
Fiche technique
Film américain
Genre : simili-documentaire
Durée : 1h28
Scénario : Peter Watkins
Musique : Paul Motian
Photographie : Joan Churchill et Peter Smokler
Avec Mark Keats (Willaim C. Hoeger), Kent Foreman (Défenseur au tribunal), Carmen Argenziano (Jay Kaufman), Cathrine Quittner (Nancy Smith), Scott Turner (James Arthur Kohler), Mary Ellen Kleinhall (Allison Mitchner)...
Synopsis : Dans une zone désertique du sud de la Californie, un groupe de condamnés est amené, contre la promesse de leur libération, à traverser le désert à pied, sans eau ni nourriture, pour atteindre le drapeau américain sans être capturés par les forces spéciales armées et motorisées lancées à leur poursuite. (allociné)
Mon avis : God blesse America
En 2007, la CIA admettait avoir abusivement mis en détention des opposants à la guerre du Vietnam. Vous le croyez ça ? En tout cas Peter Watkins s’en doutait déjà en 1970 lorsqu’il écrivit le scénario de Punishment Park. Un activiste subversif et contestataire que ce Watkins (une racaille, comme dirait Saint Nicolas… bref) : pacifiste convaincu, il n’a eu de cesse de combattre guerres et autres injustices notoires dans des films tels que Journal d’un soldat inconnu, qui racontait la journée d’un soldat de la première guerre mondiale, ou La bombe (docu-fiction sur la guerre froide).
Il s’attaque en 1970 avec Punishment Park à un texte législatif, le McCarran Act, autorisant le président des États-Unis à mettre en détention toute personne soupçonné de mettre en péril la sécurité du pays. Un texte que Richard Nixon utilisa d’ailleurs durant la guerre du Vietnam. Ici Peter Watkins extrapole cette situation en imaginant un groupe de jeunes dangereux hippies à qui l’on propose de passer une dizaine d’années dans une prison d’État ou bien trois jours à Punishment Park. La plupart choisissent la deuxième alternative, à leurs dépens : il s’agit en fait d’un camp d’entraînement en plein désert où ils auront trois jours pour parcourir 80 kilomètres sans manger ni boire.
Mais que fait la police, me direz-vous ; et bien justement c’est ça le plus drôle : les jeunes délinquants sus-nommés sont poursuivis tout au long du parcours par des forces de l’ordre qui ont le champ libre pour intervenir en cas d’incident, aussi mineur fût-il. Donc inutile de dire que Punishment Park est un film fort, un pavé dans la mare des États-Unis. Le film ne fut d’ailleurs à l'époque projeté que quelques jours avant d’être interdit, et ensuite, jusqu'en 2006, il n'avait jamais été passé sur des écrans américains, même à la télévision. Peter Watkins réussit donc un coup de maître ici, laissant le spectateur dans le doute de savoir ce qui relève de la réalité et de la fiction. Le principe de scénariser le destin des personnages à la manière d’une télé-réalité (un reporter suit, caméra à la main les protagonistes et les interviewe en direct) est prodigieusement efficace (et diablement visionnaire !).
Les acteurs, tous débutants, sont d’une rare sincérité (certains jouaient d’ailleurs pratiquement leur propre rôle). Ils expriment avec la rage du désespoir l’incompréhension de ces jeunes qui ne comprennent pas cette justice expéditrice et à double vitesse qui admet deux poids deux mesures. Parce qu’il faut bien savoir que ces prétendus dangers pour la sécurité nationale sont accusés de délits bien mineurs : écrire des chansons subversives, organiser des sit-in sur des campus et pour la majorité d’entre eux refus d’aller se battre au Vietnam en devenant objecteur de conscience. Pour le pays des droits de l’homme et de la liberté d’expression c’est classe. Quant à vous dire le sort que l’on réserve in fine au groupe de survivants (pour peu qu’il en reste) de ce Koh Lanta trash et de bien mauvais goût, on ne peux qu'enjoindre à visionner cette petite perle du début des années 1970 qu’est Punishment Park.
Ma note : ****

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