Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Querelles (2012) Morteza Farshbaf

par Neil 19 Avril 2012, 05:45 Avant-Première

Querelles.jpg
Fiche technique
Film iranien
Date de sortie : 25 avril 2012
Titre original : Mourning
Genre : road-movie particulier
Durée : 1h25
Scénario : Anahita Ghazvinizadeh
Image : Hamid Reza Ahmadi Ara
Avec Sharareh Pasha (Sharareh), Kiomars Giti (Kamran), Amir Hossein (Arshia), Sahar Dolatshahi (Voix de Nahid), Peyma Moaadi (Voix de Mas‘ood), Adel Yaraghi (Chauffeur de taxi)…

Synopsis : C’est la nuit. Arshia, 10 ans, entend une violente querelle qui oppose ses parents suivie de leur départ précipité. Dès le lendemain, son oncle et sa tante, tous deux sourds muets, décident de prendre la route avec lui pour rechercher ses parents soudainement disparus. Ils traversent alors tout le pays, des montagnes iraniennes à Téhéran.

Mon avis : Voici peut-être ce qui conduit à une séparation

Agé de seulement 25 ans, Morteza Farshbaf réalise avec Querelles son premier long-métrage. Il a pourtant depuis sept ans acquis une solide expérience, réalisant son premier court-métrage en 2006. Ce qui lui a permit de rencontrer Monsieur Abbas Kiarostami avec qui il a travaillé sur plusieurs projets. Le cinéma iranien a donc l’air de bien se porter malgré les difficultés que le régime fait subir aux artistes. En l’occurrence, Querelles a reçu le Lotus du meilleur premier film ainsi qu’une Mention spéciale au Festival du film asiatique de Deauville 2012, et a été présenté dans divers autres festivals à travers le monde. Un nouveau talent émerge, qu’on se le dise.

Durant la nuit, le jeune Arshia est réveillé par les cris de ses parents qui se disputent. Le lendemain matin, son oncle Kamran reçoit un message lui indiquant que les parents du garçon ont eu un accident dans la nuit. Kamran et sa femme Sharareh décident de partir en voiture à Téhéran avec lui pour en savoir plus. Ils sont tous les deux sourds muets et entament une discussion en langue des signes dans la voiture, persuadés qu’ils sont que le petit ne peut pas les comprendre. On apprend ainsi petit à petit qu’ils hébergeaient Nahid et Mas’ood avant qu’ils ne partent précipitamment de chez eux. L’accident qui leur est arrivé est très grave et ils ne savent pas comment l’annoncer à leur neveu.

Deux sources d'inspiration viennent à l'esprit en regardant Querelles : Kiarostami  et Antonioni. Le premier parce que le film se déroule quasiment intégralement dans une voiture. Et qui dit road-movie iranien dit bien entendu Abbas Kiarostami. On sait d'ailleurs que le réalisateur Morteza Farshbaf a travaillé avec l'icône du cinéma iranien dans plusieurs courts-métrages, et ça se ressent (dans le bon sens du terme). Le second car Querelles traite en grande partie de l'incommunicabilité des êtres humains, thème de prédilection du cinéaste italien. L'incompréhension tient d'ailleurs ici non seulement de la nature intrinsèque de l'homme et de la femme mais se nourrit du fait que l'un et l'autre sont sourds et muets. La difficulté de se comprendre se construit donc non seulement entre les personnages mais aussi avec le spectateur.

Car c'est ainsi l'originalité de Querelles que de nous embarquer une heure et demi durant dans le quotidien de deux personnes qui ne parlent qu'en langue des signes. Ce qui permet au réalisateur de jouer habilement avec l'environnement extérieur. Le moindre son prend toute son ampleur tandis que le spectateur focalise son attention sur le paysage extérieur. Des plans magnifiques de l'Iran nous sont ainsi montrés tandis que la mise en scène délicate rend compte parfaitement de l'univers. Malicieusement, des plans tous plus originaux les uns que les autres font évoluer l'intrigue, jouant habilement sur le champ et le hors-champ. Le scénario peut ainsi s’épanouir, une histoire où les disputes familiales sont au centre et où, à l’instar d’Une séparation, les enfants ont plus à perdre que les adultes. Chacun s’isole dans son égoïsme, sans faire d’effort pour aller vers l’autre : triste constat, lucide et habilement restitué.

Ma note : ***

commentaires

Haut de page