Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

El Príncipe (2019) Sebastián Muñoz

par Neil 19 Novembre 2019, 03:01 2010's

Fiche technique
Film chilien
Durée : 1h36
Genre : geôle masculine
Scénario : Luis Barrales, d’après l’œuvre de Mario Cruz
Image : Enrique Stindt
Musique : Ángela Acuña
Avec Juan Carlos Maldonado (Jaime ), Alfredo Castro (l'Étalon), Gastón Pauls (Che Pibe), Catalina Martin (Mónica), Sebastián Ayala (le délaissé), Lucas Balmaceda (Danny El Rucio)…

Résumé : Chili, 1970. Au cours d’une nuit d’ivresse, Jaime, un jeune homme de 20 ans solitaire, poignarde son meilleur ami dans ce qui semble un crime passionnel. Condamné à la prison, il rencontre « l’Étalon », un homme âgé et respecté auprès duquel il trouve une forme de protection, d’amour et de loyauté. Derrière les barreaux, Jaime devient « Le Prince ». Mais à mesure que leur relation se renforce, « L’Étalon » fait face aux luttes de pouvoir violentes au sein de la prison.


Mon avis : Violence carcérale et jeux de domination

Avant sa diffusion samedi soir au Festival Chéries-ChérisEl principe a été présenté à la Semaine internationale de la critique de la Mostra de Venise, où il a reçu le Queer Lion. Cette distinction intervient quelques années après certains exemples fameux comme A Single Man de Tom Ford, Philomena de Stephen Frears ou Danish Girl de Tom Hooper. Mais ce prix a aussi été attribué à Marvin ou la Belle Éducation d’Anne fontaine ou bien à des films qui n’ont jamais trouvé de distributeurs en France par la suite. C’est pour l’instant le cas pour ce premier long-métrage réalisé par Sebastián Muñoz, ancien chef opérateur chilien qui adapte ici un roman peu connu. Le livre, écrit dans les années 1970, n’avait d’ailleurs jamais été publié mais était uniquement disponible dans des magazines de l’époque. Le metteur en scène relance avec le scénariste Luis Barrales ce vieux projet initié par la réalisatrice chilienne Alicia Scherson, qui avait réalisé Play, pour lequel Muñoz était directeur artistique.

Au milieu d’une piste de danse, Jaime se tient debout, un tesson de bouteille à la main. À ses pieds gît un homme inanimé qui saigne abondamment. Incarcéré, Jaime se retrouve enfermé avec quatre autres hommes dans la même cellule. Il comprend bien vite que l’homme le plus âgé, Potro, dicte sa loi, ordonnant à son jeune amant de lui laisser sa place. Pendant qu’ils se douchent, Potro demande à Jaime comment il est arrivé en prison. Le jeune homme se souvient alors de moments passés avec son meilleur ami, avec qui il a visiblement développé une proximité affective. Dans la cour, Jaime découvre un vieil homme : surnommé Dollar que Potro a l’air de respecter : ils ont paraît-il partagé des moments intimes et passionnels dans leur jeunesse. Jaime se retrouve bientôt à dormir dans le même lit que Potro, et celui-ci le viole dès la première nuit. Dans le lit d’au-dessus, leurs deux codétenus ne vont pas tarder à faire l’amour ostensiblement.

Une sensualité homo-érotique déborde de El principe. Dès les premières images du film, le corps juvénile de Juan Carlos Maldonado est mis en valeur, tandis qu'à l’intérieur de la prison, tous les détenus dégagent une charge sexuelle de tous les instants, conférant au lieu une dimension clairement onirique. Ce dispositif permet à Sebastián Muñoz d’évoquer en sous-texte l’oppression exercée par les homosexuels dans le Chili du début des années 1970, gouverné alors par Eduardo Frei Montalva, dont le parti avait été financé par la CIA. Cette métaphore n’est jamais appuyée, elle ne nous est évoquée que lors de breves scènes où les prisonniers suivent à la télévision les élections qui amèneront au pouvoir le socialiste Salvador Allende. Ainsi l’homosexualité ambiante tranche avec les souvenirs du personnage principal, contraint à cacher son orientation sexuelle et dont les débats intérieurs vont inconsciemment conduire à commettre l’irréparable.

L’esthétique d’El principe participe de ce rêve éveillé à l’ambiguïté permanente. Certaines scènes, par exemple celle du début où des danseurs immobiles entourent un meurtrier visiblement troublé, font penser à un tableau vivant. On frôle parfois le kitsch dans cette surabondance de couleurs et d’expressivité mais cela a le mérite de trancher avec les productions habituelles. On se situe ici clairement aux antipodes du réalisme d’Un prophète, auquel le scénario du film pourrait pourtant ressembler. On a ici affaire tout autant à une atmosphère carcérale pesante, où les gardiens n’hésitent pas à violenter les détenus et où les trafics en tout genre et les lutte de pouvoir entre gangs rivaux sont quotidiens. Toutes proportions artistiques gardées, on assiste comme dans le film de Jacques Audiard à l’ascension d’un jeune homme qui va petit à petit prendre du galon et renverser les rôles.

Et le petit monde d’El principe est solidement incarné par plusieurs acteurs, certains établis, d’autres en devenir. On retient en particulier la performance d’Alfredo Castro, un comédien chilien très souvent récompensé dans son pays, et fidèle collaborateur de Pablo Larraín. Il parvient à donner de l’épaisseur à un personnage antipathique, mais pour qui le spectateur va petit à petit pouvoir éprouver une forme paradoxale d’empathie. Car les sentiments que l’on éprouve à la vision du film ne sont pas forcément très clairs. À l’encontre de toute forme de politiquement correct, Sebastián Muñoz nous raconte l’émancipation d’un jeune homme dans un climat délétère, où l’affranchissement du héros se fait par la douleur. Les souffrances du jeune Jaime sont ainsi nimbées d’une forme d’ambiguïté un peu troublante mais qui participe pourtant de la qualité d’un long-métrage inédit à découvrir.

Ma note : ***

El Príncipe (2019) Sebastián Muñoz
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page