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Poulet aux prunes (2011) Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

par Neil 23 Octobre 2011, 05:55 2010's

Fiche technique
Film français
Date de sortie : 26 octobre 2011
Genre : tristes destinées
Durée : 1h31
Scénario : Vincent Paronnaud, d’après l’œuvre de Marjane Satrapi
Image : Christophe Beaucarne
Musique : Olivier Bernet
Avec Mathieu Amalric (Nasser Ali), Maria de Medeiros (Faringuisse),  Edouard Baer (Azraël), Golshifteh Farahani (Irâne), Eric Caravaca (Abdi), Chiara Mastroianni (Lili)…

Synopsis : Téhéran, 1958. Depuis que son violon tant aimé a été brisé, Nasser Ali Khan, un des plus célèbres musiciens de son époque, a perdu le goût de vivre. Ne trouvant aucun instrument digne de le remplacer, il décide de se mettre au lit et d’attendre la mort. En espérant qu’elle vienne, il s’enfonce dans de profondes rêveries aussi mélancoliques que joyeuses.

Mon avis : Contes de huit jours et huit nuits

Le personnage principal de Poulet aux prunes est inspiré par le frère dAnouche, un personnage qu’on a pu croiser dans Persepolis. Très autobiographique, le premier film réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud parlait de ce personnage révolutionnaire, le grand-père de la réalisatrice, qui avait vécu des choses fabuleuses. Son frère était joueur de târ, cet instrument iranien de la famille des luths. Dans un de ses autres albums de bande dessinées, Marjane Satrapi prend donc pour personnage principal un musicien, qui devient violoniste dans cette adaptation cinématographique. L’auteur poursuit donc la collaboration avec son acolyte de réalisateur et continue de creuser ses thèmes, même si l’histoire qu’elle raconte est ici beaucoup moins autobiographique, elle ne l’est quasiment pas d’ailleurs.

Un homme entre dans la boutique d’un marchand d’instruments de musique, à Téhéran en 1958. Son violon est cassé et il souhaite le remplacer. Mais il ne veut pas de n’importe quel instrument : violoniste professionnel, il veut conserver une qualité parfaite. En sortant du magasin, il croise une femme, qu’il reconnait mais qui ne se souvient pas de lui. Arrivé chez lui, il essaye son nouveau violon et n’est pas satisfait du résultat. Il se rend alors chez le vendeur et lui fait un scandale, exigeant de récupérer son argent. Le soir même, il retrouve son frère révolutionnaire sur les bords qui lui parle en long, en large et en travers de la situation dérisoire dans la quelle se trouve leur pays. Mais Nasser Ali n’en a que faire : il est désespéré de ne plus pouvoir jouer au violon. Son frère lui parle alors d’un vendeur dont on lui a vanté les mérites.

On trouve dans Poulet aux prunes des personnages aux vies tout à fait passionnantes. De ce violoniste romantique à ces femmes aux destins brisés, on se passionne pour ces destinée tragiques. À tel point qu’on pourrait se sentir frustré de ne pas en savoir plus sur tel ou tel personnage, qui nous sont pourtant parfaitement esquissé dans ces brefs fragments de vie. Mais le personnage principal reste Nasser Ali, dont l’histoire nous est contée à la manière des Mille et une nuit, auquel le film fait référence au début. C’est par une narration à la déconstruction très soignée que nous est raconté la vie de cet homme brillant, et pourquoi il en est arrivé à vouloir la mort.

Avec un sens du timing tout à fait précis, le film égrène les événements clés de cette histoire, tout en ménageant quelques pauses heureuses. C’est comme une partition de musique qui alterne plusieurs temporalités pour finir sur un crescendo tout à fait émouvant. Élégance et raffinement : ces deux qualificatifs conviennent tout à fait à Poulet aux prunes. Son esthétique est recherché, un mélange de bande dessinée et de réalisme qui se marient parfaitement. Les personnages qui évoluent dans ce décor ont tous et toutes une gueule, un style bien à eux que les acteurs et les actrices choisi-e-s incarnent avec brio.

De ce casting très homogène on retient bien sûr la performance de Mathieu Amalric, toujours aussi bon, tout en finesse, mais l’ensemble des seconds rôle de Poulet aux prunes ne démérite pas, même lorsqu’ils n’apparaissent que furtivement. Malgré quelques petites longueurs, il y a du souffle dans l’histoire que nous conte Marjane Satrapi, et qui se conclue très habilement dans la scène finale. On retrouve le charme de ces histoires qu’on nous racontait quand on était enfant, qui nous faisaient rêver tout en restant universelles.


Ma note : ***

Poulet aux prunes (2011) Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
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commentaires

Squizzz 26/10/2011 22:42



Je suis partagé. Esthétiquement c'est magnifique, et le mélange des genres (travail sur la lumière, dessin animé, utilisation de jouets...) est fait avec un goût certains. Par contre j'ai eu du
mal à rentrer dans le film pendant la première partie, pendant laquelle on a du mal à ressentir de l'empathie pour le perso principal, et où tout semble trop rigide, de la mise en scène au jeu
des acteurs, du coup difficile pour les émotions de passer. Puis la séquence aux Etats-Unis a du me dérider car je me suis senti d'un coup plus concerné. Le perso de Nasser Ali montre alors son
côté humain, et l'on peut alors ressentir de l'empathie pour lui. Jusqu'à ce magnifique final, où tout se met magiquement en place. La structure globale du film est bien sûr voulue et permet à ce
final d'avoir beaucoup d'impact, mais il oblige à se "farcir" une première partie pas toujours très digeste.



Neil 27/10/2011 10:47



Moi je suis tout de suite rentré dans le film. Ces petites histoires sur chacun des personnages de sa famille m'ont assez enthousiasmé. Mais c'est vrai que la construction du film met peut-être
un peu trop en avant l'effet suscité par ce final, qui est très émouvant il faut dire.



Squizzz 23/10/2011 20:36



Je ne lis pas ta critique avant d'avoir vu le film (comme d'hab') mais ta note me rassure un peu car en voyant la bande annonce j'avais un peu peur d'un sous-Jeunet



Neil 25/10/2011 00:45



J'ai personnellement aimé le film, et je n'ai pas pensé à Jeunet. Mais d'autres l'ont visiblement moins apprécié...



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