Fiche techniqueFilm français
Date de sortie : 27 février 1970
Genre : suspense provincial
Durée : 1h30
Scénario : Claude Chabrol
Musique : Pierre Jansen et Dominique Zardi
Avec Jean Yanne (Paul), Stéphane Audran (Mademoiselle Hélène), Antonio Passalia (Angelo), Roger Rudel (Le commissaire Grumbach), Mario Beccaria (Léon Hamel), William Guerault (Charles)…
Synopsis : dans un village du Périgord, la vie quotidienne des habitants cesse brusquement d'être tranquille. Des femmes sont égorgées. Par qui ? Le boucher, qui a fait les guerres d'Indochine et d'Algérie, semble devenir le suspect numéro un aux yeux de la directrice d'école, qui ressentait pour lui de tendres sentiments. (allocine)
Mon avis : entre ses mains
En 1969 ça fait dix ans déjà que Claude Chabrol a réalisé son premier film, Le beau Serge. S’éloignant de ses inspirations « nouvelle vague » puis d’une tentative commerciale peu convaincante il amorce alors avec Le boucher un tournant dans sa carrière : il commence à partir de là une longue suite de films policiers se déroulant la plupart du temps dans des milieux provinciaux. Avant d’en saisir avec cynisme les mœurs typiquement bourgeoises, il capte ici l’ambiance d’un petit village du Périgord et de ses humbles habitants. C’est aussi l’occasion pour le réalisateur de poursuivre avec Jean Yanne une collaboration fructueuse entamée trois avant auparavant et qui se poursuivra notamment avec Que la bête meure.
La première moitié du Boucher pose l’intrigue d’une manière tout à fait conventionnelle. Lors d’un mariage Paul, le boucher du village, fait la connaissance d’Hélène, institutrice et directrice de l’école locale. Depuis 15 ans il a exercé son métier dans l’armée française, en Indochine et en Algérie. Elle a vécu des années auparavant une histoire d’amour qui l’en a guérie. Ces deux êtres à la sensibilité à fleur de peau commencent à se connaître, à s’apprécier. Soudain on découvre des cadavres de jeunes filles dans la région. Tout le village est en alerte et suit les avancées infructueuses de la police. L’émoi grandit encore lorsque l’institutrice découvre avec ses élèves un autre corps au détour d’une escapade.
Le film possède à la fois une touche classique et un certain caractère d’avant-garde. Son classicisme se retrouve dans sa façon d’amener tranquillement et sans esbroufe l’intrigue policière. Claude Chabrol maîtrise parfaitement son récit et nous décrit un petit village sans prétention et ses habitants modestes. Mais là où Le boucher se démarque c’est dans la liberté de ton qu’il apporte. Effets de l’atmosphère libertaire environnante, le personnage de Stéphane Audran par exemple est une femme émancipée, qui fume dans la rue, dirige une école et n’a pas besoin d’homme dans sa vie. Liberté de ton également dans la description furtive des horreurs de la guerre qui ont visiblement traumatisé Paul plus que son apparente nonchalance ne laisserait à priori présager. Sans s’appesantir aucunement, « Chacha » dresse le portrait de deux personnage un peu marginaux et arrive à nous les rendre profondément attachants.
Et quand petit à petit la tension du Boucher monte on s’en est finalement pas vraiment rendu compte. Ce n’est que par des bribes de dialogues, des situations parfois anodines que l’on réalise la gravité des meurtres qui se sont perpétrés. On peut saluer ici le talent de Pierre Jansen, compositeur attitré de Chabrol depuis Les bonnes femmes, et qui concocte ici une ambiance musicale particulière ajoutant peu à peu, par de petites touches, à l’angoisse générale. Quant aux acteurs, la composition de Jean Yanne est remarquable. Tout en finesse et bien loin des outrances dont il est aussi capable, il incarne un homme taciturne et solitaire, touchant parfois, mais aussi inquiétant. A ses côtés Stéphane Audran réussit à s’imposer et soutient de fort belle manière le personnage principal, laissant petit à petit dévoiler sur son visage cristallin le doute ou la frayeur. Tout ça nous donne un bon petit polar chabrolien somme toute bien ficelé.
Ma note : ****

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