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Une séparation (2011) Asghar Farhadi

par Neil 4 Mai 2019, 02:18 2010's

Fiche technique
Film iranien
Date de sortie : 8 juin 2011
Titre original : Jodaeiye Nader az Simin
Genre : drame familial
Durée : 2h03
Scénario : Asghar Farhadi
Image : Mahmood Kalari
Musique : Sattar Oraki
Avec Leila Hatami (Simin), Peyman Moadi (Nader), Sareh Bayat (Razieh), Shahab Hosseini (Hodjat), Sarina Farhadi (Termeh), Babak Karimi (Le juge)…

Synopsis : Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante pour s'occuper de son père malade. Il ignore alors que la jeune femme est enceinte et a accepté ce travail sans l'accord de son mari, un homme psychologiquement instable… (allocine)

Mon avis : Radioscopie d’une société déchirée

Avec Une séparation, Asghar Farhadi décroche en 2011 l’Ours d‘Or du Festival de Berlin, tandis que toutes les actrices et tous les acteurs du films étaient également récompensés. On a soupçonné la présidente du festival, Isabella Rossellini, d’avoir voulu promouvoir par ces prix le cinéma iranien. Il faut dire qu’on avait proposé à Jahar Panahi de faire partie du jury du festival et qu’une chaise vide symbolisait son absence durant tout le festival. Le cinéaste a en effet été condamné à six ans de prison et vingt ans d’interdiction d’exercer son métier. Mais c’est oublier que Farhadi n’en est pas à son premier coup d’éclat : il avait reçu en 2009 le prix du meilleur réalisateur à la Berlinale. De toutes façons, le visionnage d’Une séparation met tout le monde d’accord sur la justification du prix qu’il a reçu.

Devant le juge, Nader et Simin demandent le divorce. Enfin, c’est surtout elle qui veut se séparer de son mari : ils avaient prévu de longue date de quitter l’Iran et à la dernière minute, alors qu’ils ont tous leurs papiers, Nader refuse de partir. Il ne veut pas quitter son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, tandis que Simin voudrait tout quitter pour assurer l’avenir de sa fille. Le juge ne pouvant les départager, ils conviennent d’une séparation : Simin ira vivre chez ses parents et Nader doit alors trouver une personne pour s’occuper de son père durant la journée. Par l’intermédiaire d’une de ses connaissances, Simin conseille Razieh, jeune mère de famille dont le mari est au chômage, et elle fait l’affaire.

La mise en scène d‘Une séparation est absolument épatante, simple et efficace. La caméra d’Asghar Farhadi filme avec une fluidité impeccable les remous que subissent tous les protagonistes de l’affaire. Le spectateur est amené à approfondir petit à petit toutes les intrigues, essentielles à la découverte de la vérité, et apprend à connaître chacun des personnages individuellement et avec une neutralité totale. Un excellent montage nous montre les faits tels qu’ils se sont produits, mais le réalisateur s’arrête exactement au bon endroit, histoire de ne pas trop nous en dire et de préserver ainsi notre libre arbitre.

Car c’est nous qui sommes appelés, en même temps que le juge qui détricote cette histoire, à comprendre ce qu’il s’est réellement passé et à séparer le vrai du faux. Ce qui est totalement illusoire et un très bon scénario nous le fait bien comprendre : nous sommes ici dans un monde tout sauf manichéen, où chacun détient sa part de vérité et de mensonges. Ce que réussit également habilement Une séparation, c‘est de nous présenter une image de l‘Iran moderne, en proie à ses divisions sociales. Car là ce n’est pas tant la religion qui fait le clivage entre les deux famille. L’une des femmes a beau être musulmane pratiquante, un brin soumise à son mari, et l’autre plus émancipée, ces détails ne sont là que pour poser les personnages.

Ce qui divise avant tout les deux clans d'Une séparation, refermés chacun sur eux-mêmes, c’est l’argent et la classe sociale, avant la religion ou les considérations politiques. Nous sommes en présence d’individus, incarnés par des interprètes absolument fabuleux, qui ne se comprennent pas en grande partie car ils ne viennent pas du même milieu, et qu’ils ne cherchent pas, pour la plupart d’entre eux à aller vers l’autre. Ils n’en restent pas moins des maris, des femmes, des parents et à ce petit jeu ce sont les enfants qui trinquent, et les couples qui encaissent. Le diagnostic est cinglant et la proposition artistique est plus que convaincante.


Ma note : ****

Une séparation (2011) Asghar Farhadi
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commentaires

Eeguab 26/07/2011 20:14



Je crois qu'il y a quasi unanimité sur Une séparation.Moi qui vois très peu de films actuels je l'ai trouvé formidable de justesse,traitant un sujet somme toute d'une
grande banalité, sachant nous le faire vivre comme si on habitait l'immeuble ou comme si on était dans la salle d'attente du juge.Une très très grande réussite.Je ne ferai pas de billet tant
ce film est commenté et à juste titre encensé.



Neil 26/07/2011 22:12



L'unanimité est ici frappante, et c'est tant mieux. Le film mérite tout à fait ces excès de louanges.



Franka 04/07/2011 09:28



Superbe "thriller familial" dans un société qui nous est finalement très peu connue... Extrêmement dépaysant, et tellement bien interprété ! Je me suis régalée...  tandis que mon JM (petite
note dissonnante dans  l'unisson géréral) s'ennuyait ferme ... comme quoi ...  Bises !



Neil 05/07/2011 17:04



Bon, ça ne m'étonne pas que le film t'ai plu. Et avec JM c'est un des rares avis négatifs que j'ai pu avoir : il en faut pour tous les goûts ! Bises, Franka



mymp 19/06/2011 22:16



Et allez, encore une bonne critique pour Une séparation ! Je ne suis pas sûr d'avoir vu une seule critique descendant le film qui, à coups sûr, se retrouvera dans de nombreux top à la fin de
l'année (ce qui est justifié). Comme tu le dis, Farhadi est malin parce qu'au fur et à mesure que son film avance, nous spectateurs sommes amenés à sans cesse réévaluer nos positions sur les
personnages (complexes), à démêler le vrai du faux pour tenter d'avoir un point de vue global sur l'histoire jamais manichéen. Le procédé est magnifique, et c'est ce qui fait la force de ce film.



Neil 20/06/2011 22:26



C'est vrai que les critiques sont toutes positives. Et ce qui est bien aussi c'est que le public s'est pas mal mobilisé, ce qui n'était pas gagné au départ.



Phil Siné 19/06/2011 20:59



eh bien quel enthousiasme toi aussi ! en effet la mise en scène est très intéressante dans ce film, tout comme la multitude d'idées qui sont exposées...



Neil 20/06/2011 22:24



Je ne m'attendais pas à l'apprécier autant mais finalement l'enthousiasme général est clairement mérité.



Squizzz 19/06/2011 18:38



Une oeuvre cinématographiquement très réussie. Farhadi a réussi à faire un film parfaitement construit malgré la complexité des nombreux thèmes abordés. Chapeau bas !



Neil 20/06/2011 22:22



Exactement. Dans d'autres mains ça pourrait être complètement raté et là c'est un quasi chef d'oeuvre.



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