
Film franco-italien
Date de sortie : 14 juin 1963
Titre original : Il Gattopardo
Genre : fin d’une époque
Durée : 3h05min
Scénario : Suso Cecchi d'Amico, Pasquale Festa Campanile, Enrico Medioli, Massimo Franciosa et Luchino Visconti d'après le roman de Giuseppe Tomasi Di Lampedusa
Image : Giuseppe Rotunno
Musique : Nino Rota
Avec Burt Lancaster (Prince Don Fabrizio Salina), Claudia Cardinale (Angelica Sedara), Alain Delon (Tancrède), Paolo Stoppa (Don Calogero Sedara), Rina Morelli (Maria Stella), Romolo Valli (Père Pirrone)...
Synopsis : En 1860, tandis que la Sicile est submergée par les bouleversements de Garibaldi et de ses Chemises Rouges, le prince Salina se rend avec toute sa famille dans sa résidence de Donnafugata. Prévoyant le déclin de l'aristocratie, ce dernier accepte une mésalliance et marie son neveu Tancrède à la fille du maire de la ville, représentant la classe montante. (allociné)
Mon avis : la perfection sinon rien
« Nous étions les guépards, les lions. Ceux qui nous remplaceront seront les chacals, les hyènes. Et tous tant que nous sommes, guépards, lions, chacals, brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la Terre ». Tout est dit, Luchino Visconti résume avec cette phrase la sève du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Profitant de cette adaptation pour revenir, près de dix ans après Senso, sur la révolution italienne, il se place avec Le guépard en 1860, au moment de l’arrivée de Giuseppe Garibaldi en Italie.
Le point de vue adopté est ici celui du comte Salinas que Luchino Visconti lui-même a hésité à interpréter. Ce noble sicilien voit inexorablement son monde s’effriter sous ses yeux et sent bien que les choses ne seront plus jamais comme avant. Il prend donc le parti bien malgré lui de s’accommoder de cet état de fait en encourageant le mariage de son neveu Tancrède avec la fille d’un bourgeois qu’il méprise autant que celui-ci représente la future caste dirigeante. Et Visconti de se montrer aussi cruel envers cette aristocratie décadente qu’envers tous ces opportunistes capables de retourner leur veste au gré du vent de l’Histoire.
Là réside toutes les contradictions d’un homme à la fois attiré par les idées communistes et par ses origines aristocratiques, celles d’un réalisateur qui commença sa carrière avec le néoréalisme (Les amants diaboliques) pour peu à peu s’en éloigner. Avec Le guépard, Luchino Visconti donne libre cours à un sens de l’esthétisme inégalé : décors prodigieux, costumes flamboyants, qualités picturales des scènes évoquant les plus beaux tableaux… c’est du travail d’orfèvre.
L’interprétation d’un Burt Lancaster en contre-emploi donne chair à un personnage à la fois imposant et vieillissant, Claudia Cardinale est éblouissante, son regard de braise fait des ravages. Et que dire de la splendide scène de bal qui clôt Le guépard, symbole admirable d’une classe qui se pare de ses plus beaux atours pour accueillir en son sein ses plus fervents adversaires.
« Pour que rien ne change, il faut que tout change » nous dit un prince Salinas, répétant, désabusé mais lucide, les propos de Tancrède*. Passé tout cela, que lui reste-t-il, et par là même que nous reste-t-il ? Peut-être le réalisateur nous laisse-t-il entrevoir que face à la mort se dresse l’Art. Luchino Visconti amorce ici une réflexion qu’il poursuivra avec Mort à Venise sur l’amour de l’art, l’artiste et sa place dans la société. Nul doute qu’avec des films comme Le guépard, celui-ci mérite sa place bien haut dans notre panthéon.
Ma note : ****
* Je me permets cet ajout après le très juste commentaire de Cath

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