
Film américain, britannique
Date de sortie : 7 mars 1979
Genre : la guerre et ses méfaits
Titre original : The Deer Hunter
Durée : 3h02
Scénario : Michael Cimino, Deric Washburn, Louis Garfinkle, Quinn K. Redeker
Musique : Stanley Myers
Image : Vilmos Zsigmond
Avec Robert De Niro (Michael), Christopher Walken (Nick), John Savage (Steven), Meryl Streep (Linda), John Cazale (Stanley)...
Synopsis : Une petite ville industrielle, en Pennsylvanie, à la fin des années 1960. Une bande de copains se retrouve après le boulot (à la sidérurgie locale) pour jouer au billard, boire des bières et chasser le cerf dans les montagnes. Steven épouse Angela en grande pompe, Michael et Nick en pincent pour la demoiselle d'honneur. Mais une drôle de noce attend les trois hommes, là-bas, au Vietnam...
Mon avis : La fin de l’innocence
Le deuxième film de Michael Cimino commence à forger la stature d’un réalisateur à la fois brillant et maudit, ce que confirmera La porte du paradis. Le tournage de Voyage au bout de l’enfer a été une véritable épreuve de force. Dépassant le budget et multipliant les conditions de tournage difficiles, le film de Cimino décrochera au bout du compte cinq oscars hautement mérités. Dans une période trouble, n’hésitant pas à aborder un sujet sensible dans l’opinion (la guerre du Vietnam vient tout juste de s’achever), le réalisateur impose une vision apocalyptique du conflit, juste avant celle de Francis Ford Coppola.
Oui mais le traitement n’est pas le même : ici l’action se passe en majorité avant le départ des soldats et après, à leur retour au pays. Les scènes de guerre du milieu du film (balancées cash sans transition aucune), si elles sont émotionnellement très fortes, ne constituent pas l’essentiel de la narration.
Ainsi la première partie de Voyage au bout de l'enfer s’attache à nous présenter les personnages, trois amis qui s’apprêtent à partir au Vietnam le lendemain du mariage de l’un deux, Steven (John Savage très émouvant). Au détour de quelques scènes de joyeuse communion (comme les affectionne particulièrement Michael Cimino) on peut ressentir une tension palpable quand ils rencontrent un soldat, remarquer une appréhension déguisée derrière un sourire de façade… et via un mouvement de caméra furtif, deux gouttes de vin qui s’échappent vont faire office de mauvaise augure.
C’est tout le grand mérite de Voyage au bout de l’enfer que d’insinuer les choses sans jamais les affadir. Le décalage que ressent Michael (un Robert de Niro au top, qui a d’ailleurs appliqué à la lettre les consignes de l’Actor’s Studio pour le rôle) quand il rentre dans son village ne sera jamais verbalisé, mais on le ressent au plus profond. Et que dire des scènes de roulette russe, d’une intensité dramatique rarement atteinte et où Christopher Walken excelle à faire passer toute la folie d’un personnage qui ne sera plus jamais le même après cette monstrueuse aventure.
Dans Voyage au bout de l'enfer, pas de discours savamment orchestré à la Apocalypse now ni de critique en règle de l’institution façon Full Metal Jacket. Simplement la mise en scène magistrale d'hommes, courageux ou lâches, pleins de vie, de rêves et de désirs, fauchés en pleine jeunesse et qui garderont tous, à des degrés différents, des séquelles indélébiles de cette aliénante aventure que l’on nomme la guerre.
Ma note : ****

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