
Fiche technique
Film italien
Titre original : Morte a Venezia
Durée : 2h11
Genre : désir contrarié
Scénario : Nicola Badalucco, d'après l’œuvre de Thomas Mann
Image : Pasqualino De Santis
Musique : Ruggero Mastroianni
Avec Dirk Bogarde (Gustav Von Aschenbach), Silvana Mangano (La mère de Tadzio), Björn Andresen (Tadzio), Marisa Berenson (Mme Von Aschenbach), Romolo Valli (Le directeur de l'hôtel), Carole André (Esmeralda)...
Résumé : un compositeur vieillissant vient chercher à Venise une atmosphère propice à l'épanouissement de son art. N'y trouvant aucune inspiration, sa passion se réveille à la vue d'un jeune adolescent. (allocine)
Mon avis : beauté juvénile et passion interdite
Depuis pratiquement trente ans Luchino Visconti règne avec quelques-uns de ses compatriotes sur le cinéma transalpin quand sort sur les écrans Mort à Venise. Il prépare ce projet depuis bien longtemps, on peut y voir déjà une trace des recherches du metteur en scène dans une rencontre qu'il fit avec Thomas Mann en 1951. L'auteur germanique lui parla alors des thématiques de son roman, lui disant que par exemple il ne souhaitait pas particulièrement, au départ, parler d'homosexualité mais plutôt évoquer le dernier amour de Johann Wolfgang von Goethe pour une jeune fille de 16 ans. Le réalisateur italien adapte le roman à sa manière, faisant du personnage principal non pas un écrivain mais un compositeur.

Ce simple fait prend tout son sens quand on sait que Thomass Mann était un grand admirateur de Gustav Mahler, mort juste avant son voyage à Venise, que le héros du roman se prénomme Gustav et que le film utilise régulièrement la Cinquième symphonie de Mahler. Sur le bateau qui l'amène à Venise, le compositeur Gustav Von Aschenbach somnole doucement. En vue de leur destination, un homme grimé l'interpelle et l'accueille de façon vulgaire. Le compositeur fait fi de ses remarques désobligeantes et se met en quête d'une gondole pour rejoindre le Lido, où se trouve sa destination, le Grand Hôtel des Bains. Se ravisant, il demande au gondolier de l'amener à la station de bateaux pour prendre un vaporetto mais celui-ci refuse.
Arrivé au Lido, le gondolier s'enfuit avant d'être payé par peur de la police : il n'avait pas de permis. Gustav Von Aschenbach arrive alors à l'hôtel et s'installe dans sa chambre, guidé par le concierge, un homme servile. Il se retrouve enfin seul et se souvient de ses derniers moments en Allemagne, où un malaise cardiaque violent a conduit son médecin à lui conseiller une cure de repos absolu. À première vue, rien ne nous surprend dans le fait que Luchino Visconti fut amené à adapter Mort à Venise. L'aristocrate italien, qui n'a eut de cesse de personnages en fin de règne, ne pouvait que se retrouver dans les écrits du grand romancier allemand de la décadence.

Et son univers flamboyant se marie a priori parfaitement avec la splendeur vénitienne ; or, le réalisateur utilise ce cadre à contre-emploi, ne nous montrant que de rares images de la ville, toutes en décomposition, désertées et en proie à la maladie. En contraste, nous pouvons admirer le décor luxueux du palace dans lequel de riches personnalités profitent de leur villégiature. Mais là encore, Luchino Visconti y instille un goût de déchéance en la personne d'un chanteur édenté au teint cadavérique. Comme le titre l'indique, la mort poursuit inexorablement son ouvrage. L'autre thématique majeure de Mort à Venise, forcément liée à celle-ci, se retrouve dans la confrontation binaire entre une jeunesse resplendissante et la vieillesse, implacable et cruelle, que l'on farde pour vainement la cacher.
Gustav Von Aschenbach se retrouve démuni quand, ne l'attendant plus, il se retrouve face à cet avatar de la beauté pure qu'est ce trop jeune adonis dont il s'éprend malgré lui. Point d’obscénité dans cette relation qui ne sera pas consommée, juste l'ange de la mort, hautain face à un artiste en pleine crise d'inspiration. Par l'intermédiaire d'un dispositif récurrent de zoom, le spectateur se retrouve, dans Mort à Venise, lui aussi dans la position du voyeur devant les courbes de cet objet du désir que l'on ne saurait voir. Pour l'incarner, nous trouvons le jeune et joli Björn Andresen dans un rôle qui va le marquer à vie, tandis que l'excellent Dirk Bogarde poursuit ici sa collaboration fructueuse avec Luchino Visconti, et nous offre une fois de plus un rôle magnifiquement torturé.
Ma note : ****

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