
Fiche technique
Film français
Date de sortie : 21 mars 2012
Genre : fin de règne
Durée : 1h40
Scénario : Gilles Taurand, d’après l’œuvre de Chantal Thomas
Image : Romain Winding
Musique : Bruno Coulais
Avec Léa Seydoux (Sidonie Laborde), Diane Kruger (Marie-Antoinette), Virginie Ledoyen (Gabrielle de Polignac), Xavier Beauvois (Louis XVI ), Noémie Lvovsky (Mme Campan), Michel Robin (Jacob Nicolas Moreau)…
Synopsis : En 1789, à l’aube de la Révolution, Versailles continue de vivre dans l’insouciance, loin du tumulte qui gronde à Paris. Quand la nouvelle de la prise de la Bastille arrive à la Cour, le château se vide, nobles et serviteurs s’enfuient… Mais Sidonie Laborde, jeune lectrice entièrement dévouée à la Reine, ne veut pas croire les bruits qu’elle entend. (allocine)
Mon avis : Intrigues de cour sur fond de révolution française
Du roman de l’universitaire Chantal Thomas, Les adieux à la reine, Benoît Jacquot élabore une fiction qui s’éloigne à la fois de l’œuvre littéraire et de la réalité historique. Ce qui l’intéresse dans cette histoire c’est de raconter une fin de règne. Non seulement celui de Louis XVI et de Marie Antoinette, mais surtout la fin de l’Ancien Régime. Resserré en quatre jours et débutant le 14 juillet 1789, c’est un des points fascinants du film. Car il nous fait voir les évènements de la Révolution Française non pas du point de vue des insurgés, mais du point de vue de la cour de Versailles. C’est tout un univers qui nous est dépeint, avec ces petites histoires qui se mêlent à la grande Histoire.
En retard, Sidonie se réveille à la hâte et se prépare pour aller rejoindre la reine. Lectrice de Marie-Antoinette, elle prend soin de s’apprêter et toque à la porte de ses amies pour leur emprunter un ultime accessoire de maquillage. Courant jusqu’au Petit Trianon, elle chute forcément et se retrouve crottée, ce qui ne manque pas d’agacer Mme Campan, la première femme de chambre de la reine. Celle-ci est toutefois ravie de retrouver sa lectrice et lui demande ce qu’elle a prévu comme lecture pour la matinée. Sidonie, sur les conseils de Mme Campan, lui propose une oraison funèbre de Bossuet mais Marie-Antoinette désire quelque chose de plus léger pour aujourd’hui : elle est un peu d’humeur maussade.
Un sentiment d’urgence se dégage des Adieux à la reine. Les personnages courent beaucoup, tombent, parlent vite. On se prépare à la dernière minute, qui pour un rendez-vous avec la reine, qui pour un départ précipité. Et pour cause : les temps changent, les nouvelles qui arrivent au compte-gouttes ne sont pas très bonnes pour la classe qui nous est dépeinte. Ce bouillonnement est admirablement retranscrit par la mise en scène de Benoît Jacquot : caméra au poing, il nous fait suivre les déambulations de cette lectrice, qui croise au passage nombre de personnages hauts en couleurs. Les travelings et les plans séquence s’enchaînent rapidement, et pourtant on a le temps de ressentir cette atmosphère à la fois décatie et sensuelle.
Car c’est également de ça que nous parle Les adieux à la reine : la sensualité, le désir, l’envie. Le tourbillon d’émotions qui étreint Sidonie quand elle pense à la reine (jamais explicité, toujours évoqué) est mis en perspective avec le trouble ressenti par Marie-Antoinette à l’évocation de Gabrielle de Polignac. Les relations entre ces dernières ne sont d’ailleurs également jamais explicitées, toujours sous-entendues ; rien de véridique dans cette métaphore mais tellement de rumeurs nourries de jalousie ont couru sur la duchesse… Un personnage par ailleurs très bien campé par une Virginie Ledoyen altière, qui rejoint un casting impeccable avec un nombre impressionnant de sociétaires de la Comédie Française. Un film très soigné, tant dans sa mise en scène que dans ses décors ou ses costumes, une très jolie réussite sur le fond comme sur la forme.
Ma note : ****

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