
Fiche technique
Film français
Date de sortie : 21 septembre 2011
Genre : enfer au quotidien
Durée : 2h02
Scénario : Bertrand Bonello
Image : Josée Deshaies
Musique : Bertrand Bonello
Avec Hafsia Herzi (Samira), Noémie Lvovsky (Marie-France), Céline Salette (Clotilde), Jasmine Trinca (Julie), Adèle Haenel (Léa), Alice Barnole (Madeleine), Iliana Zabeth (Pauline)…
Synopsis : À l'aube du XXe siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d'une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs... Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close. (allocine)
Mon avis : Voyage au bout de l’enfer
Sobrement sous-titré Souvenirs de la maison close, L‘apollonide ne se contente pas de retranscrire une banale chronique des maisons de passe du temps jadis. Les voyeurs en auront d’ailleurs pour leur grade : loin de l’esthétique d’un porno chic le film montre des scènes de sexe dures et aucunement séduisantes. Si Bertrand Bonello admet sa fascination envers les prostituées, ce sont plutôt des portraits de femmes qu’il nous brosse. Le réalisateur connait le pouvoir de l’image, et l’intense malaise qui nous prend à la sortie de la projection prouve combien sa mise en scène arrive à ses fins. L’apollonide est un film dérangeant avant tout par ce qu’il raconte mais sa forme n’y est pas étrangère.

Dans un bordel parisien de la fin du XIXe siècle, un groupe de prostituées s’apprêtent à accueillir leurs clients d’un soir. Coachées par la mère maquerelle, Marie-France, elles s’habillent, se maquillent et se parfument pour paraître le plus attirantes possible. Madeleine attend avec un mélange d’appréhension et d’excitation la venue d’un de ses clients réguliers. Elle a rêvé de lui récemment, un étrange cauchemar qui la hante encore et qu’elle aimerait lui raconter. Elle aimerait surtout se faire racheter ses dettes par lui, et devenir enfin libre. Quand il arrive elle monte avec lui dans une chambre et se confie. Indifférent et mutique, il lui demande alors une faveur : il aimerait l’attacher pour lui faire l’amour.
Il ne faut pas se fier à son atmosphère ouatée, L’apollonide est un film dérangeant. Sa mise en scène est assez statique et les quelques mouvements de caméra sont fluides. Les plans sont extrêmement travaillés, chacun comme un tableau d’époque. Les décors et les costumes sont de qualité, la musique pop pourrait parfois dénoter mais reste paradoxalement dans le ton général du film. Une impression de douceur pourrait se dégager d’un tel décorum, que nenni et même bien au contraire.

C’est là le talent de Bertrand Bonello que d’inscrire son film dans un cadre figé pour mettre en valeur les carcans de la société d’alors. Et son propos va d’ailleurs au-delà d’une certaine temporalité, comme le montre ce final furtif où l’on peut constater que rien n’a changé en plus de cent ans, en tout cas pour certaines. Car la force de L‘apollonide tient principalement dans son discours, féministe et sans concessions. Les hommes ne sont présents que de façon anecdotique, et toujours ils représentent le danger, le vice, le mal. À côté se dressent des femmes libres malgré leur captivité, qui s’entraident dans leurs malheurs du quotidien et se soutiennent en cas de coup durs.
Schéma caricatural, peut-être un peu mais pas tant que ça : les filles de joie n’ont que la tristesse pour seule compagnie. À l’image d’une Vénus noire qui s’acharnait, plan après plan, à nous montrer la déchéance de celle qu’on montre comme un animal de foire, le film répète inlassablement les scènes du quotidien. Le labeur continue coûte que coûte, pour ces femmes montrées tantôt comme des Freaks tantôt comme des pantins. Et l’on doit rire en sus, et faire semblant d’être heureuse quand tout ce que l’on souhaite c’est de rester seule et de pleurer. Porté par un casting qui se tient parfaitement, L’apollonide est un film qui ne laisse certainement pas indifférent.
Ma note : ***

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