
Fiche technique
Film français
Date de sortie : 4 juillet 2012
Genre : méta cinéma
Durée : 1h55
Scénario : Leos Carax
Photographie : Yves Cape et Caroline Champetier
Avec Denis Lavant (Monsieur Oscar), Edith Scob (Céline), Michel Piccoli (L'Homme à la tâche de vin), Eva Mendes (Kay M.), Leos Carax (The Dreamer), Kylie Minogue (Jean)…
Synopsis : De l'aube à la nuit, quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille... M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier - mais où sont les caméras ? (allocine)
Mon avis : Vous n’avez encore rien vu
Faire rentrer Holy Motors dans la catégorie du méta cinéma serait réducteur, tant le film brasse de genres différents. Reste qu’au vu de la séquence initiale, qui en déroutera plus d’un, on peut considérer qu’il fait partie de ses films qui réfléchissent sur le cinéma, en tant qu’art et en tant que médium. Mais ce serait trop intellectualiser un film qui se vit comme une expérience unique. On sent chez Leos Carax, qui n’avait pas réalisé de long-métrage depuis plus de dix ans, une envie de filmer, une vitalité, l’urgence qui caractérisait déjà ses autres films. Son projet est à la fois ambitieux et modeste : il englobe dans un maelström flamboyant tous les cinémas mais ceci avec une économie de moyens dictée par la production. Ce qui donne un résultat détonnant.

Des spectateurs regardent un film dans une salle de cinéma ; ils ont tous les yeux fermés. À côté, un homme se réveille dans sa chambre d'hôtel qui donne sur un aéroport. Il se dirige vers le mur et avec un doigt articulé actionne un bouton. Il découvre une porte dérobée et se retrouve au balcon de la salle de cinéma, regardant les spectateurs. Nous rentrons dans l'écran et nous trouvons projetés dans le film, où un homme sort de sa maison pour se diriger vers une limousine conduite par une femme, Céline. Celle-ci lui donne le planning de la journée et notre homme d'affaire est interrompu dans sa lecture par coup de téléphone professionnel.
On trouve tout dans Holy Motors. Œuvre ultime, le film mélange de nombreux genres et multiplie les références cinématographiques. Libéré de tout formalisme, Leos Carax construit une mise en scène décomplexée qui le fait côtoyer tous les univers. De la comédie musicale au film de gangsters, en passant par le film d'auteur à la française, Holy Motors nous fait voyager au gré des pérégrinations de son personnage. Audacieux et follement jouissif, le film perdra sans doute quelques spectateurs en chemin.

Mais ceux qui se laisseront entraîner dans cette danse hypnotique en auront pour leur argent : on n’a pas tous les jours l’occasion de vivre une expérience artistique telle que nous propose ici Leos Carax. En outre, de nombreux fantômes peuplent Holy Motors. On y croise au détour d’une scène Georges Franju, King Vidor ou bien Charlie Chaplin, et même les vestiges du cinéma de Carax (magnifique séquence tournée dans les ruines de la Samaritaine). Nombreuses sont les références assumées, de Jorge Luis Borges à Franz Kafka.
Et pourtant Holy Motors est furieusement moderne, pleine de vie, revigorant. La performance de Denis Lavant est absolument phénoménale, il se glisse d’un rôle à l’autre avec une aisance confondante. La présence d’Edith Scob, grande actrice à qui l’on ne propose malheureusement pas assez de rôle conséquents, est tour à tour drôle et émouvante. Le film nous dit beaucoup de chose sur l’artiste et sur le monde actuel, il nous fait à la fois voyager et réfléchir, mais sans prise de tête. Il faut se laisser emporter par les images, voyager, lâcher prise : c’est aussi ça, la cinéma.
Ma note : ****
Voir l'avis également enthousiasmé de Mymp

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