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Le dernier des hommes (1924) Friedrich-Wilhelm Murnau

par Neil 3 Janvier 2015, 06:43 1920's

Dernier_Hommes.JPGFiche technique

 

Film allemand
Titre original : Der letzte Mann
Genre : déchéance
Durée : 1h42
Scénario : Carl Mayer
Image : Robert Baberske et Karl Freund
Musique : Giuseppe Becce

Avec Emil Jannings (Le portier), Maly Delschaft (La nièce du portier), Max Hiller (Le fiancé), Hans Unterkirchen (Le gérant de l’hôtel), Hermann Valentin (L’invité), Emilie Kurz (La tante du fiancé)…

Synopsis : le portier du grand hôtel Atlantic est un homme important et admiré de tous ainsi qu'en atteste la magnifique livrée dont il est revêtu. Mais, un jour le directeur de l'hôtel décide que le vieux portier a fait son temps et lui annonce sans ménagement que le moment est venu pour lui de céder la place. Il le dépouille de la livrée qui est toute sa raison d’être et le relègue à l'entretien des toilettes.... (allocine)

Mon avis : l’honneur perdu des sans grade

Dans la filmographie de Murnau, Le dernier des hommes se situe entre Nosferatu et Faust. C’est dire l’éclectisme du réalisateur, capable de passer d’un sujet à l’autre en un tournemain. Ici c’est aussi pour lui l’occasion de quitter en douceur l’univers expressionniste pour aborder un tout autre domaine qu’on appellera cinéma réaliste. Un genre qui sera très en vogue en Allemagne, que l’on peut mettre en parallèle au cinéma soviétique de l’époque (cf. Eisenstein) et qui accorde une importance toute particulière aux couches les plus défavorisées de la population.

Ici en l’occurrence un vieux portier qui rentre tous les soirs chez lui, la démarche altière grâce à son bel uniforme. Seulement un jour, surpris en plein délit d’essoufflement en portant une lourde malle, c’est le drame. Il se fait, par une lettre toute pleine d’euphémismes révélant une hypocrisie savoureuse, reléguer purement et simplement au sous-sol de l’hôtel où il officiera désormais à l’humble mais humiliante tâche de Monsieur Pipi. Inutile de dire le sentiment qui est le sien à l’annonce de cette nouvelle, qu’il redoute férocement d’annoncer à ses proches et à ses voisins.

Une des particularités premières du Dernier des hommes réside dans son absence totale d’intertitres. Pourtant muet, le film ne comporte que quelques rares incursions de texte, à chaque fois intégrées dans la narration. Et pourtant pas une fois le film ne se révèle difficile à comprendre ou à interpréter. C’est dire tout le poids que portent sur leurs épaules les acteurs, qui doivent à leur expression scénique refléter une multitude de situations et d’émotions. Saluons ici le talent d’Emil Jannings qui fut décidément une figure marquante du cinéma allemand des années 20. Son regard triste en dit plus sur la chute social de l’homme qu’il incarne que n’importe quel discours ne pourrait vraisemblablement le faire.

La cruauté et en même temps la stricte description d’une triste réalité ne s’arrête pas là : non seulement le portier va devoir subir sa propre humiliation mais aussi et surtout le changement de regard d’autrui, ici ses voisins et même sa propre famille qui ne voit plus en lui qu’un paria dès lors qu’il ne revêt plus sa belle livrée, un des éléments prépondérants du statut social à l’époque, particulièrement en Allemagne. D’aucuns auront d’ailleurs vu en ce Dernier des hommes une image de l’Allemagne d’après-guerre qui se remet difficilement de sa défaite. Le fait est que Murnau fait quasiment œuvre de sociologue dans sa description en profondeur de la déchéance d’un homme.

Les qualités techniques sont bien entendu légion dans Le dernier des hommes, notons au passage les originalités prises au niveau des prises de vue, avec une utilisation de plus en plus mobile d’une caméra faisant quasiment partie de l’action. Encore une réussite formelle de Murnau qui s’autorise une petite malice au scénario quand, avant de nous montrer l’épilogue imposé par la UFA (épilogue qui s’avère d’ailleurs passablement inutile), il nous fait clairement comprendre que « le film aurait très bien pu s’arrêter là »… comprenne qui voudra.

Ma note : ****

Le dernier des hommes (1924) Friedrich-Wilhelm Murnau

commentaires

L. Eliot 25/03/2007 23:05

Film extraordinaire et révolutionnaire techniquement. d'un point de vue formel, on reste quand même dans l'expressionnisme, notamment dans la scène du retour à la maison sans l'uniforme : le quartier entier se met à rire et à crier, la caméra voltige dans les airs, c'est une véritable explosion sonore rendue uniquement avec l'image!

eeguab 17/01/2007 20:13

Remarquable film qui peut prétendre à l'universalité effectivement,malgré l'absence d'intertitres,pour un etragédie du quotidien très prenante.

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