
Fiche technique
Roman français
Date de parution : 1er août 2004
Genre : générations sacrifiées
247 pages
Édité chez Actes sud
Synopsis : Les Scorta vivent pauvrement à Montepuccio, un petit village d'Italie du sud. Leur lignée est fondée sur un viol, donc née dans l'opprobre, mais ils ont fait vœu de se transmettre de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. (evene)
Mon avis : La vie est dure mais le quotidien la transcende
À trente ans, Laurent Gaudé publiait son premier roman, La mort du roi Tsongor, un très beau récit d’aventure qui lui valut le prix Goncourt des lycéens. En 2004, c’est avec son deuxième roman, Le soleil des Scorta, qu’il va obtenir cette fois-ci le prix Goncourt tout court. Marié à une femme d’origine italienne, ses nombreux voyages dans le sud de la péninsule lui ont inspiré ce récit ancré dans ces terres arides où le soleil brûle la peau. C’est avec un style épuré qu’il nous fait voyager et nous emporte dans cette saga familiale passionnante et pourtant très simple.
En cette journée suffocante du mois d‘août, Luciano Mascalzone est de retour à Montepuccio, dans ce village des Pouilles où il a grandit. Ce bandit des grands chemins n’a plus qu’une chose à faire avant de mourir : revoir une dernière fois Filomena, son grand amour éconduit. Mais un malentendu le pousse dans les bras de sa sœur, la vierge Immacolata. Il sait que les habitants du village ne lui pardonneront pas cet affront, et le tueront. Immacolata non plus ne s’en remettra pas. Mais un fils naîtra de cette union : Rocco Scorta Mascalzone grandira auprès de pêcheurs et plus tard sèmera la terreur dans toute la région. Il aura trois enfants avec La muette, qui eux aussi devront vivre avec ce poids de l’hérédité.
On voyage énormément dans Le soleil des Scorta. Laurent Gaudé réussit de façon magnifique à nous dépeindre les terres brulées qui constituent la région du récit. On arrive à sentir l’odeur des oliviers, à souffrir de la sécheresse et on éprouve une immense empathie envers les personnages du roman. Toutes les générations qui se succèdent ont cette fierté des gens de peu, ce défi dans le regard qui n’est pas de l’arrogance mais la dignité de ceux qui savent d’où ils viennent. L’héritage douloureux qu’ils véhiculent malgré eux, ils vont s’en servir comme une force pour avancer, et se construire un nom. C’est par le travail au quotidien, le labeur des petites gens, la sueur et les bras qu’ils vont pouvoir s’en sortir, la tête haute et le cœur au chaud.

Ils sont tous vibrants, ces personnages sensuels et forts ; ils se raccrochent à la vie, sachant bien que la plus grande force qu’ils possèdent c’est eux. Avec une grande simplicité, Laurent Gaudé nous décrit des êtres soudés, pour qui la famille est primordiale et sacrée. On ne possède pas le nom des Scorta, on le mérite, et les quelques rejetons qui tentent de l’écorner le regretteront amèrement. Le soleil des Scorta, c’est toute l’Italie du sud, ces petits villages et ses habitants rugueux mais solidaires. C’est aussi une habile réflexion sur la vie et ce qu’on doit transmettre aux générations successives. Le temps passe, les hommes vieillissent mais l’histoire que l’on se raconte nous forge une identité. Tout ce folklore, cet art de vivre à l’ancienne, ces cérémonies désuètes et pourtant primordiales nous sont parfaitement imagées par un Laurent Gaudé en grande forme qui signe là un très joli roman.
Ma note : ***

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