
Fiche technique
Film italien
Date de sortie : 7 septembre 2011
Genre : crise existentielle
Durée : 1h43
Scénario : Franceso Piccolo et Federica Pontremoli
Image : Alessandro Pesci
Musique : Franco Piersanti
Avec Michel Piccoli (Le Pape), Nanni Moretti (Le psychanalyste), Jerzy Stuhr (Le porte-parole), Renato Scarpa (Cardinal Gregori), Franco Graziosi (Cardianl Bollati), Margherita Buy (La psychanalyste)…
Synopsis : Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s’élève la fumée blanche. Enfin, un cardinal est élu ! Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité.
Mon avis : Crise de foi et doutes salutaires
En voyant Habemus Papam, une blague d‘enfance peut surgir : « Le Pape est mort : un nouveau Pape est appelé à régner. Araignée, quel drôle de nom pour un Pape, pourquoi pas libellule ou papillon ? ». Eh oui, pourquoi pas d’ailleurs : le souverain pontife est un être humain, et il peut sembler tout à fait légitime de sa part de ne pas vouloir s’assigner au rôle que tous voudraient lui faire porter. C’est sur ce postulat que Nanni Moretti est parti pour développer son film, qui se veut non pas une féroce critique de l’institution vaticane mais plutôt une parabole sur l’humanité, tout en restant une comédie absolument savoureuse.

Une foule se masse sur la place Saint-Pierre du Vatican : le Pape vient tout juste de mourir. Ses obsèques à peine terminées, une centaine de cardinaux venus du monde entier partent se réunir en Conclave dans la Chapelle Sixtine pour élire son successeur. De nombreux journalistes sont là pour immortaliser l’évènement, et l’un d’entre eux tente d’apostropher les cardinaux pour leur soutirer des informations. C’est peine perdue : le porte-parole du Vatican s’interpose et signifie au journaliste qu’ils sont tous tenus au silence. Le lieu sacré ne pourra pas être filmé, même en plan large. Les cardinaux se réunissent ensemble et commencent à voter en leur âme et conscience pour désigner le futur guide de la religion catholique.
Un humour dévastateur emplit la première partie d‘Habemus Papam. De nombreux gags ponctuent l’élection, dont une panne de courant tout à fait délicieuse et cette idée géniale de nous montrer chacun des cardinaux terrifié à l’idée d’être potentiellement choisi par ses comparses. Puis Nanni Moretti nous offre une très bonne idée de scénario : faire entrer au Vatican un psychanalyste, ennemi désigné de la religion, et laisser sortir ce futur Pape encore inconnu pour le faire évoluer dans un environnement extérieur qu’il ne maîtrise plus depuis fort longtemps.

On est ainsi balloté entre un confinement sacré, que le réalisateur détourne à des fins humoristiques (les scènes du tournoi de volley-ball sont charmantes), et la ville de Rome montrée sous le regard ébloui d’un jeune premier plus tout à fait pimpant mais débordant d‘envies. Et c‘est là qu‘Habemus Papam révèle sa symbolique. Le vieil homme absolument terrifié à l’idée d’endosser une charge si lourde se rend tout d’un coup compte de ce dont il est passé à côté, et retrouve les désirs qui ont baigné sa jeunesse.
Le film pourrait ainsi prendre pour personnage principal n’importe quel homme de puissance soudain accablé par son statut. L’interprétation de Michel Piccoli est ici absolument prodigieuse, l’acteur de 85 ans se montrant profondément humain, pétrifié de peur au début puis mutin quand il redécouvre les joies du théâtre qu’il a tant aimé. Le film de Nanni Moretti ne manque pas d’égratigner les rituels catholiques ou les pratiques de la psychanalyse, sans toutefois se montrer virulent envers l’une ou envers l’autre. Habemus Papam est ainsi drôle et subtil, jamais méchant mais débordant de vie, paradoxalement.
Ma note : ****

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