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Salo ou les 120 journées de Sodome (1975) Pier Paolo Pasolini

par Neil 30 Mars 2019, 02:59 1970's

Fiche technique
Film italien
Titre original : Salo o le 120 giornate di Sodoma
Date de sortie : 19 mai 1976
Genre : bizutages pervers
Durée : 1h55
Scénario : Sergio Citti, d’après l’œuvre du Marquis de Sade
Image : Tonino Delli Colli
Musique : Ennio Morricone
Avec Paolo Bonacelli (Blangis), Giorgio Cataldi (L‘évêque), Umberto P. Quintavalle (Curval), Hélène Surgère (Signora Vaccari), Franco Merli (Victime), Elsa de Giorgi (Signora Maggi), Antonio Orlando (Victime)…

Synopsis : Durant la République fasciste de Salo, quatre seigneurs élaborent un règlement pervers auquel ils vont se conformer. Ils sélectionnent huit représentants des deux sexes qui deviendront les victimes de leurs pratiques les plus dégradantes. (allocine)

Mon avis : L’innommable à son monstrueux apogée

Le contexte est plus qu‘important avant d‘analyser Salo ou les 120 journées de Sodome. Quand Pier Paolo Pasolini réalise le film, il sort de sa Trilogie de la vie, où il adaptait, avec Le Décameron, Les contes de Canterbury et Les mille et une nuits, plusieurs recueils de la littérature érotique. Avec l’aide de son assistant Sergio Citti, il s’essaye à l’adaptation d’un auteur majeur dans le domaine, Donatien Alphonse François de Sade. Tâche réputée impossible, nombre d’auteurs s’y étant d’ailleurs essayé avec peu de succès. À sa sortie, le film est conspué, il n’a aucun succès et tout le monde ou presque s’en offusque. Aujourd’hui encore de nombreux spectateurs se souviennent amèrement du visionnage du film. Le 2 novembre 1975, Pasolini est assassiné dans des circonstances douteuses.

Quatre seigneurs décident, en 1945, d‘amener seize adolescents dans un château près de Marzabotto, au nord de l‘Italie. Aidés des soldats allemands et des miliciens fascistes, ils choisissent scrupuleusement les jeunes hommes et les jeunes femmes qu’ils dérobent à leur famille. Puis la vraie nature des enlèvements est expliquée aux victimes : ils sont prisonniers des quatre hommes et sont livrés à leur bon vouloir. Ceux-ci leur lisent les règles strictes à respecter durant tout leur séjour ; s’ils désobéissent ils seront fusillés.

Pour de nombreuses raisons Salo ou les 120 journées de Sodome fait débat. D’abord pour sa thématique : le sadisme est loin de faire consensus, et son utilisation dans la fiction provoque toujours des remous. Mais Pier Paolo Pasolini transcende le thème, il provoque en montrant à l’image des scènes à la limite du supportable. Scindé en quatre partie différentes consacrées au sexe, à la scatologie aux diverses formes de violences, le film possède une force esthétique impressionnante. On pense qu’on a tout vu et pourtant il en reste encore.

La mise en scène du réalisateur est d’ailleurs remarquable : prenant clairement ses distances avec son sujet, il pousse le spectateur à se sentir tour à tour victime et voyeur, sans complaisance aucune. Le rendu est saisissant et glaçant. La volonté de Pier Paolo Pasolini est claire : avec Salo ou les 120 journées de Sodome, il entend dénoncer toutes les formes de totalitarisme. Ses premières cibles restent évidemment le fascisme et le nazisme, en plaçant une partie de son récit dans la république de Salo occupée par Benito Mussolini entre 1944 et 1945 puis dans une région italienne théâtre de massacres durant la Seconde guerre mondiale.

C’est un des reproches, facile mais parfois juste, qu’on a pu lui faire : à trop théâtraliser l’horreur du totalitarisme il l’humaniserait presque. Mais Pier Paolo Pasolini a aussi autre chose en tête en réalisant Salo ou les 120 journées de Sodome : tout comme Marco Ferreri dans La grande bouffe, sorti deux ans plus tôt, il s’agit ici également de dénoncer les travers de la société de consommation. Ou comment une société ultra libérale peut avilir les êtres et les rendre dépendants, soumis, opprimés. Le propos est fort, la dialectique est grossière mais l’impact est puissant. Effet garanti.


Ma note : ****

Salo ou les 120 journées de Sodome (1975) Pier Paolo Pasolini
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commentaires

CHRISTOPHE LEFEVRE 06/03/2012 07:56


Le film est fort. Mais bien moins qu'un texte de Sade, dont je connais très bien l'oeuvre... Mais Pasolini nous place dans une situation inconfortable, comme tu le dis, à la fois horrifié, mais,
si l'on va au bout du film (et même si on a seulement fait la démarche de le regarder) de voyeur. Ce qui prouve qu'il y a un fond de fascination en nous pour la violence. Il y a une bête en nous,
conetnue par la civilisation, mais qui ne demande qu'à se libérer. Comme le prouve le nazisme. Après tout, comme l'observait dans une chrnoique récente sur France info Michel Serres, l'Allemagne
était l'un des pays les plus cultivés du monde dans les année 1910-1940. Cela n'a pas empêché une large majorité de sa population de basculer dans la barbarie...

Neil 07/03/2012 14:53



Je n'ai pas lu l'oeuvre de Sade donc ne pourrais pas comparer. Le film m'a fait l'effet d'un choc tout de même, surtout en le replaçant dans le contexte. Une oeuvre assez fascinante,
pour sûr.



D&D 03/01/2011 00:35


Je ne sais pas ce que j'en penserai précisément aujourd'hui, mais je le reverrai, sans pouvoir dire, tu le comprendras, que j'en ai nécessairement "envie". La première vision m'avait presque
traumatisé, et des années plus tard, le revoir m'avait surpris parce que le film n'est pas nécessairement dépourvu non plus d'un certain humour, certes "glaçant". Je pense aux "conteuses"... Bref,
la prochaine fois, puisqu'il y en aura une, j'aurai peut-être la bonne "distance" :-) Très beau film, en tout cas, je crois... Mise en scène passionnante, et "force esthétique impressionnante"
comme tu l'écris.


Neil 03/01/2011 14:07



C'est vrai que l'humour est présent à travers ces récits (toutefois abjects). C'est vraiment un choc assez impressionnant, surtout au premier visionnage. A revoir, avec la distance.



Ben 13/11/2010 20:38


C'est aussi un film qui nous OBLIGE a regarder en face les horreurs enfouies en nous.


Neil 14/11/2010 15:35



Oui, tout à fait. Salo fait partie de ses oeuvres où le spectateur est à la fois choqué et voyeur, la frontière entre les deux n'étant jamais facile à tracer.



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