
Film américain, britannique
Date de sortie : 7 novembre 2007
Titre original : Eastern promises
Genre : société clandestine
Durée : 1h40
Scénario : Steve Knight
Photographie : Peter Suschitzky
Musique : Howard Shore
Avec Viggo Mortensen (Nikolai Luzhin), Naomi Watts (Anna Khitrova), Vincent Cassel (Kirill), Armin Mueller-Stahl (Semyon), Jerzy Skolimowski (Stepan Khitrov), Sinead Cusack (Helen)...
Synopsis : Bouleversée par la mort d'une jeune fille qu'elle aidait à accoucher, Anna tente de retrouver la famille du nouveau-né en s'aidant du journal intime de la disparue, écrit en russe. En remontant la piste de l'ouvrage qu'elle tente de faire décrypter, la sage-femme rencontre Semyon. Elle ignore que ce paisible propriétaire du luxueux restaurant Trans-Siberian est en fait un redoutable chef de gang et que le document qu'elle possède va lui attirer de sérieux problèmes... (allociné)
Mon avis : C’est tellement bon de (se) faire (du) Mal
On avait quitté David Cronenberg avec un sentiment mitigé sur A history of violence (enfin, surtout moi) : l’exercice de style était certes intéressant mais un peu surfait, avais-je trouvé. Il nous revient deux ans plus tard avec ce Eastern promises (allez savoir pourquoi l’est s’est transformé en ombre à la traduction française) très recommandé par la crème des critiques internationales. Et il y a de quoi (ouf, on a eu peur) : ce second volet réflexif sur la violence selon David mérite en effet que l’on s’y penche.
Tout commence par une première scène choc qui annonce la couleur (je n’en dirai pas plus). Puis l’on suit l’enquête d’Anna, sage-femme d’origine russe, qui tente de retrouver la trace d’une jeune femme morte en couche sous ses yeux, afin de rendre le bébé qui vient de naître à ses proches. Elle ne doute alors pas une seconde de l’univers dangereux dans lequel elle va évoluer.
On ne peut pas trouver plus antinomique que la famille d’Anna et celle de Semyon, pourtant toutes deux russes implantées à Londres. C’est souvent comme ça chez David Cronenberg, la lutte entre le Bien et le Mal est à priori clairement tranchée (ça l’était aussi parfaitement au début de A History of violence). Mais rassurez-vous, rien ne sera aussi manichéen que prévu, et les très belles surprises du scénario nous le prouveront d’admirable manière (on lui pardonnera donc les quelques facilités dont il est malheureusement affublé). En maître d’orchestre virtuose, Conenberg dirige son petit monde parfaitement, et ça leur réussit. Viggo Mortensen est absolument brillant de sobriété, de calme et de maîtrise, faisant évoluer son personnage par petites touches délicates ; Naomi Watts interprète une fois de plus (et de belle manière) le rôle de la douce ingénue qu’on l’a vu jouer dans Mulholland drive, et surtout Armin Mueller-Stahl en impose en patriarche tyrannique et redoutable (je passerai cela dit sur la prestation de Vincent Cassel, qui sur-joue une folasse ridicule, merci pour les clichés).
Et comme d’habitude chez David Cronenberg, au-delà de la mise en scène (brillante), il y a aussi matière à réflexion. Sur l’évolution des sociétés occidentales qui attirent les plus pauvres pour ne leur réserver qu’un destin miteux. Sur l’évolution du lien familial, et de notre rapport aux liens du sang. Sur l’importance des racines dans nos sociétés désincarnées, déshumanisées, où les frontières entre le Bien et le Mal ne sont plus vraiment nettes. Sur l’honneur, sur l’amitié, sur la séduction, sur l’amour même peut-être (quoique ce dernier point soit fugace et légèrement artificiel). Oui, il y a tout ça dans Eastern promises, et même plus encore : on y trouve même Viggo Mortensen nu dans un hammam (allez, ça c’est pour Google).
Ma note : ****

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