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Teleny (1893) Oscar Wilde

par Neil 5 Septembre 2011, 05:41 Bouquins

Teleny.jpg
Fiche technique

Roman britannique
Date de publication : 11 novembre 1996
Genre : romance tragique
187 pages
Edité chez La musardine

Résumé : L'amour tragique de Camille Des Grieux pour René Teleny, pianiste impétueux. Amour voué à l'opprobre s'il est découvert, car l'homosexualité se vit alors en secret : la respectabilité doit demeurer. Camille Des Grieux lutte contre cet amour, mais s'avoue ensuite vaincu. Le destin en a décidé. Les deux êtres ne se quittent plus, jusqu'à la mort.

Mon avis : Les amants maudits et leurs ébats magnifiques

Il fallut attendre 1934 pour qu‘une première traduction de Teleny parviennent en France. L’œuvre d’Oscar Wilde n’était d’ailleurs présente dans quasiment aucune biographie de l’auteur jusqu’en 1996. Il faut avouer que la paternité du roman a longtemps fait débat. Aujourd’hui, il est communément reconnu que l’ouvrage fut rédigé à plusieurs mains, dont celle de l’auteur britannique qui en fit les corrections. Il faut dire que le projet lui tenait à cœur : c’est un des premiers romans britanniques qualifié de pornographique qui aborde frontalement le thème de l’homosexualité. D’où la frilosité de nombreux éditeurs, et sans doute également le fait qu’à sa première publication, en 1893, la trame du roman se déroulât à Paris et non à Londres.

De passage à Nice, le narrateur croise un jeune homme pâle en proie à de nombreux tourments, sans doute dus à la tuberculose. Il reconnait Camille Des Grieux, un de ses amis londoniens qu’il n’a pas vu depuis deux ans, où il avait croisé en sa compagnie l’artiste hongrois René Teleny. Logeant au même hôtel, les deux hommes reprennent vite leurs conversations, et Des Grieux se confie. Le narrateur avait eu vent de la mort tragique de Teleny, qui s’était suicidé de façon mystérieuse : le sujet est bien vite abordé, et Des Grieux raconte alors la relation qui l’unit avec le pianiste. Ils se rencontrèrent pour la première fois au Queen’s Hall, où Teleny donnait un récital auquel Des Grieux assistait en compagnie de sa mère.

Débordant de sensualité et de crudité, Teleny est avant tout une histoire follement romantique. Les scènes de sexe, autant homosexuelles qu’hétérosexuelles, sont décrites avec un érotisme débordant. L’auteur n’omet aucun détail, qu’il fut anatomique ou « mécanique », et la fureur des sens y fait pleinement rage. On se doute de la malice que pouvait éprouver Oscar Wilde en écrivant ces lignes qui en offusquèrent plus d’un, et l’on ressent tout à fait le défi qui s’opère ici : vouloir choquer les bonnes mœurs, et donner le chapitre à une forme de sexualité alors interdite. On connait le destin de l’écrivain irlandais, assigné à la cour de justice par le père d’un de ses amants, et condamné à une peine de deux ans de prison en 1897. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de voir en Teleny la figure de Lord Alfred Douglas.

Car Teleny est avant tout une histoire d’amour. Des Grieux et Teleny sont les figures d’un amour fou, sans limite, tout autant charnel que spirituel, et forcément physique et sans issue. Dès leur rencontre, les deux hommes éprouvent une attirance magnétique et un besoin de l’autre inextinguible. Seules les convenances de l’époque et de leurs milieux les empêche d’assouvir leur passion au grand jour mais qu’importe, ils vivent cette passion pleinement et jusqu’au bout. L’écriture sensuelle de (ou des) auteurs nous fait partager cette effervescence avec une acuité fascinante, le romantisme échevelé des personnages peut surprendre mais l’ironie et les bons mots d’Oscar Wilde tempèrent au bon moment de nombreuses situations. La peinture de l’Angleterre d’alors, ses rites et se usages, ne manque pas de pique et certaines scènes, à la fois pittoresques et osées, finissent d’attirer notre attention. Nous avons ici, assurément, un roman brûlant et envoûtant.

Ma note : ***

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commentaires

D&D 13/11/2011 09:43



Ah mais c'est beaucoup plus grave que tu ne penses : je n'ai encore rien lu d'Oscar Wilde... :-(



Neil 13/11/2011 11:01



Petit chanceux que tu es !
Du coup je ne peux que te conseiller le merveilleux Portrait de Dorian Gray.
Ou si tu aimes les pièces de théâtre L'importance d'être Constant
Et toutes ses oeuvres d'ailleurs :)



D&D 11/11/2011 17:22



Alors évidemment ça n'a rien d'extraordinaire, considérant que j'ai lu trois livres et que j'en identifie six autres (pour résumer :-) ), mais je n'ai quand même jamais entendu
parler ce texte, pas exactement écrit par un inconnu. Allez, je vais essayer, j'ai quelques jours à Noël, en principe.



Neil 12/11/2011 23:32



Tsss, ne fais pas ton modeste... ;)
Je présume que tu connais déjà assez bien l'oeuvre de Wilde, mais si d'aventure tu n'avais pas lu certains de ses ouvrages plus célèbres, je ne peux que t'enjoindre à y jeter un coup
d'oeil avant.



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