Fiche technique
Film français
Date de sortie : 3 octobre 1947
Genre : enquête policière mondaine
Durée : 1h45
Scénario : Henri-Georges Clouzot et Jean Ferry, d’après l’œuvre de Stanislas-André Steeman
Musique : Francis Lopez et Albert Lasry
Avec Louis Jouvet (L’inspecteur Antoine), Suzy Delair (Jenny Lamour), Bernard Blier (Maurice Martineau), Simone Renant (Dora), Charles Dullin (Brignon), Jeanne Fusier-Gir (La dame du vestiaire)…
Synopsis : Jenny Lamour, chanteuse de music-hall douée, ne manque pas d'ambition. Elle accepte l'invitation à dîner de Brignon, homme riche et puissant qui peut l'aider dans sa carrière malgré l'opposition de Maurice, son époux. Jaloux et se croyant trompé, Maurice se précipite chez Brignon.... (allocine)
Mon avis : est-ce que j'ai une gueule d'assassin ?
Juste après avoir adapté L’assassin habite au 21 de Stanislas-André Steeman, le talentueux Henri-Georges Clouzot, après avoir été hâtivement interdit de studios à la Libération, s’attaque une nouvelle fois à un polar du romancier belge avec ce Quai des orfèvres (notons au passage que le matériau d’origine a été bien travaillé ce qui fait plus du film une libre adaptation du roman). Époque oblige, le film tire ses inspirations autant du film noir à l’américaine que du cinéma populaire réaliste à la française. Un mélange plutôt détonnant qui conduit à régulièrement détendre grâce à des pointes d’humour bien senties une atmosphère qui aurait pu se trouver bien chargée.
En effet, ici point de place à la gaudriole : les personnages ne sont pas des nantis. Mais attention, ces messieurs-dames sont music-hall. Maurice Martineau écrit des chansons pour sa dulcinée, Jenny Lamour, qui les chante sur scène pour le plus grand plaisir d’un public ravi. Mais c’est que Madame en a, de l’ambition : elle ferait tout pour réussir, la môme ! Et quand son amie Dora la prévient des activités peu recommandables du producteur Brignon, elle l’écoute pas forcément. Ah, les femmes, j’vous jure, qu’il devait se dire le pauvre Maurice, empêtré dans une histoire pas vraiment nette malgré lui…
La gouaille des acteurs de cette période, on ne s’en lasse pas quand même. Comment ne pas être séduit par Suzy Delair (qui faisait un peu office de femme-orchestre de l’époque) chantant Avec son tralala ? D’ailleurs c’était plutôt osé pour l’époque ces paroles et cette façon de danser... il y a aussi d’autres éléments du film qui sont pas banals : le caractère marginal des personnages, l’évocation du lesbianisme, un petit garçon mulâtre. Oui, on peut dire que Quai des orfèvres avait plus d’ambition que de simplement divertir le spectateur avec une histoire policière.
Le polar cela-dit remarquablement ficelé dans Quai des orfèvres : Clouzot avait bien raison au début de sa carrière de se cantonner au genre puisqu’il lui allait comme un gant, on peut même dire qu’il y brillait. L’intrigue à tiroirs ne cesse de rebondir et ne faiblit jamais, elle est même soutenue par un contexte social bien esquissé. Une analyse très ingénieuse des caractères des personnages et de leur entourage laisse s’épanouir des relations ambiguës entre eux. Ainsi on notera les a priori basiques qu’entretiennent la plupart des personnages du film envers des policiers qui s’il on regarde un peu plus attentivement sont du même « bord » qu’eux , c’est-à-dire des pauvres hères, bien sûr.
Et là on peut trouver un parallèle amusant qui s’il était volontaire ne m’étonnerait pas plus que ça : dans l’excellent Garde à vue de Claude Miller, film qui lui aussi traite à sa façon du milieu policier, l’action se déroule durant la nuit du réveillon de nouvel an. Dans Quai des orfèvres, une grande partie de l’intrigue se passe pendant celui de Noël ; jusqu’ici rien d’étonnant. Mais regardez le nom de famille des deux accusés dans les deux films : oui, c’est bien le même, Martineau. J’aime à y voir une filiation entre deux réalisateurs iconoclastes et éclectiques qui réussissent tous deux à baigner leurs films dans une ambiance toujours particulière.
Ma note : ****

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