
Fiche technique
Film français
Date de sortie : 13 novembre 2013
Durée : 1h33
Genre : manipulations mutuelles
Scénario : Roman Polanski, d'après l’œuvre de David Ives
Image : Pawel Edelman
Musique : Alexandre Desplat
Avec Mathieu Amalric (Thomas Novatschek) et Emmanuelle Seigner (Vanda Von Dunajev)
Résumé: Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. (allocine)
Mon avis: fais moi mal, Johnny Johnny Johnny
Avec La vénus à la fourrure, c'est pour la deuxième fois de suite après Carnage une pièce de théâtre que Roman Polanski adapte. Et la où les jeux de miroirs commence déjà, c'est que cette pièce était elle-même inspirée d'un roman du dix-neuvième siècle écrit par Leopold von Sacher-Masoch. Et ce qui est amusant, c'est que ce roman avait une portée autobiographique non dissimulée par son auteur, qui vécut plusieurs histoires sentimentales teintées de dominations. Le psychiatre Richard von Krafft-Ebing, un contemporain de Sigmund Freud, fut d'ailleurs le premier à utiliser le terme de masochisme, en référence à l'auteur, bien malgré celui-ci. Mais ne nous éloignons pas trop du sujet, quoique : avec ses jeux de miroirs, Polanski s'inscrit dans un processus narratif qui force à chercher plus loin les petites comparaisons ludiques.

Un soir d'orage, Vanda Von Dunajev, une actrice, entre dans un théâtre. Elle y trouve Thomas Novatschek, metteur en scène qui vient de faire passer des auditions pour sa pièce. Elle prétend être inscrite aux auditions mais a été retardée. Il ne la voit pas sur la liste, est énervé par sa vulgarité mais cède à son insistance. Il commence à lui donner la réplique et soudain se rend compte que Vanda maîtrise parfaitement le texte qu'il a écrit. Pour la première fois de la journée, Thomas observe l'incarnation parfaite de son personnage. Vanda se permet même de lui donner des conseils de mise en scène, qui s'avèrent tous excellents. Des liens se tissent peu à peu entre cet homme et cette femme qui s'attirent et se repoussent tour à tour, à tel point que le metteur en scène et l'actrice fusionnent avec le texte qu'ils récitent.
Devant La vénus à la fourrure, on observe le processus d'incarnation théâtrale se dérouler progressivement. Tour à tour, non seulement le metteur en scène et l'actrice se mettent à prendre leurs rôles respectifs, mais ils deviennent ainsi également les personnages d'une fiction qui ressemble de plus en plus à la réalité. Il semble que Roman Polanski a complètement digéré la pièce de Leopold von Sacher-Masoch et qu'il joue, tel un chat avec ses souris. Il revêt ainsi le costume du pervers, un brin narcissique.

Il utilise ainsi ses créatures, que ce soit la pièce, les personnages ou les acteurs, comme des objets qu'il moule selon ses désirs, pourquoi pas à son image. Voir ainsi Mathieu Amalric prendre les traits du réalisateur, il faut dire que la ressemblance entre les deux frappe beaucoup, en particulier à la fin du film, est un plaisir de spectateur. C'est donc un schéma théorique qui structure La vénus à la fourrure, mais ce processus n'exclut pas l'aspect charnel. On ressent petit à petit la fascination qu'exerce Vanda sur Thomas dans ce jeu biaisé, puisqu'il apparaît qu'elle en sait beaucoup plus qu'il ne le croit.
Une sensualité se dégage ainsi des corps qui se frôlent et s'attirent, puis se repoussent tout d'un coup et le cérébral reprend le dessus, révélant alors l'artifice du projet. À cela s'ajoutent des dialogues parfois maladroits, où Vanda - Emmanuelle Seigner ne peut s'empêcher d'analyser ce qui nous apparaît à l'écran, annihilant le charme qui s'était installé l'instant d'avant. La vénus à la fourrure se poursuit ainsi bringuebalant, et l'on hésite entre s'extasier devant deux interprètes qui portent à bras le corps leurs personnages et être déçu par un scénario un peu trop surligné.
Ma note : ***

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