
Fiche technique
Film américain
Date de sortie : 4 janvier 2012
Genre : hallucinations prémonitoires
Durée : 2h
Scénario : Jeff Nichols
Image : Adam Stone
Musique : David Wingo
Avec Michael Shannon (Curtis LaForge), Jessica Chastain (Samantha), Ray McKinnon (Kyle), Kathy Baker (Sarah), Robert Longstreet (Jim), Tova Stewart (Hannah)
Synopsis : Curtis LaForge mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d’une tornade l’obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l’incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l’habite.
Mon avis : Tempête dans un crâne sous pression
Au dernier Festival de Cannes, la rumeur enflait autour de Take Shelter, présenté lors de la Semaine de la Critique. Le film y décrocha d’ailleurs le Grand Prix de la Semaine Internationale de la Critique, rehaussé quelques mois plus tard par le Grand Prix du Jury au Festival de Deauville. Tout ça pour un réalisateur qui n’en est qu’à son deuxième film : il y a quatre ans sortait son premier, Shotgun stories. C’est pas si mal, compte tenu du fait que le film ne bénéficie pas d’un casting très bankable. Lors de sa production, Jessica Chastain n’était pas auréolée des éloges qu’on lui fait aujourd’hui, et le nom le plus connu du film était Kathy Baker, excellente actrice de seconds rôles mais qui n’est malheureusement pas très connue.

Employé du BTP, Curtis a une belle épouse et gentille petite fille, malheureusement sourde de naissance. Cette petite famille vit paisiblement dans un village des États-Unis sans histoire. Une nuit Curtis se réveille en sursaut d’un cauchemar violent : une tempête dévastait tout sur son passage, et sous une pluie d’huile il ne pouvait rien faire pour empêcher ça. Peu à peu, ce sont des visions en plein milieu de la journée qu’il se met à avoir. Des oiseaux se forment, très nombreux, dans le ciel, annonciateurs d’une tornade que Curtis est le seul à voir à l’horizon. Se croyant fatigué et malade, il va consulter son médecin de famille, prétextant une grippe. Il lui parle de ces cauchemars récurrents, et de sa crainte de sombrer comme sa mère, internée dans un asile psychiatrique.
La première partie de Take Shelter baigne dans une atmosphère très étrange. Nous vivons avec Curtis les visions qui l’envahissent, ne sachant pas sur quel pied danser. La violence de ces scènes, et leur soudaineté qui s’intègre très habilement au récit les rend encore plus bizarre. On ne comprend pas ce qui arrive à Curtis, et on compatit de le voir tourmenté et complètement démuni. Le contraste entre la vie de famille calme et posée qui s’offre à lui et les visions apocalyptiques qui le submergent et telle qu’on n’est presque pas étonné des décisions farfelues qu’il prend.

Alors que tout son entourage le prend pour un fou, le spectateur se prend d’affection pour le personnage et deviendrait presque convaincu que ses visions sont prophétiques et qu’il agit avec raison. La mise en scène de Take shelter renforce cette empathie. Tout d‘abord distante, la caméra s‘approche de plus en plus du personnage principal, à mesure que ses hallucinations s‘amplifient. Pour l‘un de ses premiers grands rôles, Michael Shannon s‘avère très solide.
D'ailleurs Take shelter est entièrement basé sur ses épaules, et sa carrure impressionnante renforce le trouble que l’on ressent et le sentiment de malaise s’installe progressivement. Nombreuses sont les scènes chocs qui emportent le spectateur dans une atmosphère claustrophobe et angoissante. À l’image des grands réalisateurs de thriller, Jeff Nichols sait instiller une ambiance qui ne faiblit pas, bien que certaines scènes trainent un peu trop en longueur. C’est le seul reproche que l’on peut apporter à un film solide et très bien construit.
Ma note : ***

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