
Fiche Technique
Film américain
Genre : antidépresseur sur pellicule
Titre original : Heaven can wait
Scénario : Samson Raphaelson, d'après une pièce de Lazlo Bus-Fekete
Musique : Alfred Newman
Avec Don Ameche (Henry Van Cleeve), Gene Tierney (Martha), Charles Coburn (Hugo Van Cleeve), Marjorie Main (Mme Strabel), Laird Cregar (« Son Excellence » le Diable), Spring Byington (Bertha Van Cleve)…
Synopsis : à sa mort, Henry Van Cleeve, un riche Américain, décide de se rendre en Enfer où il raconte son existence à Lucifer : sa passion pour les femmes malgré son mariage avec Martha, une épouse délicieuse qu'il rendra malheureuse.
Mon avis : dis moi que l’amour ne s’arrête pas…
Considéré comme le testament d'Ernst Lubitsch, ce Ciel peut attendre est comme un condensé de toute son œuvre, en tout cas la partie américaine, faite de délicieuses comédies de mœurs, à la fois légères et profondes. On y retrouve bien sûr la fameuse Lubitsch touch qui consiste grossièrement à donner de l’importance à des détails (ici des roses, statues ou parapluies) pour accentuer l’action ou les sentiments des protagonistes. Ça paraît très académique comme ça, mais ces éléments s’inscrivent tellement bien dans la narration qu’on n’y fait même plus attention et ils donnent un éclat non négligeable au film.

En tout cas un conseil : si vous êtes déprimé, que vous ne croyez plus en l’amour ou que vous avez envie de rire tout simplement, courez voir Le ciel peut attendre. La première moitié est savoureuse à souhait, on y suit par d’astucieux flash-back d’anniversaire en anniversaire l’éducation sentimentale du jeune Henry Van Cleeve jusqu’à sa rencontre avec la femme de sa vie. Ce bon petit diable nous est rendu sympathique en comparaison avec la rigidité outrancière du milieu dans lequel il évolue. Les scènes avec sa préceptrice française sont risibles sans que les personnages en soient ridicules.
La seconde moitié du film, sur le ton de la comédie, est empreinte d’une nostalgie qui donne tout son sens au film et lui donne une autre dimension. Alors bien sûr il faut bien être conscient que Le ciel peut attendre peut sacrément être interprété de toute autre manière. On peut pourtant aussi avoir la naïveté de croire en la sincérité d'Ernst Lubitsch et de son personnage principal (qui en est effectivement sans aucun doute l'alter ego) : la misogynie du film n'est pas choquante ici. Il ne faut pas oublier que nous sommes en 1943 (autre temps, autre mœurs), et que même si des figures comme Katharine Hepburn ont bien eu raison d'émerger, et de bien belle façon, l'image de la femme à cette époque n'est que, certes, trop rarement mise en avant.

Il est donc un peu facile de faire un procès d'intention a posteriori. Et on peut considérer que dans le film, Martha a un aussi beau rôle, sinon plus beau, qu'Henry. Certes elle est méchamment trompée, mais elle sait à chaque fois ramener son coquin de mari par son charme et sa personnalité, et son amour (voir son adoration) pour son mari en fait que la rendre plus belle. Côté casting, le jeu des acteurs du Ciel peut attendre est tout en finesse ; Don Ameche trouve là un de ces meilleurs rôles, évoluant avec son personnage à travers le temps et montrant toute une palette d’émotions.
Quant à Gene Tierney, la future inoubliable Laura d’Otto Preminger, elle est belle à se damner et elle sait trouver le on ton, la bonne posture, toujours de façon impeccable. C’est un régal de voir ces deux là jouer le jeu de la séduction et s’aimer malgré tout ce qui leur arrive. On décèle bien sûr derrière la comédie une critique acerbe, à la fois des arrogants pédants de la haute société américaine, et des arrivistes sans éducation de cette fameuse « middle class ». Et puis comment résister à un film comme Le ciel peut attendre, qui nous dit en substance : la vie est trop courte, soyons désinvoltes et profitons en…
Ma note : ****

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