aussi les Damnés, depuis longtemps déjà. Senso, il me faut vraiment le revoir. Et merci pour la précision en PS, je continue de patienter tant que possible pour envisager le saut, c'est pas du tout mon genre ce type de truc technico-technique :-)))

neil 30/04/2014 17:56

Aaah, Ludwig et L'innocent sont tout aussi merveilleux.
Et Senso, et Les damnés... que j'aime Visconti !
Bonne soirée, D&D
PS : oui, j'ai activé le passage à la nouvelle version Overblog, non sans difficultés...

dasola 20/02/2014 15:58


Bonjour Neil, rien que pour l'adagietto de la 5ème symphonie de G. Mahler en musique de fond avec la lagune vénitienne, il faut (re)voir ce film. On n'a pas fait beaucoup mieux depuis. Bonne
après-midi.

Neil 22/02/2014 09:51



Bonjour Dasola, cette musique nous ramène d'office à Venise, en effet. Visconti est parmi les meilleurs. Bonne journée.



mymp 19/02/2014 13:34


C'est comme entendre le Beau Danuble bleu : dès que j'entends l'Adagietto de la symphonie n°5 de Mahler, j'ai des frissons et je pense au film (2001 ou Mort à Venise). J'attends maintenant la
version que Greenaway devrait tourner pour voir ce qu'il va en faire. Pas pour comparer (et parce que la version de Visconti restera inimitable, éternelle), mais pour découvrir la vision
personnelle de ce réalisateur que je chéris par rapport à cette histoire d'amour platonique et interdite.

Neil 19/02/2014 18:28



Oui la musique du film lui est immanquablement associée. Je ne savais pas que Greenaway comptait faire une adaptation : à voir en effet.



Eeguab 16/02/2014 19:51


Aschenbach ne le sait pas mais à Venise l'attendent la Perfection et la Mort. Sublime.

Neil 18/02/2014 12:26



C'est bien vrai, et le film se laisse voir et revoir à l'envi.



ideyvonne 15/02/2014 13:10


Superbe film de Visconti avec ce non moins superbe personnage torturé joué par Bogarde. J'ai bien apprécié les contrastes lumineux, un "ying&yang" savamment utilisé pour tout ce qui se
joue entre la vie et la mort. Le rythme lui aussi a été bien pensé avec des lenteurs qui ne sont jamais ennuyeuses.


Oui, un très beau film à recommander!

Neil 18/02/2014 12:25



Le film est magnifique, et magnifié par sa mise en scène, toute en délicatesse. À conseiller fortement, tout à fait !



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