
Fiche technique
Film français
Date de sortie : 23 novembre 2011
Genre : dissertation pompeuse
Durée : 1h25
Scénario : Emmanuel Mouret
Image : Laurent Desmet
Musique : Frédéric Norel
Avec François Cluzet (Achille), Julie Depardieu (Isabelle), Laurent Stocker (Boris), Frédérique Bel (La voisine d‘Achille), Louis-Do de Lencquensaing (Ludovic), Judith Godrèche (Amélie)
Synopsis : Au moment où l’on devient amoureux, à cet instant précis, il se produit en nous une musique particulière. Elle est pour chacun différente et peut survenir à des moments inattendus... (allocine)
Mon avis : C’est quoi l’amour ? Pas ça en tout cas
Ce qui est bien avec L‘art d‘aimer c‘est qu‘on navigue en terrain connu. Pas de fausse surprise pour les spectateurs, qui verront du Emmanuel Mouret pur jus. En même temps au vu de ses précédents films ce n’est paraît-il pas étonnant. Ceux et celles qui n'ont vu que Changement d’adresse ont entendu dire que tous ses autres films surfent sur la même vague. À savoir une histoire gentiment drôle qui parle vaguement des relations amoureuses entre parisiens sans soucis d’argent. Qu’on y ajoute quelques acteurs fétiches comme Frédérique Bel (qu’il est quasiment le seul à faire tourner) ou Judith Godrèche, dont la théâtralité du jeu n’a d’égal que sa moue boudeuse. Une phrase qui ne veut rien dire mais qui sonne bien : tout le contraire du film, qui est censé vouloir dire quelque chose mais qui sonne faux.

Professeur de piano, Laurent aimerait beaucoup entendre cette petite musique qui résonne aux oreilles des amoureux. Seulement il a beau essayer, il n’arrive jamais à éprouver de sentiments pour les filles avec qui il sort. Pas de bol pour lui : on lui diagnostique une maladie incurable et il disparait définitivement du film. Cap sur Isabelle, qui raconte à sa meilleure amie Zoé qu’elle n’a pas couché avec un homme depuis un an. Réaction étonnée de son amie, qui se demande comment elle fait, lui dit qu’elle devrait en profiter maintenant ou jamais et lui conseille de coucher avec ses amis. Pas de bol pour elle : Isabelle n’a que des amis en couple, y compris le mec de Zoé. Qu’à cela ne tienne, celle-ci lui fait comprendre à demi mot qu’elle serait prête à lui prêter son homme si ça peut lui faire du bien. Ben tiens…
Thèse, antithèse, synthèse : L‘art d‘aimer pourrait avoir une bonne note en dissertation. On commence avec la magnifique symphonie numéro 3 de Johannes Brahms pour finir également avec elle. Les courtes histoires s’enchaînent les unes aux autres, précédées d’une phrase d’accroche. Elles nous sont racontées par un narrateur qui s’escrime à sur-expliquer l’introduction, le développement puis la conclusion de chacun des segments. C’est bien, élève Emmanuel Mouret, joli travail, vous aurez une gommette à la fin du cours.

Mais tout ceci ne fait pas un film Il y a les ingrédients : une pincée d’humour, une dose de bons acteurs, quelques histoires originales. Seulement aucun liant ne fait monter la sauce, et ce n’est pas un manque de volonté, tant les personnages se croisent et se décroisent artificiellement. Essayons un autre angle : que nous raconte L‘art d‘aimer ? Est-ce un traité sur les diverses formes d‘amour, de désir, sur la fidélité, sur le couple ? En tout cas ça en a tout l‘air. Le problème c’est que tout ça est totalement désincarné.
Aucune émotion n’affleure le spectateur, quelques rires fusent mais on n’éprouve pas la passion des personnages, le fluide qui est censé se dégager entre eux. C’est tout de même un peu problématique pour un film censé évoquer des sentiments forts. D’une abstraction totale, L‘art d‘aimer étudie comme un scientifique ces personnages centrés sur eux-mêmes, ne sachant pas sur quel bien danser. La caméra est-elle complice ou distante, le regard est-il moqueur ou affectueux, on ne sait pas vraiment en fait. Exercice vain et minuscule, le film ne vaut finalement pas la détour : passons notre chemin.
Ma note : °

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