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Tabou (2012) Miguel Gomes

par Neil 4 Décembre 2012, 06:27 Avant-Première

Tabou.jpgFiche technique
Film portugais
Date de sortie : 5 décembre 2012
Titre original : Tabu
Durée : 1h50
Genre : souvenirs d’Afrique
Scénario : Mariano Ricardo
Image : Rui Poças
Avec Teresa Madruga (Pilar), Laura Soveral (Aurora),Henrique Espirito Santo (Ventura), Ana Moreira (Aurora jeune),Isabel Cardoso (Santa), Carloto Costa (Ventura jeune)…


Résumé : A la fin de sa vie, Aurora n'en finit pas de se lamenter auprès de son aimable voisine, de se montrer injuste avec sa femme de ménage noire et de déplorer sa fille qui depuis longtemps ne vient plus la voir à Lisbonne. Quand elle meurt, sa voisine découvre alors le passé de la vieille dame marqué par une immense et merveilleuse tragédie sentimentale au cœur de l'Afrique colonisée d'alors. (arte)

Mon avis : Les souvenirs et les regrets se ramassent à la pelle

Ce n’est sans doute pas ce cher D&D qui va me contredire, les cinéastes portugais ont un sens aigu de la narration. C’est ce que nous démontre Miguel Gomes avec Tabou, son troisième film. Il avait fait parler de lui lors de son premier long-métrage, La gueule que tu mérites puis avec son second, Ce cher mois d’août, notamment présenté à la Quinzaine des réalisateurs. C’est au Festival de Berlin que ce troisième film fut présenté, et il y est sorti bredouille, injustement selon pas mal d’observateurs. Il y glana tout de même en marge du festival le Prix de la critique internationale Fipresci ainsi que le Prix de l’innovation Alfred Bauer. Cette dernière récompense est d’ailleurs amusante, compte tenu de la forme du long-métrage, qui allie élégamment tradition et modernité.

A la fin de l’année, Pilar, une femme à la retraite, partage son temps entre les salles de cinéma et les activités caritatives. Elle vient notamment chercher à l’aéroport une jeune femme polonaise qui arrive à Lisbonne pour participer aux rencontres œcuméniques de Taizé. C’est une de ses amies qui se présente, lui disant qu’elle n’a pas pu venir et qu’elle-même sera hébergée par des amies. Rentrant chez elle, Pilar rencontre  Santa, la dame de compagnie capverdienne de sa voisine, qui lui dit que Mme Aurora, comme elle l’appelle, se trouve encore une fois dans une situation délicate. Pilar se voit contrainte d’aller la chercher dans un casino où Aurora a dépensé tout son argent a ne peut plus rentrer chez elle. Quand Pilar la sermonne, Aurora lui répond qu’elle n’avait pas le choix : c’est un rêve qui l’a guidé dans cet endroit.

La structure de la narration de Tabou est d’un classicisme assez impressionnant. Le film débute par une première partie contemporaine, où l’on suit les déambulations de Pilar, cette femme généreuse qui essaye de faire le bien autour d’elle. Nous assistons captivés à l’évolution du personnage dans cet univers particulier peuplé de figures extravagantes. Puis, alors que notre attention commence à faiblir devant, il faut bien l’avouer, un récit qui n’avance pas de façon spectaculaire, Miguel Gomes clôt ce premier acte et nous offre un tout autre film. Nous changeons totalement de décor et d’époque pour suivre l’aventure humaine d’une femme au fin fond de l’Afrique des années 60. C’est là que l’envoutement opère, nourri par les informations distillées dans la première partie et qui donnent du corps aux personnages et aux intrigues.


On peut le dire, Tabou est un objet cinématographique fascinant, qui attire l’œil par la beauté de ses images en noir et blanc et qui titille l’esprit par la façon dont est construit et raconté le récit. Nous pouvons sentir beaucoup de sources d’inspiration pour ce film, à la fois les classiques américains et le cinéma de Murnau ou bien celui de Mizoguchi. Mais Miguel Gomes appose ici sa propre patte en nous proposant par exemple, dans cette magnifique seconde partie (sans doute artistiquement supérieure à la première), de nous raconter un récit sans aucun dialogues, uniquement en voix off, et avec un jeu délicat sur les sons. Le spectateur est à chaque instant surpris, ne pouvant quasiment jamais prévoir ce qui va se passer d’un plan à l’autre, et la maîtrise du storytelling nous emporte loin, comme peut si bien le faire l'art cinématographique, pour notre plus grand plaisir.

Ma note : ****

commentaires

D&D 30/01/2013 13:17


Salut Neil,


J'ai enfin pu voir le film... et il va falloir que je le revoie, car je t'avoue que je suis partagé. Je trouve que c'est un beau film, je suis très sensible au "jeu délicat sur les sons" de la
seconde partie, mais le dispositif en deux parties, plus tranché que dans Ce cher mois d'Août, ne fonctionne pas totalement pour moi. C'est plus que subjectif, mais je ne retrouve pas la
grâce du précédant long métrage, qui m'avait paru plus profondément aventureux, et d'une cohérence plus organique, moins "savante". Cela dit, je trouve que c'est un des films à voir de 2012, mais
je ne rejoins pas ton enthousiasme (qui fait plaisir à lire !).


Et je ne me lasse pas d'entendre du portugais ;-)

Neil 10/02/2013 23:59



Tu rejoins donc la team des critiques qui ont été plus réticents en voyant le film. Et je peux le comprendre, il faudrait peut-être que je vois un jour Ce cher mois d'août...



dasola 10/12/2012 22:41


Bonsoir Neil, il va falloir que j'aille le voir rien que pour me rendre compte ce qu'est ce film, cela m'intrigue. Bonne soirée.

Neil 12/12/2012 10:28



Bonjour Dasola, oui je te le conseille plus que vivement. Bonne journée.



mymp 05/12/2012 10:20


Déçu, déçu, déçu... Pourquoi avoir gardé cette horrible première partie qui, limite, ne sert à rien ? Mal jouée, ennuyeuse, trop longue, elle n'apporte presque rien par rapport à la deuxième
partie (si ce n'est de présenter les personnages), magique comme tout. Encore un montage de mayonnaise qui a tout de la poudre aux yeux.

Neil 06/12/2012 22:24



Mais nooon, au contraire avec le recul de la première partie la seconde n'en est que plus belle. Ce que l'on a appris de l'avenir du personnage principal nourrit complètement notre réaction face
au récit de ses anciennes années.



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