
Fiche technique
Film français
Date de sortie : 14 mars 2012
Genre : meurtre sordide
Durée : 1h44
Scénario : Lucas Belvaux, d’après l’œuvre de Didier Decoin
Image : Pierric Gantelmi D’Ille
Musique : Arne Van Dongen
Avec Yvan Attal (Pierre Morvand), Sophie Quinton (Louise Morvand), François Feroleto (Le capitaine Léonard), Nicole Garcia (Sylvie Loriot), Didier Sandre (Le procureur Lacourt), Natacha Régnier (Anne)…
Synopsis : Alors qu’elle rentre d’un voyage professionnel en Chine, Louise découvre que sa rue a été le théâtre d’un crime. Aucun témoin, tout le monde dormait. Paraît-il. Pierre, son mari, travaillait. Il était en mer. Paraît-il. La police en quête, la presse aussi. Jusqu’à cette nuit où Louise rêve.
Mon avis : La lâcheté des hommes et la solitude des villes
Le projet de 38 témoins a de la gueule parce que son matériau de base est intéressant. Il s’agit en l’occurrence du roman de Didier Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ? Magnifique titre inspiré par la chanson de Léo Ferré, elle-même extraite d’un poème de Louis Aragon. Mais le livre de Decoin est surtout inspiré d’un fait divers américain des années 1960, où une femme nommée Kitty Genovese est assassinée sauvagement durant trente minutes sans qu’aucun des habitants proches ne réagisse ni n‘appelle la police. L’histoire est tout à fait passionnante, et Lucas Belvaux l’adapte à sa sauce, ancrant les personnages au Havre et modifiant singulièrement certains éléments.

Au petit matin, Louise Morvand rentre d’un voyage d’affaire en Chine. Elle voit dans la rue où elle habite de nombreux badauds ainsi que des policiers : une femme a été assassinée dans la nuit. Très vite, tout le quartier ne parle que de ça, et les enquêteurs viennent interroger tous les habitants de l’immeuble de Louise. Aucun d’entre eux n’a vu ni entendu quoi que ce soit, et Louise ne peut pas apporter plus de réponses à ses interrogateurs. Elle garde cependant la carte de l’un d’entre eux, qui lui demande de la transmettre à son mari, qui était peut-être chez lui au moment des faits. Une journaliste est également dépêchée sur place pour prendre des photos et écrire un article sur l’événement local.
Nous avons dans 38 témoins deux films, l’un policier l’autre psychologique. Nous suivons l’enquête se dérouler peu à peu, à son rythme, avec l’interrogation des témoins potentiels, les revirements de situation, la reconstitution des faits… et tout cela est passionnant. La scène de reconstitution est en particulier terrifiante et apporte au film un climax qui nous glace les sangs. C’est ainsi en collant à l’intrigue du roman que Lucas Belvaux se montre le plus convaincant.

Il se penche ainsi plus particulièrement un fait divers comme il y en a tant d’autres qui paraissent tous les jours anodins et qui ici prend toute son ampleur. Il interroge également une société individualiste où chacun vit pour soi, où la solidarité se délite dans des espaces confinés que représentent les villes contemporaines. Mais 38 témoins, c’est également l’histoire d’un couple au cœur de ces évènements tragiques. Nous suivons les journées de deux personnes en particulier, l’une étant présente durant les faits, l’autre non.
L’impact de ce qui s’est passé cette nuit là sera si fort que leur couple sera fragilisé, et chacun des deux personnages va être dévasté par l’angoisse, le remords et le doute. Cette analyse psychologique arrive malheureusement comme un cheveu sur la soupe de la narration, et freine l’intérêt que l’on peut porter au récit autant qu’elle alourdit son message. Les acteurs et les actrices peinent à nous convaincre de leurs personnages et de la portée de leurs états d’âme, que l’on peut juger dérisoires par rapport à l’enjeu véritable du film. Car lorsqu’il s’intéresse à ce fait divers fascinant, 38 témoins est tout à fait efficace ; il ne le fait malheureusement pas assez.
Ma note : *

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