Fiche techniqueFilm américain
Date de sortie : 2 septembre 1992
Genre : huis-clos déjanté
Durée : 1h39
Scénario : Quentin Tarantino et Roger Avary
Avec Harvey Keitel (Mr White), Michael Madsen (Mr Blonde), Tim Roth (Mr Orange), Steve Buscemi (Mr Pink), Chris Penn (Eddie Cabot), Quentin Tarantino (Mr Brown), Edward Bunker (Mr Blue), Lawrence Bender (Le jeune policier)…
Synopsis : après un hold-up manqué, des cambrioleurs de haut vol font leurs comptes dans une confrontation violente, pour découvrir lequel d'entre eux les a trahis. (allocine)
Mon avis : la violente chorégraphie des gangsters déchus
J’aimerais vous parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Tarantino en ce temps là faisait du cinéma et non du marketing. D’ailleurs si la filmographie de Quentin Tarantino était un repas, Reservoir dogs serait une délicieuse mise en bouche, Pulp fiction un plat de résistance copieux, Jackie Brown un dessert savoureux et Kill Bill (Part one) un bon petit digestif. Le reste, jusqu'à Django unchained, est beaucoup trop indigeste à mon goût. Dommage parce qu’avec ce premier film le réalisateur entrait avec son comparse Roger Avary très brillamment dans la cour des grands.
La petite introduction de Reservoir dogs est toute tarantinesque : un groupe de pote est attablé pour manger leur petit déjeuner en discutant à bâtons rompus. Qui a vu cette scène n’écoutera plus jamais Like a virgin de la même façon. Générique. Puis on se retrouve dans une voiture, Mr White est en train de conduire un Mr Orange sanguinolant qui vient de se faire tirer une balle dans le ventre. On apprendra plus tard de quelle façon c’est arrivé. Pour l’heure nos deux compères arrivent dans un hangar vide et désaffecté. C’est là que devaient se rejoindre les six braqueurs si le casse s’étaient bien déroulé. Maintenant ils ne sont plus que quatre. Et si les deux autres n’arrivent pas Mr Orange pourrait bien passer l’arme à gauche.
Puis Reservoir dogs enchaîne sur un « extérieur jour ». Mr Orange gît inconscient sur des marches d’escalier. Un flic est assis sur une chaise, ligoté. Mr Blonde se dirige vers la radio, et quand il l’allume les premières notes de Stuck in the middle with you retentissent dans le hangar. Mr Blonde nous gratifie alors d’une chorégraphie digne de celle d’Uma Thurman sur Girl, you’ll be a woman soon. Il prend alors un rasoir, fait mine de se raser et se dirige vers le flic qui commence à flipper. Après l’avoir bâillonné, il dirige lentement la lame du rasoir vers son oreille. La caméra glisse habilement hors-champ et lorsqu’elle se braque sur Mr Blonde, celui-ci brandit fièrement l’oreille du flic comme un trophée.
Car la mise en scène de Quentin Tarantino est dans Reservoir dogs d’une insolente virtuosité pour un premier long-métrage. Le cinéphage a indubitablement digéré tous les films qui l’ont fait vibrer et si références il y a (la plus flagrante étant Stanley Kubrick à travers L’ultime Razzia), celles ci ne sont pas lourdes comme pourront en être d’autres par la suite. Le scénario est un petit bijou d’ingéniosité, faisant passer le huis-clos imposé comme une lettre à la poste grâce à des flash-back non seulement utiles mais aussi drôles et futiles. Les dialogues frisent la perfection et donnent au film une dose d’humour essentielle et un cachet inimitable. Loin de grever le film comme dans l’horripilant Death proof, ils sont au contraire nécessaires et indispensables à la création de cette ambiance issue de nulle part.
Mais Reservoir dogs ne serait rien ou si peu s’il n’avait pas ce casting de choc dont, comme dans la plupart des films de Quentin Tarantino, peu de long-métrages, fussent-ils de la grande époque d’Hollywood, peuvent se réclamer : Tim Roth est fabuleux en gangster agonisant, Michael Madsen jubilatoire en chien fou qui ne sait pas se maîtriser, Steve Buscemi hilarant en gangster qui flippe sa race malgré lui, et Harvey Keitel, ben c’est la classe ce mec… Sinon what else ? Ah oui, j’oubliais la bande originale, parfaite compilation de standards du rock des années soixante-dix plus ou moins oubliés, élément indispensable qui deviendra l’une des marques de fabrique d’un des réalisateurs les plus géniaux de la dernière décennie du vingtième siècle.
Ma note : ****

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