
Film américain
Date de sortie : 26 septembre 2007
Titre original : The brave one
Genre : vengeance à peine masquée
Durée : 2h02
Scénario : Cynthia Mort, Bruce A. Taylor et Roderick Taylor
Photographie : Philippe Rousselot
Musique : Dario Marianelli
Avec Jodie Foster (Erica Bain), Terrence Howard (Sean Mercer), Naveen Andrews (David Kirmani), Mary Steenburger (Carol), Jane Adams (Nicole), Nicky Katt (Inspecteur Vitale)…
Synopsis : Erica Bain recueille les sons et les histoires vécues qui alimentent son émission radiophonique. Le soir, elle rejoint son fiancé, mais, une nuit, le couple est sauvagement agressé aux abords de Central Park ; Erica, grièvement blessée, a en outre la douleur de perdre son compagnon. Elle se remet lentement de ses blessures, mais non de la perte de David. Pire, la ville qu'elle aimait tant lui inspire désormais une profonde angoisse... (Allociné)
Mon avis : Une justicière dans la ville
Jamais je n’aurais imaginer écrire cela un jour sur ce blog, mais force est de constater que le dernier film de Neil Jordan est une bouse sans nom. Pourtant en voyant le projet se monter on pouvait légitimement avoir des espoirs : un réalisateur de talent qui a montré dans The crying game ou plus récemment Breakfast on Pluto une réelle sensibilité, une des meilleures actrices de sa génération (Jodie Foster pour ne pas la nommer)… ça semblait attirant. La déception est à la hauteur des attentes (enfin des miennes en tout cas) : À vif s’avère être un film racoleur et nauséabond qui se complet dans l’apologie unilatéral de la loi du Talion.
Erica est une chroniqueuse de radio qui se balade un soir dans Central Park avec son fiancé. Ils sont tous deux victimes d’une ignoble agression et lui ne s’en sort pas ; après quelques semaines dans le coma, elle est traumatisée et radicalement changée. Après s’être prostrée des jours dans son appartement, elle achète sur une impulsion une arme à feu et se voit tuer l’un après l’autre deux gangsters qui commettent l’un et l’autre des sales actions. Justice est faite, et elle ne semble pas s’arrêter là…
En fait c’est l’absence totale de point de vue artistique qui me gêne le plus dans À vif. On sent à plein nez le film de commande où Neil Jordan ne montre pas à une seule seconde qu’il maîtrise quoi que ce soit. Déjà, confier à un réalisateur irlandais qui se bonifie en tournant dans son pays natal (et qui ne connaît que si peu New-York) la réalisation d’un film post 11 septembre c’est pas une idée brillante. Alors forcément, on va me rétorquer que l’Amérique est traumatisée par les attentats, que la violence s’aggrave et que l’insécurité n’en finit pas de croître, ma bonne dame. Bullshits. À vif ne fait que justifier bêtement et de façon manichéenne au possible l’autodéfense, sans balance aucune et avec un final digne des plus dramatiques happy-end (c’est presque pire que la dernière image de La guerre des mondes, c’est vous dire). Même Jodie Foster n’arrive pas à sauver un scénario complaisant et plat comme c’est pas permis, elle n’arrive même pas à nous faire comprendre les tourments de cette héroïne.
Alors certes, l’agression est abjecte, et leurs auteurs n’en sont pas moins condamnables, on est tous d’accord là dessus. Seulement le film ne fait pas avancer le débat d’un iota, il ne fait qu’amener de l’eau au moulin des défenseurs de la vente d’arme. On pourrait lister les détails du film qui font hérisser le poil : le fait que l’héroïne se dégotte un pistolet sans avoir besoin d’un port d’arme (si c’était pour pointer du doigt les dysfonctionnements du système, mais non au contraire c’est de là que lui viendra le « salut » qui lui permettra d’espérer cicatriser ses blessures intérieures en infligeant elle-même la justice), le fait qu’elle soit seule, ne bénéficie d’aucun soutien psychologique après une telle épreuve, la vision totalement et unilatéralement sexiste des rapports humains (les hommes sont tous des salauds lubriques et violents, mis à part le gentil flic), l’attirance venue d’on se sait où entre l’héroïne et le policier qui la traque sans le savoir. C’est d’un convenu, d’une platitude, d’une morale plus que douteuse… au secours. Bref, mis à part un beau travail du chef opérateur Philippe Rousselot et quelques mouvement de caméra intéressants, rien ne sauve À vif. Wake up Neil !
Ma note : °

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