
Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 7 décembre 2011
Genre : addiction au sexe
Durée : 1h39
Scénario : Abi Morgan
Image : Sean Bobbitt
Musique : Harry Escott
Avec Michael Fassbender (Brandon), Carey Mulligan (Sissy), James Badge Dale (Patrick), Nicole Beharie (Marianne), Robert Montano (Le serveur du restaurant), Lucy Walters (La fille du métro)
Synopsis : Le film aborde de manière très frontale la question d'une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa sœur Sissy arrive sans prévenir à New York et s'installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie... (allocine)
Mon avis : La tentative de rédemption d’un accro compulsif
Avec Shame, son deuxième film, Steve McQueen (le réalisateur, pas l’acteur : je sais, on l’a déjà faite celle là) a engagé une nouvelle fois Michael Fassbender, après Hunger. Et bien lui en a pris puisque l’acteur, très en vogue en ce moment, décrocha la coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine lors du dernier Festival de Venise. Il faut dire que sa prestation est ici assez bluffante, tout comme elle l’était pour le premier film du réalisateur. Il fait ici un duo avec la non moins à la mode Carey Mulligan qui pour une fois ne joue pas le rôle du pauvre petite fille sage et bien rangée. Elle qui en seulement quelques films est devenu une des coqueluches du moment réussit à tenir la dragée haute à son partenaire avec un rôle plus complexe qu'il n'y parait.

Golden boy new-yorkais, Brandon est un célibattant. Il enchaîne les conquête et n’est jamais rassasié. Dans le métro, il croise le regard d’une jeune fille qu’il trouve très mignonne et la fixe intensément. Troublée, elle lui sourit en rougissant et s’apprête à descendre. Il la suit dans les couloirs, elle tente de le semer, visiblement gênée. La foule les sépare en haut d’un escalier mais Brandon n’est pas satisfait : il va se finir tout seul dans son appartement. Au bureau également, il s’isole régulièrement pour se masturber dans les toilettes. Pendant ce temps, il ignore sciemment les divers messages que sa sœur lui laisse sur son répondeur. Un soir qu’il rentre du travail, il la trouve prenant sa douche dans son propre appartement : Brandon avait oublié qu’il lui avait laissé les clés au cas où.
C’est un délicat défi que réussit Shame, de parler sexe et de mettre en images sans avoir l’air complaisant. Le porno chic a aujourd’hui envahi nos écran et il aurait été facile que de succomber à cette facilité. Au contraire, Steve McQueen adopte un style quasi documentariste pour nous évoquer cette tranche de vie peu ordinaire. Tout cela en n’omettant aucun détail : durant une bonne partie du film on voit Michael Fassbender totalement nu, et frontalement de surcroit (ce qui nous fait constater que le monsieur a été généreusement doté par Mère Nature).

Quelques scènes de sexe surprennent d'ailleurs par leur crudité sans demeurer vulgairement aguichante. Steve McQueen ne se dérobe donc pas, et réussit à construire autour de cette thématique centrale une ossature solide. Car ce qui importe dans Shame, c’est la trajectoire de cet homme perdu et tourmenté, qui essaye de s’en sortir. On le voit se comporter comme un drogué ou un alcoolique, regardant compulsivement des films pornos et cherchant jusqu’à des pratiques extrêmes pour assouvir ses fantasmes.
Entre temps, il rencontre cette fille qui lui plait sincèrement et qui semble attirée par lui autrement que sexuellement. Grande nouveauté pour lui, et il va se jeter dans cette histoire à corps perdu, sa sœur lui permettant par ailleurs de se rendre compte à quel point sa vie est futile. L’instinct sera-t-il plus fort que la passion, voilà un sujet fort intéressant et fort bien développé. Maniant la caméra avec dextérité, Steve McQueen nous emmène avec Shame donc dans un univers décalé et nous donne envie de suivre une carrière qui démarre sur les chapeaux de roue.
Ma note : ****

Haut de page